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Colloque « Printemps érable, un an plus tard » : compte-rendu

Arij Riahi, Jacinthe Leblanc, 1er mai 2013

Le 12 avril dernier, le Groupe de recherche et d’intervention régionales (GRIR) de l’Université du Québec à Chicoutimi (UQAC) a tenu un des premiers colloques académiques sur les événements du printemps dernier. Des professeurEs de différentes universités et cégeps ont partagés le micro avec les représentantes des trois principales associations étudiantes pour partager leurs réflexions et pour « prendre la mesure de ces événements ».

Si les invitéEs étaient réuniEs pour faire un retour sur les luttes étudiantes, plusieurs ont souligné que le bilan véritable appartient aux étudiantEs. Il revient à ceux qui ont participé aux événements ou qui les ont organisé de formuler leurs réflexions sur le printemps érable. Il n’était donc pas question pour ces professeurEs de parler aux noms des étudiantES, mais plutôt d’analyser certains éléments selon les champs d’intérêts qui guident leur recherche universitaire. Malgré cette prise de position de la part des professeurEs, il aurait été intéressant de convier des étudiantEs pour discuter de leur mobilisation. De plus, la présence des caméras en vue d’une diffusion télévisuelle a restreint de beaucoup l’espace de discussion.

L’efficacité des campagnes stratégiques

Anna Kruzynski, professeure agrégée à l’École des affaires publiques et communautaires, à l’Université Concordia, a partagé ses réflexions sur l’efficacité des campagnes stratégiques de la mobilisation étudiante. Elle a souligné que les premiers mois de la mobilisation étudiante ont été menées « selon les règles de l’art » : éducation politique des étudiantEs, processus décisionnel autogéré, actions autonomes encouragées, revendications stratégique nettement cernées.

Mme Kruzynski s’est ensuite penchée sur les erreurs qui pourraient expliquer l’étiolement de la mobilisation étudiante, à mesure que les votes de grèves tombaient au début de l’automne dernier. L’une de ces erreurs aurait été le manque de mobilisation dans la rue durant le Sommet de l’éducation. Le résultat aurait été une diminution du rapport de force devant l’État. Elle a aussi parlé de désolidarisation entre les trois grandes associations étudiantes.

Masses et médias

Luc Vaillancourt de l’UQAC a abordé la question des médias de masse et de leur rôle dans la couverture de la grève. Il a réfléchi au concept de la « majorité silencieuse » et s’est demandé comment celui-ci a servi à dénigrer la lutte et la mobilisation étudiante. Pour M. Vaillancourt, les médias de droite tels que le Journal de Montréal et La Presse ont joué un rôle très important dans la désinformation du mouvement et de ses revendications par le biais de certains chroniqueurs et éditorialistes. Curieusement, cette séance sur l’environnement médiatique n’a pas parlé des médias alternatifs et indépendants en dépit du rôle primordial qu’ils ont joué dans la couverture du printemps érable.

Sur la question monétaire, Michel Seymour a fait une démonstration intéressante d’un mauvais financement, plutôt que d’un manque de financement des institutions universitaires. Le professeur de philosophie de l’Université de Montréal note que cette gestion des finances déficiente est due par les différents programmes fédéraux qui sont mal répartis selon les besoins réels des universités. Une autre cause relevée par le philosophe est celle du surfinancement du développement immobilier, connu aussi sous le nom de la dérive immobilière.

André C. Drainville, professeur de sociologie de l’Université Laval, a été le seul a parlé, brièvement par contre, de l’usage des forces policières. Il a insisté sur la « mise en spectacle des exclus » par les policiers. « Ce n’est pas suffisant de les narguer et de les endetter, on met en spectacle ceux qu’on exclut », analyse-t-il. Faisant référence aux comportements des forces de l’ordre à Québec, il souligne que « l’autorité se donne en spectacle. […] C’est l’exclusion de la société civile globale », conclut-il.


Crédit photo : Flikcr - Thien