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L’austérité au Québec : une bonne idée ?

Emilie Gosselin Cormier, 30 septembre 2013

Le 28 septembre dernier avait lieu à Montréal la manifestation contre la hausse des tarifs d’Hydro-Québec prévue par le Parti québécois (PQ), une marche organisée par la Coalition opposée à la tarification et à la privatisation des services publics.

Le PQ avait entre autres promis lors de sa campagne électorale l’abolition de la taxe santé, l’annulation de la hausse des tarifs d’électricité, le gel des frais de scolarité et davantage de redevances minières. Or, un peu plus d’un an après son arrivée au pouvoir, le gouvernement Marois a plutôt adopté des mesures décriées par de nombreux groupes sociaux, dont le maintien de la taxe santé et les coupures de la ministre Agnès Maltais à l’aide sociale.

Peut-on parler d’austérité ?

Dans un rapport publié en juin 2013, l’Institut de Recherche et d’Informations Socio-économiques (IRIS) concluait que les mesures d’austérité prises par le gouvernement québécois pourraient l’entraîner dans une « trappe d’austérité » et de stagnation économique au même titre que la majorité des économies dites avancées.

C’est également ce que soutient l’économiste québécois Ianik Marcil. Selon lui, les politiques économiques adoptées par le gouvernement Marois ressemblent à celles qui ont cours « un peu partout en Occident, autant en Amérique du Nord qu’en Europe. » Des exemples ? « On peut penser à la réforme de l’aide sociale, à la poursuite de l’objectif du déficit zéro, donc à toutes sortes de coupures à droite et à gauche qui ont eu lieu dans certains programmes et l’augmentation de certains revenus de taxation, notamment la taxe santé », a-t-il affirmé en entrevue au Journal des Alternatives.

Les politiques du gouvernement Marois semblent s’inscrire dans la continuité de celles du précédent gouvernement libéral. Bien que le Québec ne soit pas en difficulté économique majeure comme la Grèce, les gouvernements Charest et Marois ont tout de même retenu l’approche de l’austérité en priorisant le remboursement de la dette publique. La situation n’est pas catastrophique, mais il demeure que, depuis le début de la récession il y a 4 ans, le Québec fait face à une croissance économique très faible, avec une croissance prévue de seulement 1,3% du PIB cette année.

Rembourser la dette à tout prix ?

Dans ce contexte de stagnation économique, est-il souhaitable de rembourser la dette le plus rapidement possible ? Ianik Marcil soutient qu’il s’agit d’une position politique et idéologique de dire qu’il faille ou non atteindre le fameux déficit zéro. Sans nécessairement adopter une « attitude anti-déficit zéro », l’économiste soutient qu’il est important de questionner les raisons qui poussent les gouvernements à vouloir rembourser la dette le plus rapidement possible. Le fait de vouloir atteindre le déficit zéro à tout prix relève davantage d’une stratégie électoraliste que d’une nécessité économique.

Pour l’économiste, couper dans les dépenses publiques de façon arbitraire dans le contexte de fragilité économique actuel apparaît risqué. « Si on s’obstine à vouloir absolument atteindre le déficit zéro ou à appliquer cette logique d’austérité à une économie qui ne va pas si mal mais qui est fragile, on risque de la mettre encore plus à risque si le vent tourne », prévient-il.

Il cite en exemple le fait que les taux d’intérêts soient plus bas qu’ils ne l’aient jamais été en 40 ans. « Il y a un paquet de gens endettés, y compris des familles et des gouvernements. Si du jour au lendemain les taux d’intérêts se mettent à augmenter, même de très peu, étant donné qu’ils sont si bas, ça va faire mal à tout le monde, instantanément », avance-t-il.

Les conséquences

Même son de cloche du côté de l’IRIS qui, dans son rapport, avançait que le fait de réduire les dépenses dans un contexte de stagnation ne favorise pas la relance économique. La recherche de l’équilibre budgétaire par l’austérité serait par conséquent nuisible à la reprise économique, repoussant paradoxalement l’atteinte de cet équilibre.

Ianik Marcil reconnaît que si les coupures du gouvernement Marois n’ont pas pour l’instant de conséquences économiques majeures, elles peuvent avoir des conséquences humaines, politiques et sociales. Il trouve particulièrement inacceptables les changements effectués au régime d’aide sociale. « On a retiré le droit d’accès à plusieurs personnes, les conditions d’admission sont restreintes », déplore-t-il. « Si des gens qui n’ont plus accès à l’assurance-chômage ont besoin de l’aide sociale pour survivre, et que ces conditions de survie-là sont de plus en plus difficiles à atteindre, c’est certain que les conséquences vont être beaucoup plus graves », craint-il. « Il va y avoir des gens qui seront complètement échappés par le système », a-t-il conclu.

Le FMI et les mesures d’austérité

Le Fonds Monétaire International (FMI) a récemment reconnu qu’il y avait eu une erreur de calcul dans le rapport sur lequel il se basait pour justifier les mesures d’austérité. Marcil ne croit pas que cette découverte change quelque chose. « Erreur de calcul ou non, le FMI aurait imposé les mêmes règles à la Grèce, au Portugal et à tous les pays en difficulté parce que c’est une idéologie », croit-il. « C’est une vision du monde, une vision de la politique, une vision de l’économie qui est connotée idéologiquement. Ce n’est pas un discours de vérité, c’est ce que le FMI fait depuis 30 ans, point final ».

Pourtant, plusieurs exemples tendent à démontrer que ces mesures sont très peu efficaces, voire nuisibles. En donnant l’exemple de la Grèce, Marcil affirme qu’« elle est encore plus enfoncée dans les difficultés qu’elle ne l’était au début de l’application des mesures d’austérité : ce sont des mesures qui ne fonctionnent pas ».

Des solutions alternatives

Ianik Marcil reconnaît que le Québec a beaucoup de problèmes structurels, mais il croit que le gouvernement devrait investir en ayant une vision à long terme plutôt que de réduire les dépenses. À titre d’exemple, il croit que l’État pourrait, entre autres, s’attaquer au problème de l’analphabétisme et adopter une différente logique d’exploitation de nos ressources naturelles. Or, s’attaquer à ces enjeux nécessite une vision à long terme. Malheureusement, contrairement aux mesures d’austérité qui peuvent sembler efficaces à court terme, il estime qu’avoir une telle vision n’est pas électoraliste, en raison de la complexité et de la multiplicité des enjeux.

Une autre piste de solution pourrait être dans les investissements au niveau local. « Quand on donne à la culture, quand on donne dans les communautés, dans le développement communautaire, chaque dollar qu’on donne transforme les communautés et les régions. Dans ce contexte-là, je trouve complètement dogmatique de s’accrocher à ce fameux déficit zéro comme si ça allait régler tous nos problèmes », a-t-il conclu.


Crédit photo : flickr / Nicolas_Goulet