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Vendre des automobiles

Claude Vaillancourt, 21 mai 2013

Lorsque je consulte certains sites Internet comme celui de Radio-Canada ou celui de La Presse, je suis sidéré par le nombre de publicité pour des marques d’automobiles. Rien de nouveau sous le soleil : on voit aussi ces pubs à répétition dans les journaux et à la télévision. Seulement, je m’étais mis à l’abri de cette offensive publicitaire, et je parviens moins efficacement à y échapper sur le Web.

Est-ce que ces publicités, tellement coûteuses à réaliser, sont vraiment efficaces pour faire vendre la marque spécifique qu’on annonce ? Est-ce que l’auditeur moyen de Radio-Canada peut se payer la Cadillac qu’on voit si souvent apparaître à l’écran ? Est-ce que tout ça a vraiment de l’importance ?

Ce que l’on soutient par ces publicités insistances, c’est tout un système commercial très rentable. Un système qui commence par la fabrication et la vente d’automobiles qui doivent s’imposer aux dépens du transport en commun, et cela malgré les bouchons permanents dont sont victimes les banlieusards. Ces autos font vivre la très grande industrie du pétrole qui se développe en provoquant de terribles changements climatiques. Ce pétrole quant à lui fait le jeu de spéculateurs qui parient sur les variations de prix.

En profite aussi la très grande industrie de la publicité qui voit dans les annonces d’automobiles une de ses principales sources de revenus. Ceci permet par la suite de financer les médias de masses qui appartiennent à de grands conglomérats, tout en contrôlant le message, afin que rien ne déplaise aux commanditaires. Ce qui risque peu d’arriver dans les faits puisque tout ce beau monde partage les mêmes intérêts.

Faites donc la liste de tous ceux qui en profitent : fabricants d’automobiles, travailleurs de l’automobile, concessionnaires, marchands de pétrole, raffineurs, spéculateurs, publicitaires, journalistes, magnat des médias.

Allez leur dire que ce système basé sur l’exploitation sans limites de l’automobile est destructeur, dangereux pour l’environnement, basé sur une ressource exploitée de façon éhontée, qui bouleverse le climat et s’épuisera un jour.

Allez remettre en question le mode de vie qui va avec l’automobile : étalement urbain, autoroutes, banlieues tentaculaires, centres commerciaux doublés d’immenses terrains de stationnement, privatisation de l’espace public.

Allez proposer un autre mode de vie plus respectueux de l’environnement, avec un plus grand recours aux énergies renouvelables, la densification des villes, la bicyclette et la marche, l’organisation de transports en commun efficaces, une plus grande convivialité des lieux publics.

Pendant ce temps, dans des pubs parfaitement léchées, on nous montre des voitures dans de superbes paysages, en symbiose avec l’environnement. On nous dit que tel ou tel modèle économise l’essence. On ne cesse de nous rappeler le bonheur absolu de conduire une belle voiture neuve.

Et c’est efficace, et ça rentre dans la tête des gens. Ce type de publicité nous rappelle à quel point il est difficile de la distinguer à coup sûr de la propagande…

***

La revue À bâbord ! fête cette année son dixième anniversaire. À bâbord !, c’est le genre de revue où jamais vous ne verrez une publicité d’automobile. Chaque numéro est une sorte de miracle : cette revue survit contre vents et marées, à lancer ses messages impertinents, ses analyse élaborées et uniques, ses critiques virulentes du conformisme politique.

À bâbord ! fait partie de ce foisonnement de médias indépendants, revues, journaux, radios communautaires, sites web qui nous permettent de voir ce qui se cache dernière les propos à l’unisson des grands médias et dont le prix de l’indépendance est souvent une situation financière fragile et des collaborateurs peu payés — ou le plus souvent pas du tout. Ces médias carburent à la nécessité de livrer des messages essentiels. Qu’ils puissent subsister dans notre société mercantile ne tient qu’à l’acharnement de ceux qui les animent.

J’ai le plaisir de faire partie de la formidable équipe d’À bâbord !, et cela depuis sa deuxième année. Souhaitons lui longue vie, à cette revue et à tous les médias qui lui ressemblent !

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