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S'approprier les nouvelles formes d'agriculture

Laurence Fauteux, 3 juin 2013

Les changements climatiques auxquels la planète fait face aujourd’hui sont de plus en plus nombreux et ont des causes multiples, comme les participants auront pu le constater lors des divers ateliers présentés au sein de l’Espace Climat, espace thématique du Forum social mondial de Tunis.

Le système agro-alimentaire contemporain serait l’une des cause majeures de ces dérèglements, c’est du moins le constat du regroupement Via Campesina, mouvement de résistance paysanne datant de 1993 et organisateur de plusieurs ateliers de l’Espace Climat, dont celui auquel j’ai eu la chance de participer intitulé « Souveraineté alimentaire, agroécologie et slow food comme solutions aux dérèglements climatiques ».

Les changements apportés au système alimentaire mondial suite à la révolution verte ne parviennent pas à atteindre leurs objectifs de productivité et de rendement accru. Ceci se manifeste, que ce soit dans le niveau démesuré des émissions de gaz à effet de serre liées au transport accru des aliments à l’échelle internationale, ou au sujet de l’accaparement et de la destruction des terres arables par les grandes entreprises au détriment des communautés locales. Ou encore au niveau du développement de nouvelles technologies qui monopolisent une part importante des ressources naturelles pour développer de nouvelles formes d’énergie soi-disant « vertes » au détriment des besoins alimentaires des citoyens du monde entier. Pire, ces transformations vulnérabilisent considérablement des populations déjà très touchées par la crise alimentaire actuelle et aggravent considérablement les problématiques environnementales liées aux changements climatiques.

Des solutions et des alternatives au système actuel

Plusieurs alternatives ont été présentées lors de cet atelier afin de permettre aux populations et aux gouvernements locaux de protéger leur souveraineté alimentaire et de remettre en question le pouvoir démesuré des multinationales sur les moyens de production alimentaire.

Parmi ces propositions, notons la promotion de l’agriculture biologique et écologique soutenue par la communauté et prônée par tous les intervenants comme étant une étape importante afin de protéger les modèles de production alimentaire respectueux de l’environnement et des communautés. D’autres approches ont été mises de l’avant comme solutions potentielles aux abus du système agro-alimentaire néo-libéral actuel. Parmi celles-ci, le mouvement du Slow Food visant la préservation des plantes, des semences et des techniques agricoles régionales fut décrit comme une alternative positive aux modèles d’alimentation uniformisés et standardisés tel les chaînes de restauration rapide. L’agroécologie, démarche scientifique combinant développement agricole et protection de l’environnement naturel, fut aussi présentée comme un moyen efficace de minimiser les impacts du système agro-alimentaire actuel sur l’environnement.

La société civile comme agent principal de transformation sociale

Ces nouvelles formes de production, de distribution et de consommation liées à l’alimentation ont un réel potentiel de transformation qui ne peut, selon moi, s’effectuer sans l’appui, l’investissement et l’appropriation de ces alternatives alimentaires et agricoles par la société civile.

Il ne s’agit pas uniquement de dénoncer les injustices perpétrées par les multinationales, mais bien de renforcer les capacités des populations locales à s’approprier ces alternatives afin d’organiser une réponse efficace face au pouvoir démesuré de ces entreprises sur nos gouvernements. Le développement et la mise en action de politiques économiques, sociales et environnementales qui reflètent les valeurs d’un peuple, ne peuvent se faire sans le développement d’un sentiment d’appartenance des citoyens face à ces enjeux, poussant ainsi la société civile à s’organiser autrement tout en réinvestissant la sphère politique.

« Renforcer les mouvements sociaux est donc un moyen d’aider à la mise en application de la souveraineté alimentaire » . Mais il faut aussi réussir à surmonter l’obstacle organisationnel qui se présente au niveau de la communication, de la collaboration et la prise de décisions communes entre les différents acteurs des mouvements sociaux en matière de souveraineté alimentaire, ce qui est loin d’être facile. L’enjeu de mobilisation citoyenne est donc au cœur des solutions proposées pour répondre aux impacts du système agro-alimentaire sur les changements climatiques, comme pour la plupart des luttes sociales mises de l’avant lors du Forum Social Mondial.


Crédit Photo : Laurence Fauteux