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Quelques bonnes nouvelles avant l’été

Claude Vaillancourt, 10 juin 2013

On ne le cesse de nous le répéter : l’ambiance est morose dans presque tous les pays occidentaux où l’on semble vivre une sorte de crise permanente. Mais l’été arrive, et pour ne pas trop sombrer dans la déprime, pour passer de meilleures vacances, sûrement avons-nous besoin de quelques bonnes nouvelles pour nous remonter le moral.

Contrairement à ce que pourraient penser certains esprits pessimistes, il y en a plusieurs ! La crise que nous vivons a amené avec elle sa trop grande part de malheurs subis par tant gens. Mais elle a permis de mettre la lumière sur certaines turpitudes de notre système économique qui paraissent de plus en plus inacceptables.

Une première avancée considérable concerne les paradis fiscaux. Ils ont été sérieusement ébranlés. La pratique odieuse des prix de transferts, qui permet aux entreprises d’enregistrer leurs profits dans les paradis fiscaux, est devenue plus inacceptable que jamais. Elle a été dénoncée dans les grands médias aussi bien en Europe qu’en Amérique, par une mise en cause de plusieurs multinationales telles Amazon, Google, Apple, Microsoft, Starbuck, IBM. Même la très néolibérale OCDE a commis un important document qui dénonce cette pratique.

Le secret bancaire se trouve atteint par la volonté d’imposer l’échange automatique de renseignement. Cette proposition, défendue par les Etats-Unis et l’Union européenne — mais pas par le Canada — était pourtant irrecevable aux yeux de ces mêmes gouvernements, il y a quelques années. Et une spectaculaire fuite, les Offshore Leaks, a permis de dénoncer quelques coquins cherchant à fuir l’impôt, tout en donnant une idée de l’ampleur des fuites fiscales.

La taxe sur les transactions financières a fait des pas importants. En janvier dernier, onze pays d’Europe ont convenu de la mettre en place. Certes, le modèle adopté n’est pas celui dont nous avions rêvé. Mais la preuve que le projet est sérieux, c’est la charge en règle contre elle déclenchée par les milieux financiers, dans The Economist et toute publication de droite qui se respecte. Même Le Devoir s’est mis de la partie. Souhaitons que le bataillon de lobbyistes recrutés depuis pour faire échouer le projet ne parvienne pas à ses fins.

L’accord de libre-échange entre le Canada et l’Union européenne n’a toujours pas été conclu. Stephen Harper a même tempéré les attentes. Il a affirmé qu’il « ne reviendra pas forcément de son passage au sommet européen du G8 avec une entente de libre-échange Canada-UE en poche. » Certes, tout semble indiquer que ce sera terminé bientôt. Mais peut-être que nos gouvernements sont-ils gênés de présenter à la population un accord qui livre nos marchés publics aux multinationales européennes, qui hausse le coût des médicaments, qui permet aux grandes entreprises d’entreprendre de coûteuses poursuites contre des États si ceux-ci adoptent des lois qui ne leur conviennent pas…

L’austérité n’est plus considérée comme la façon de régler la crise. C’est bien l’organisation phare du néolibéralisme, le Fonds monétaire international qui le dit. Il était pourtant évident qu’elle a fait croître le chômage, haussé la pauvreté, accentué les inégalités, augmenté l’endettement des États, tout en ne relançant pas la croissance.

Au Québec, l’édifice de la corruption est sérieusement ébranlé. La commission Charbonneau a révélé un catalogue complet de magouilles et de sombres escroqueries. En dépit de l’odeur nauséabonde et de l’effet d’écoeurement qui en résulte, on peut se dire que des mesures seront prises afin que tout ne reprenne pas de la même manière. À moins que l’on ne vote à Montréal et au Québec pour des politiciens de la même engeance…

Suivons alors le courant : si la tendance se maintient, nous vivrons dans un monde propre, sans paradis fiscaux, qui domestiquerait les marchés financiers grâce à une taxe sur les transactions financières permettant aussi de financer le bien commun et les services publics. Les accords de libre-échange, tellement à l’avantage des firmes transnationales, deviendront caducs.

Les échanges commerciaux se feront à une échelle humaine, favorisant les productions locales, tout en développant la coopération à l’échelle internationale, par des échanges qui profiteront à l’ensemble des travailleurs. La fin de l’austérité sera marquée par des investissements dans l’économie solidaire, les énergies renouvelables et des mesures de réduction du temps de travail…

Oups… je m’emporte, je m’en vais beaucoup trop loin… Une chose à la fois… Réjouissons-nous pour le moment de ce qui vient d’arriver… En n’oubliant pas, hélas, que ces gains demeurent bien fragiles.

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