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Paysans du monde entier, unissez-vous !

Esther Vivas, 21 avril 2013

Année après année, la population paysanne mondiale diminue. L’exode rural était devenu une réalité palpable au cours du XXe siècle, ce qui a provoqué un changement radical des paysages et de l’agriculture paysanne traditionnelle. En 2007, pour la première fois dans l’histoire de l’humanité, la majeure partie de la population mondiale vivait déjà dans des villes.

L’Etat espagnol n’a pas fait exception. L’agriculture y est passée du statut d’une des principales activités économiques à une pratique quasiment résiduelle. Si, dans les années 1970, 25% de la population active travaillait encore dans le secteur agricole, aujourd’hui ce chiffre s’est réduit à 4%, ce qui a signifié une perte de plus de deux millions et demi d’emplois. Les exploitations agraires continuent à disparaître de manière rapide. D’après le Recensement agraire de l’Institut national de statistique 2009, entre les années 1999 et 2009, elles ont diminué de 23%. Nous devrons bientôt dresser une pancarte dans nos champs avec la mention : « Fermé pour cause de décès ».

Les revenus agraires, eux aussi, sont en chute libre. D’après le syndicat agraire COAG, en 2012, ils ont reculé de vingt ans, avec l’appauvrissement consécutif de la paysannerie. Pauvreté et monde rural vont de pair. En Europe, un tiers des pauvres se concentre dans le monde rural. Et la pauvreté y frappe particulièrement les femmes. Comme le signale le rapport de l’Union européenne « Poverty and Social Exclusion in Rural Areas » [Pauvreté et exclusion sociale dans les zones rurales] en 2008 ; le vieillissement de la population, l’absence de débouchés pour les jeunes, l’émigration, les bas revenus dans l’activité agricole, les mauvaises infrastructures sont les clairs symptômes de la pauvreté dans les campagnes

Les paysans disparaissent mais nos besoins alimentaires sont toujours là. Alors, qui nous fourni de quoi manger ? Qui sont ceux qui produisent et distribuent la nourriture ? C’est une poignée d’entreprises de l’agro-industrie et de la distribution qui contrôlent actuellement toute la chaîne alimentaire, du début à la fin. Des multinationales qui cherchent à faire du profit, et beaucoup de profit, avec la nourriture. Dupont, Syngenta, Monsanto, Kraft, Nestlé, Procter&Gamble, Carrefour, Alcampo, El Corte Inglés, Mercadona en sont quelques unes.

On célèbre ces jours ci la Semaine de Lutte Paysanne pour exiger d’autres politiques agricoles et alimentaires. Avec une thématique clé : la lutte contre les transgéniques. L’Etat espagnol est la porte d’entrée des OGM (Organismes génétiquement modifiés) en Europe, leur paradis. Des variétés interdites dans d’autres pays, comme la France, la Grèce, l’Autriche ou l’Allemagne, sont ici monnaie courante. Et un autre front de bataille : la souveraineté alimentaire, qui consiste à rendre aux paysans et aux consommateurs la capacité de décider sur ce que l’on produit et sur ce que l’on mange. Etre souverain pour décider. Des mots proscrits par les temps qui courent.

La Via Campesina, le plus important mouvement international d’agriculteurs du Nord et du Sud, les plus frappés par la globalisation néolibérale ; les sans terre, les petits producteurs, les femmes paysannes, le revendiquent depuis la moitié des années 1990. Leur leitmotiv : Paysans du monde entier, unissez-vous. Et nous avons besoin d’eux.


Voir en ligne : http://esthervivas.com/francais/pay...


Article publié dans Publico.es, 19/04/2013.
Traduction française pour Avanti4.be : Ataulfo Riera