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Sami Ben Younes : « Les jeunes doivent se réveiller, malgré les obstacles, malgré les barrières »

Marjolaine Tapin, 3 juin 2013

Nous avons pu rencontrer nos confrères tunisiens grâce au Réseau international des jeunes défenseurEs des droits de l’Homme, dont le Centre Québécois de Formation pour les jeunes en matière de droits humains (CQF) fait partie, alimenté par le Centre de Conseil et d’appui pour les jeunes en matière de Droits de L’Homme (CODAP).

Sami Ben Younes est un jeune tunisien de 23 ans. Il est président de l’association d’éducations aux droits humains « KISTAS ». Mal-voyant depuis sa jeunesse, Sami est aujourd’hui aveugle depuis 3 ans. Parcours d’un militant inspirant autant par sa persévérance, son courage que son humour !

Comment es-tu devenu militant ?

Au début, c’était avec l’association tunisienne des droits collectifs en santé en 2007. Le but était de sensibiliser les élèves non-voyantEs à se protéger lors des relations sexuelles. On réalisait qu’il y avait beaucoup d’agressions chez les non-voyantEs, sujet tabou en Tunisie, on ne parle pas beaucoup de ce genre de choses.

J’ai commencé mon militantisme dans le mouvement étudiant Tunisien l’Union des étudiants. Une fille était en train de passer une pétition. On m’a seulement dit que la faculté voulait bloquer quelque chose en tant que syndicat des étudiants. J’ai dit « ok » et j’ai signé la pétition. Après je me suis dit « pourquoi je n’ai pas demandé d’autres informations ? ». Je l’ai rattrapée et là, on a parlé de pas mal de choses, des arrestations des étudiants, j’ai senti l’injustice et c’est comme ça que je suis devenu militant.

Pourquoi les étudiants se font-ils arrêter ?

Les étudiants se font renvoyer de la faculté à cause de leur activité syndicale.

Maintenant, quel est ton militantisme ?

Je suis militant dans l’Union Générale des Étudiants. En 2009, j’ai décidé d’aller à Amnistie internationale. Je suis impliqué en particulier sur la question du handicap.

J’ai fondé une association qui s’appelle KISTAS pour la démocratie et la défense des droits de l’Homme, donc on travaille essentiellement sur le renforcement des capacités des jeunes, des milieux décentralisés, des quartiers populaires, des groupes marginalisés. On travaille sur la question de l’empowerment.

Pour les personnes handicapées ?

Y compris les personnes handicapées, mais pas seulement, pour moi c’est un tout.

Peux-tu nous parler de la formation ?

La formation consiste à la création d’un pôle de compétences sur la défense des droits de l’homme en Afrique du Nord. Sur 3 ans, on va faire une session de formation de base pour les jeunes défenseursEs des droits de l’homme afin qu’ils/elles soient capables de déposer des plaintes au niveau des comités conventionnels du système international.

L’année prochaine, on va y aller au niveau régional, on va essayer de toucher les jeunes de tout le monde arabe, provenant des associations marginalisées ou celles qui ne bénéficient pas du renforcement nécessaire. En 2015, on aura encore une formation mais, on la voudrait internationale, peut-être qu’il y aura des participants d’Amérique latine ou d’Asie. Ce qu’on veut vraiment c’est créer un pôle de compétence.

Comment arrivez-vous à financer ce projet ?

Le financement provient du Haut Commissariat des droits de l’Homme. On ne veut pas de financement de la part de l’État. Le financement étatique n’est pas complètement transparent.

Comment qualifies-tu l’état des droits humains en Tunisie ?

L’État tunisien a ratifié toutes les conventions relatives aux droits de l’Homme. Mais, il y a une menace avec la nouvelle constitution : plusieurs autour de la table n’ont pas l’intention d’inclure ces principes dans la constitution. Rien n’y interdit la peine de mort ou la discrimination sur la base d’un handicap. Je pense qu’il faut institutionnaliser les droits de l’Homme. Sinon, nous on va continuer le combat, on a une société civile forte, consciente de ce qui se passe et je crois qu’on ne va pas lâcher.

Quelle est la place de la jeunesse dans le projet constitutionnel de la Tunisie ?

C’est une constitution préparée par des gens plus vieux. Mais, c’est important de garantir la pleine participation des jeunes à la rédaction ou de prendre en compte leurs opinions. Les jeunes doivent se réveiller, malgré les obstacles, malgré les barrières. Il nous faut un projet de modernité, d’égalité, de progressisme.

Pour toi, quel est le rôle du Forum Social Mondial ?

Très important. En tant que jeune Tunisien, je suis fier. Premier pays arabe qui accueille et qui refuse toute forme de discrimination, toute forme d’exclusion. J’espère que les jeunes qui ont participé au forum continuent leur(s) combat(s) et continuent à démasquer les vérités, à chercher les alternatives.


Entrevue réalisée par Michael Simkim et Sébastien Bergeron

Crédit photo : Maude Tapin