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Les yeux grands ouverts devant une révolution inachevée

Aurore Fauret, 4 juin 2013

Tenir un Forum Social Mondial (FSM) dans un pays encore en plein processus révolutionnaire, voici la conjoncture qui a marqué le FSM en 2013. Des milliers d’altermondialistes ont investi l’espace public de Tunis, l’épicentre du « printemps arabe », le temps d’une semaine.

Une semaine qui, on le sait, ne représente pas forcément le quotidien des Tunisiens et Tunisiennes à l’heure d’une crise politique renouvelée. De la sécurité pour le « tourisme révolutionnaire », une accalmie dans un climat que l’on entendait être tendu. Mais, c’est une opportunité pour les jeunes d’ailleurs de saisir certaines nuances qui ne sont pas retransmises dans les bulletins de nouvelles, d’aller à la rencontre de ceux et celles qui ont vécu la révolution – d’en apprendre non seulement sur ce qu’est un Forum social, mais aussi sur ce qu’est le chantier d’une révolution.

Et, parmi les militants et militantes rencontréEs, un message se fait entendre : la révolution n’est pas finie. On nous dit qu’elle a été récupérée par des formations politiques qui n’étaient pas présentes aux côtés des manifestantEs, qu’elle a été avortée, car Ben Ali est parti trop vite, avant que la vision d’une Tunisie nouvelle ne puisse s’articuler pleinement. La liberté d’expression, si longtemps réprimée, se heurte à des fractures politiques et à une continuité économique libérale allant à l’encontre des espoirs de la révolution.

Un écho différent s’exprime aussi, dans d’autres lieux de la ville. L’emploi, les investissements étrangers, l’afflux constant de touristes et la stabilité – tout ce qui tarde à se matérialiser depuis l’avènement de la transition démocratique en Tunisie – amènent à penser, et à dire : tout ça n’était peut-être pas si mal, sous Ben Ali.

Quoi qu’on en pense, la gauche munie de bannières à l’effigie du leader assassiné Chokri Belaïd était présente au Forum, aux côtés des groupes salafistes munis de drapeaux noirs – comme lors de la marche de clôture pour la Palestine où les deux forces, aux projets de société radicalement différents, se sont côtoyées sans accrochages majeurs.

Il faut donc, devant la complexité de cette période de transition, se mettre en garde autant face à une vision romantique de la révolution, que devant un portrait d’une Tunisie à feu et à sang. Mais il y a quelques mois, les conversations inspirantes et témoignages partagés au Forum parlaient, certes, de déception et d’incertitude, mais aussi peut-être d’un souffle redonné à la société civile tunisienne. Reste à voir si celui-ci s’avère momentané ou inscrit dans la durée d’une révolution encore en mutation.


Crédit photo : Maude Tapin