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Le 22 mars dernier, Talatou Boukari, représentant de la communauté d’Essakane, en collaboration avec l’organisation FIAN Pays-Bas était de passage à Wageningen pour faire connaître les effets néfastes de la compagnie minière canadienne IAMGOLD.

« Contrairement aux Canadiens, nous n’avons pas eu besoin d’un diplôme pour trouver l’or », a déclaré Talatou Boukari, président du conseil de développement du village d’Essakane, situé au Burkina Faso lors d’une conférence aux Pays-Bas.

Depuis plus de 25 ans, les travailleurs d’Essakane ont gagné leur pain en minant l’or de manière artisanale dans cette région. Mais à la suite de leur déplacement forcé pour faire place à la compagnie minière canadienne IAMGOLD, ils se voient maintenant refuser toute forme d’emploi.

« On a découvert l’or dans la région d’Essakane en 1985, a raconté le Burkinabé à l’Université de Wageningen. C’était une année de famine. L’or qu’on a découvert, c’était donc un cadeau de Dieu ».

En collaboration avec FIAN Pays-Bas, une organisation qui milite pour le droit à une alimentation adéquate, M. Boukari est venu parler de la situation critique à Essakane. C’était aussi l’occasion de présenter le nouveau film Prospérité sous terre, du réalisateur Ronnie Rodriguez en collaboration avec FIAN, qui raconte la lutte de cette communauté de près de 12 000 habitants contre le géant canadien IAMGOLD.

Favoriser le développement économique : à quel prix ?

Essakane est situé au nord-est du Burkina Faso dans la région aride du Sahel. Plus de 13 communautés y vivent, ce qui représente environ 2 600 foyers qui proviennent de différents groupes ethniques comme les Fulani, les Tuareg et les Sonraïs.

En 2003, à la suite d’une réforme des lois qui avait pour but de faciliter les investissements privés au pays, réforme adoptée sous le conseil de la Banque Mondiale, le Burkina Faso a vu sa production d’or monter en flèche. Entre 2007 et 2011, elle est passée de 5,5 tonnes à presque 33 tonnes extraites annuellement.

À partir du début des années 2000, IAMGOLD s’est vu octroyer plus de 10 000 hectares à Essakane pour l’exploitation industrielle de l’or, ce qui en fit le projet minier le plus important au pays.

Talatou Boukari a expliqué que l’arrivée de la minière canadienne a provoqué de grands bouleversements pour les quelque 13 000 habitants de cette communauté rurale. Le gouvernement a d’abord fait pression sur ceux-ci pour qu’ils acceptent d’être déplacés. Selon les dires de M. Boukari, IAMGOLD et le gouvernement leur ont promis de nouvelles terres, des maisons et des emplois ; bref, la promesse d’une vie meilleure. Mais cette promesse ne s’est jamais matérialisée, comme l’expose le documentaire.

Modes de vie chamboulés

La communauté est insatisfaite puisque maintenant les activités minières ont un impact grave sur leur mode de vie traditionnel. Les activités minières interfèrent avec les activités agricoles et de l’exploitation artisanale de l’or.

Les activités maraîchères ont également été relocalisées dans des zones moins fertiles. Ceci a eu pour résultat une baisse des dernières récoltes de sorghum, une céréale qui constitue l’un des aliments de base de cette région. Ces récoltes ont diminué de plus de 90 % explique Nikita Shahbazi de FIAN Pays-Bas, ce qui est loin d’être suffisant pour subvenir à leurs besoins.

L’accès à l’eau est aussi devenu problématique. Alors qu’auparavant la communauté disposait de plus de 2 000 puits artisanaux, la compagnie minière leur fournit maintenant un seul camion-tank d’eau potable par jour, ce qui ne comble pas tous les besoins.

Plusieurs craignent aussi les risques de contamination environnementale et par les métaux lourds comme c’est le cas en Bolivie ou aux Philippines. M. Boukari explique à cet effet que les employés de IAMGOLD ont dit aux éleveurs « que si leurs animaux broutaient dans les zones rapprochées de la mine, ils seraient contaminés et donc impropre à la consommation ».

Ce n’est pas tout : IAMGOLD planifie l’expansion de cette mine. Cela pourrait impliquer pour les habitants d’Essakane un autre déplacement prochain. Plus de 600 permis ont été octroyés depuis 2003, et il y a plus de quatre autres projets miniers en cours ou à venir d’ici 2014.

Justice et droits humains oubliés

Pour FIAN Pays-Bas, la manière dont IAMGOLD gère les opérations représente une importante brèche au niveau des droits humains, dont notamment celui du droit à une alimentation saine et adéquate, à l’accès à l’eau, à un logement, à un environnement sain, à l’éducation et à un emploi. Pour remédier à la situation, FIAN aide la communauté d’Essakane, en jouant un rôle d’observation et de surveillance dans les discussions en cours entre le gouvernement burkinabé et la compagnie IAMGOLD pour essayer de trouver un accord commun.

Plus de 90 % des revenus de l’or s’envolent vers le Canada, et bien que les communautés locales d’Essakane et des environs ne soient pas entièrement contre les opérations minières, elles demandent leur juste part des profits.


Crédit photo : Nikita Shahbazi de FIAN