Journal des Alternatives Alternatives - Alternatives est une organisation de solidarité qui œuvre pour la justice et l’équité au Québec, au Canada et ailleurs dans le monde Page d'accueil du Journal des Alternatives

Partenaires

Ce sont nos affaires... et notre avenir !

Gérard Montpetit, 13 avril 2013

La Présentation, 10 avril 2013

Dans la section « Débats » du quotidien La Presse [1], M. Michael Binnion, président de l’APGQ, nous apprend qu’il a « créé une coalition nationale en faveur de l’équité dans les transferts », et que « leurs constatations n’ont fait que confirmer ce que nous savions tous déjà, c’est à dire que la péréquation nuit à l’exploitation des ressources. » On pourrait en rire tant cette stratégie est cousue de fil blanc et il faut en rire puisque cet as des ressources naturelles conclut sa babillarde en affirmant que « le temps est venu de réformer la péréquation et d’amener le Québec à exploiter ses ressources. »

Ah bon ! Je dois être extrêmement naïf ! Je croyais que les ressources naturelles sous nos pieds étaient la propriété des Québécois et de leur gouvernement légitime. Non, je rêve ! M. Binnion a l’arrogance de nous obliger à exploiter nos ressources à sa manière et pour son bénéfice. Si nous n’acquiesçons pas à ses ordres, il menace de nous mettre à l’amende ! Cette opération de M. Binnion est-elle une « expropriation » de nos ressources ?

Incidemment, si l’exploitation des ressources fossiles est si payante, comment se fait-il que l’Alberta s’impose de telles restrictions budgétaires en 2013 ? Comment se fait-il que Terre-Neuve, pour reprendre vos exemples, enregistre elle aussi des déficits et doit couper dans sa fonction publique ? J’ai lu que de grandes compagnies gazières ont aussi des problèmes budgétaires... Du gaz et du pétrole : synonymes de prospérité et de péréquation pour les B.S. que sont les Québécois ?...

Permettez-moi de me sentir insulté. Durant mon enfance, mon père, un agriculteur peu lettré, m’a souvent répété une phrase pleine de sagesse : « Occupons-nous de nos affaires, sinon les autres vont s’en occuper » et il ajoutait, avec un petit retard, « ...à leur avantage. » Le présent débat en est un parfait exemple. Est-il dans nos intérêts d’exploiter le gaz de schiste ? Ou est-ce seulement dans l’intérêt des Questerre Energy, Talisman Energy, Cambrian Energy, Canadian Forest Oil ?

Alors, si on n’est pas assez naïfs pour vous laisser exploiter nos ressources pour vos profits, vous avez l’outrecuidance d’affirmer que « le gouvernement du Québec ressemble à un bénéficiaire de l’aide sociale. » Pardon ! Et si les B.S. étaient ces « grandes » compagnies qui se sont accaparé nos permis d’exploration à 10 sous l’hectare et qui ont profité de moult programmes et incitatifs gouvernementaux pour faire « leurs » découvertes ?...

Appliquons votre politique d’exploitation forcée de nos ressources à un exemple tiré de ma vie personnelle. Lorsque j’ai acquis ma propriété à La Présentation dans les années 70, il y avait un boisé d’environ 9 hectares mais, probablement suite à une coupe à blanc, il ne s’y trouvait presque pas d’arbres ayant un diamètre supérieur à 25 centimètres. Depuis ce temps, ce boisé a été mon hobby ; je l’ai entretenu en coupant les arbres malades et les surnuméraires. Maintenant, c’est un boisé sain qui a une valeur économique.

En gérant ma ressource ligneuse avec sagesse, je pourrais maintenant couper 3 cordes de bois par an par hectare pendant 500 ans et il y aura toujours du bois pour mes descendants !!! Le développement durable, c’est prendre un peu de ressources tout en préservant le capital pour les générations à venir. C’est le contraire des objectifs de votre « NATIONAL COALITION ON TRANSFER FAIRNESS » qui exige « une coupe à blanc » pour maximiser les profits du prochain trimestre et transforme la vallée du Saint Laurent en « Waste Land » [2]. Plus que la péréquation, c’est le développement durable qui nuit à votre modèle d’exploitation effrénée des ressources !

M. Binnion enlevez, de grâce, vos gros sabots de mes plates-bandes. Ce sont nos ressources naturelles ; pas les vôtres. C’est mon boisé ; pas le vôtre. Vous voulez m’obliger « à exploiter mes ressources », c’est-à-dire à couper mes arbres, sous peine de représailles ! Ne vous en déplaise, je ne ferai pas de coupe à blanc ; j’exploiterai mon boisé en toute intelligence. Comme le disait mon père, « ce sont nos affaires ». Je ne vous laisserai pas brader les ressources du Québec pour emplir votre compte de banque.


Gérard Montpetit, membre du RIGSVSL
Téléphone : 450 796-3685