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Les Palestiniens tiennent à Hébron

Florence B. Lepage, 3 septembre 2013

L’été 2013 a été synonyme d’une nouvelle tentative, initiée par les États-Unis, de régler le conflit israélo-palestinien. La reprise des négociations entre Israël et la Palestine a débuté au mois de juillet, avec entre autres la libération de vingt-six prisonniers palestiniens. L’espoir d’une avancée n’a été que de courte durée : peu après, l’État hébreu a annoncé la construction de milliers de nouvelles colonies en territoire palestinien, notamment à Jérusalem Est.

À Hébron, en Cisjordanie, les Palestiniens doivent vivre avec la présence de colons israéliens, dont les habitations de béton sont construites directement dans le centre de la ville. Portrait d’une ville qui tente de survivre au quotidien.

Des poubelles au-dessus de la tête

La ville est séparée en deux : la zone H1, sous autonomie palestinienne, et la zone H2 sous contrôle israélien. Cette dernière représente 20% de la ville, en partie dans la vieille ville, et bloque l’accès des Palestiniens à certaines rues d’Hébron. « Ils ont fermé une des artères les plus importantes pour le commerce palestinien. Maintenant, cette rue est déserte et inutilisée » explique Ayman, un jeune étudiant palestinien qui a fondé la page Facebook Hebron Peace Center dans le but d’attirer plus de touristes dans sa ville. Le droit accordé aux colons israéliens de paralyser une partie de la ville palestinienne ne semble pas tout à fait justifié : la zone H2 abrite 40 000 citoyens palestiniens, qui partagent l’espace avec seulement 500 colons juifs. Ces derniers sont toutefois protégés par 4 000 soldats israéliens.

Lever la tête dans le labyrinthe de la vieille ville permet de remarquer les grillages qui recouvrent toutes les rues. Ils sont là pour protéger les passants des roches et détritus lancés par les colons, dont les maisons sont construites aux étages supérieurs de celles des Palestiniens. En plus de souvent souscrire à un judaïsme orthodoxe radical, les colons d’Hébron sont également caractérisés par leur violence, utilisant insultes et projectiles pour provoquer les Palestiniens.

Les colons sont protégés par la loi israélienne : contrairement à leurs voisins palestiniens, ils ne peuvent pas être arrêtés par la police. Selon un rapport de l’Alternative Information Center, une organisation d’activistes palestiniens et israéliens pour les droits humains, « la politique israélienne en matière de colonies, qui supporte la présence de juifs radicaux fondamentalistes avec une forte idéologie anti-arabe au centre d’une ville palestinienne, est la raison la plus proche pour expliquer le haut niveau de violence à Hébron. » Une violence qui est malheureusement souvent dirigée vers les plus faibles : en juillet dernier, un enfant palestinien de cinq ans a été arrêté et détenu par les autorités israéliennes pour avoir lancé des roches sur la voiture d’un colon.

Le toit occupé de Saed

Pour Saed, un Palestinien d’une trentaine d’années, il n’y a plus grand chose à faire pour améliorer la situation. Il habite avec son petit frère et sa petite sœur, mais ils n’ont pas d’argent pour aller à l’école. Deux de ses frères ont été tués par des soldats israéliens. « Je croise encore l’un de ces soldats dans la rue », raconte-t-il.

Sur le toit de sa maison se trouve non pas un, mais deux postes de contrôle israéliens. Les soldats le réveillent presque toutes les nuits, le menaçant de le chasser de sa maison. Du haut du toit de chez lui, la vue panoramique qu’il a sur Hébron permet de voir des soldats, qui, au loin, surveillent sa maison, cachés sous un arbre. « Des fois, ils tirent », confie Saed en montrant les trous de balles qui parsèment le toit de sa maison, dans l’unique partie où il est encore autorisé à circuler.

Réhabiliter la vieille ville

Plusieurs familles à Hébron partagent la situation de Saed ; ce sont ces familles que le Hebron rehabilitation committee (HRC) tente d’aider. Mis sur pied en 1996 pour préserver le patrimoine historique, culturel et architectural d’Hébron, on peut entendre un peu partout dans la vieille ville le piochement de leurs outils à l’œuvre pour restaurer les commerces et maisons abandonnées. En donnant accès aux commerces ou en engageant des travailleurs, le HRC espère favoriser l’accès à l’emploi pour les citoyens d’Hébron, dont le taux de chômage de 25,9% est le plus élevé en Cisjordanie. Depuis le début de leurs activités, le HRC estime que des milliers d’habitants ont pu regagner leurs maisons.

Litige sur un lieu sacré

En plus de se disputer le territoire, les deux camps réclament la propriété de la mosquée d’Ibrahim, lieu sacré pour le judaïsme et l’islam puisqu’il renferme le tombeau des patriarches Abraham, Isaac et Jacob.

En 1994, un médecin israélien est entré dans la mosquée et a tué une trentaine de musulmans. À la suite de ce massacre, plus de la moitié de l’édifice historique a été transformée en synagogue.

Le HRC a depuis entrepris des travaux de reconstruction et de conservation de la mosquée, mais la présence des colons rend les opérations compliquées : l’entrée est contrôlée par des soldats israéliens, à qui incombe la tâche de départager ceux qui peuvent et ceux qui ne peuvent pas entrer. « Comme dans un check point, les soldats bloquent le tourniquet à leur guise, dans le simple but d’humilier les Palestiniens », déplore Ayman.

Le gouvernement américain avance que 9 mois de négociations pourraient se conclure en un accord, mais plusieurs Palestiniens doutent de la possibilité d’une entente. Pour Saed et sa famille, comme pour des milliers d’autres Palestiniens, partager leur histoire avec le plus de gens possible est une grosse partie de la solution.

C’est pourquoi des sites comme B’Tselem, Alternative Information Center et Alternative Tourism Group, diffusent sur leur plateforme web de l’information et des vidéos qui illustrent les difficultés que vivent les citoyens d’Hébron. Depuis 1997, le Temporary International Presence in Hebron (TIPH), une organisation d’observation qui cherche à donner aux habitants un sentiment de sécurité, émet des rapports sur le non-respect des standards de droits humains à Hébron et oblige les autorités israéliennes et palestiniennes à fournir une réponse officielle. Il y aussi d’autres organismes locaux comme Christian Peacemaker Team, ou encore Maschom Watch, un groupe de femmes israéliennes contre l’occupation qui surveille les check point, documente les comportements des soldats et aide les Palestiniens à obtenir plus de liberté de mouvements.


Crédit Photo : Florence Bouchard-Lepage