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Que l'on m'explique

Marie-Ève Mathieu, 27 juin 2013

Parfois, j’ai un esprit d’enfant : je suis une grande naïve, il est bon qu’on me prenne la main et que l’on m’explique. Je croyais que le Québec était différent des autres provinces et qu’il était soucieux de s’approcher des cibles fixées par le protocole de Kyoto. En effet, notre principale force était l’hydroélectricité. Nous utilisions nos ressources renouvelables dans une opération qui n’était pas trop dommageable pour l’environnement. Nous nous distinguions du reste du Canada, par nos valeurs écologiques et par le respect que nous avions des populations. Avant de faire du développement, nous nous entendions avec les communautés locales. Après tout, nous avons signé la paix de Braves.

Sommes-nous toujours cet État distinct ? À regarder le dossier du gaz de schiste, nous comprenons que nous sommes dans une nouvelle logique. Une logique de libéralisme extrême. Aussi, quand nous avons élu un nouveau gouvernement c’était pour revenir à nos valeurs quebécoises Je me disais que cela ne pourrait qu’être mieux. Nettement mieux.

Un moratoire avait été promis, parce qu’une grande partie de la population était en désaccord avec le procédé de fracturation de la roche qui, on le sait tous maintenant, cause des dommages irréversibles à l’environnement

Depuis le projet de loi sur le moratoire présenté le mois dernier et suivi d’un projet de règlement sur l’eau le jour suivant, j’aurais dû, et mes compatriotes s’opposant au gaz de schiste aussi, être contente et avoir la satisfaction du travail accompli. Pourtant, je me sens comme un enfant qui aurait demandé une tortue à Noël et aurait reçu une Teenage mutant ninja turtle à la place. Bien entendu, nous du Regroupement interrégional, avons émis un communiqué et posé des questions. Nous avons aussi manifesté pour rencontrer le ministre de l’environnement. Ce dernier nous a répondu d’un ton acerbe.

Je ne comprends pas que M. Blanchet soutienne qu’« il n’y a pas un seul des reproches des opposants qui soit fondé » et que « si on raconte n’importe quoi à mes citoyens et à mes maires, je les rencontrerai personnellement pour que tout soit bien compris » i. Si l’on en croit le ministre, il y aurait deux catégories de Québécois, les opposants, racontant des mensonges, puis les citoyens et les maires qui appartiennent au ministre (apprécions au passage la formule, il parle de ses maires comme le prince parlerait de ses gens). Est-ce le rôle d’un ministre d’insulter des électeurs ? D’opérer des catégories entre les bons et les « mauvais » citoyens, soit ceux qui ne le prennent pas au mot et à qui on devra expliquer ?

L’attitude de monsieur Blanchet donne du crédit au bulletin des ministres préparé par le journaliste Michel David : « Yves-François Blanchet a avivé la méfiance des milieux écologistes en publiant en catimini un règlement sur la fracturation sur l’île d’Anticosti. Nouveau président du club des « mal cités », le ministre de l’Environnement est en voie de se mettre l’ensemble de la profession journalistique à dos par son arrogance. C - »ii L’élu est souvent dépeint comme un Goon dans les caricatures. Mais, je m’en voudrais d’utiliser cette image, car il s’agit d’un argument ad hominem, un argument qui s’attaque à la personne plutôt qu’à son argumentation, c’est très répréhensible de s’attaquer à la personne, c’est vraiment méchant, c’est digne d’un…Goon. Mais, que c’est défoulant.

Voyons donc les arguments du ministre en faveur du règlement, puisque que j’ai surtout à cœur de discuter les faits et non d’attaquer les gens : toutes les municipalités verront leurs sources d’eau protégées par une distance de 300 mètres des forages ; cette consigne aura préséance sur les dispositions municipales. En effet, 65 municipalités, dont Gaspé, ont déjà adopté un règlement, dit de Saint-Bonaventure, qui, lui, exige des distances séparatrices de 2 km. Monsieur Blanchet affirme ensuite, sans peur de la contradiction, que son règlement est le plus sévère en Amérique.

Techniquement, c’est faux puisque c’est l’ancien règlement municipal qui sera rendu caduc dès l’adoption du nouveauqui est en fait le plus sévère. Comment ne pas voir dans les affirmations du ministre une manœuvre politique ? D’habitude, la durée d’examen d’un règlement est de 60 jours. Or nous n’avons droit qu’à 30 jours et le ministre n’a pas prévu rencontrer les maires qui ont déjà adopté une législation. Il va expliquer aux maires et aux citoyens, dit-il, mais il semblerait que ce sera après l’adoption du fameux règlement, car il ne reste que quelques jours ouvrables avant le 27 juin prochain, date de la fin de la consultation. Je ne comprends pas que le ministre puisse croire s’en tirer aussi facilement.

« Hey, monsieur le ministre, je jette les gants : je vous mets au défi de venir nous rencontrer sur les lignes de piquetage devant vos bureaux. Venez donc nous expliquer pour voir ». Ce n’est pas fini cette histoire.


Marie-Ève Mathieu est présidente du comité contre les gaz de schiste de la Vallée des Patriotes.