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Stop au viol collectif de l’Afrique

Nafi Alibert, 9 juin 2013

Le livre To Cook a continent - destructive extraction and climate crisis in Africa propose une approche alternative de la situation africaine face à la mondialisation. De la traite de l’esclavage à l’extraction des ressources dont regorgent les sols africains, son auteur, Nnimmo Bassey, remet en cause les rapports qu’entretiennent les puissants du continent africain avec leurs confrères internationaux. On y (re)découvre comment l’exploitation des ressources naturelles par des compagnies étrangères, la destruction de l’environnement et les conflits sont intrinsèquement liés en Afrique.

Paru en 2012, To Cook a continent est le dernier livre de Nnimmo Bassey. Il est pour l’instant uniquement disponible en anglais.

Un esclavage qui ne dit pas son nom

Famine, sécheresse, génocide, pauvreté. L’Afrique est-elle un continent « maudit », condamné à la souffrance ? Cette question, Nnimmo Bassey l’aborde autrement. Sous un regard critique empreint de rationalité, il invite le lecteur à se demander : « Qu’a-t-on fait à l’Afrique pour qu’elle se retrouve dans cette situation ? »

Sa réponse, l’auteur la décline habillement au fil de huit chapitres où il démontre comment l’Afrique, dès le moment où elle a été frappée par le joug de l’esclavage, ne s’en est jamais défaite. Les colonisateurs européens, suivis de près par les néocolonisateurs occidentaux et asiatiques, n’ont fait que remplacer les boulets et les chaînes des esclaves des siècles passés par de puissants rouages qui continuent d’entraver le développement du continent.

« The debt trap has been another effective means of keeping the raw materials marching northward. […] Efforts to keep up with the demands and to free debtor nations can superficially be compared to a dog chasing its own tail – but it would be more apt to compare this to a new form of slavery, where the slave actually believes that he is free. »

Mais loin de tomber dans une vision idéaliste et romantique du continent, l’auteur accuse tant les acteurs internes, qu’ils soient chefs d’État élus démocratiquement ou dictateurs, que les forces externes d’avoir cautionné la perpétuation de rapports Nord-Sud asymétriques et instrumentalisés au détriment de l’Afrique.

Un continent saigné à blanc

Cette Histoire d’une Afrique pillée et meurtrie, victime de la convoitise des puissances étrangères depuis des siècles, Nnimmo Bassey la réactualise en se focalisant sur le dernier maillon des relations néocoloniales : les compagnies minières. Sous une plume acérée, il expose les conséquences des extractions sur le plan social et environnemental pour les populations vulnérables. De pays en pays, les cas choisis pour illustrer l’organisation d’un système politique et financier qui gangrène l’Afrique font écho à ceux exposés dans le livre Noir Canada d’Alain Deneault.

« The Congolese resource wars have sometimes been characterised as a civil war, of rebel groups fighting because of ethnic cleav­ages, but the fact is that the conflicts have been orchestrated by greed for her rich resources. »

L’implication de compagnies minières dans les conflits qui sévissent dans la région des Grands Lacs. La torture dans les mines de diamants au Zimbabwe. L’assassinat de mineurs enterrés vifs en Tanzanie. Les expropriations au Libéria. La destruction de l’environnement dans le Delta du Niger. Ce sont autant d’exemples éloquents de crimes impunis directement liés au pillage des ressources naturelles du continent africain. Et ce sont toujours les mêmes compagnies dont le nom revient de façon récurrente dès que l’on aborde cette problématique : Barrick Gold, Shell, ArcelorMittal, Mobil, etc.

Sauf qu’ici, ce dont Nnimmo Bassey parle, il l’a vu, il l’a expérimenté. Si l’ouvrage regorge d’analyses, de données et de références à des auteurs du monde entier, il laisse aussi la place au récit de voyage. Le lecteur accompagne cet activiste nigérian dans ses enquêtes au cœur de cette Afrique dévastée. C’est dans un langage imagé qu’il nous raconte ses récits, comme sa visite des champs pétroliers à Oben au Nigéria, ou encore son périple à travers la Guinée et le Mali pour rejoindre Kono, une région diamantifère de la Sierra Leone.

« The drive from Freetown to Kono was smooth until we got to a point where the road ceased to exist in the usual sense […] the scars of war are visible as many houses remain without roofs. »
 

Troquer la finance contre l’écologie

L’Histoire est toujours écrite par les vainqueurs. La réalité de cet adage continue de faire taire les formes de résistances qui germent en Afrique.

« There was never a time when Africa was plundered without some form of resistance. Official reactions to resistance continue to follow the same track : criminalisation and annihilation. »

Pourtant, cette critique engagée de la crise socio-environnementale que traverse l’Afrique ne se contente pas de dénoncer les fausses promesses, mais appelle à l’action. À l’instar du combat mené par les peuples autochtones en Amérique du Nord, les militants africains devraient valoriser une forme d’activisme qui défendrait la souveraineté des peuples sur leurs ressources. En outre, l’auteur défend l’idée d’une nouvelle forme de démocratie organisée autour de mécanismes alternatifs où les droits de mère Nature seraient reconnus.

« The climate debt is also about taking actions needed to restore the natural cycles of Mother Earth and one clear way of achieving this will be through the proclamation of a Universal Declaration on the Rights of Mother Earth, with clear obligations for humans. »
 

En d’autres termes, au lieu de privilégier les logiques économique et financière, il s’agit de recentrer les aspects sociaux et environnementaux au cœur de nos préoccupations. Les pays africains ne passeraient-ils pas alors du statut de pays financièrement endettés à celui de pays créditeur, si l’on envisageait la dette sous l’angle des cicatrices laissées dans les sous-sols et dans les sociétés africaines ?

« We will connect the drive for mindless extraction to the tightening noose of odious debt repayment and we will demand a fresh look at the accounting books, asking when environmental costs and other externalities are included : who really owes what to whom ? Isn’t Africa the creditor of the world, if we take seriously the North’s ‘ecological debt’ to the South ? »


Voir en ligne : Le Festival des Solidarités aura lieu le 15 juin 2013, à l’Usine C, à Montréal. « Combattre les pétrolières », la conférence de Nnimmo Bassey se tiendra à 14h, au coût de 5$.


Nnimmo Bassey. 2012. To Cook a continent - destructive extraction and climate crisis in Africa. Pambazuka Press.

Crédit photo : Pambazuka Press