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Fin de campagne au Venezuela : Nouvelle victoire en vue pour le chavisme.

Thomas Chiasson-LeBel, 12 avril 2013

Caracas. La campagne présidentielle vénézuélienne, qui s’est terminée le 11 avril, n’aura duré officiellement que 10 jours, mais elle se déroulait en fait depuis le 8 mars, jour de l’annonce officielle, par le Conseil national électoral (CNE), de la tenue d’une élection présidentielle pour trouver un successeur à Chávez. Les rassemblements monstres orchestrés par les deux principaux camps se sont tenu aux quatre coins du pays pendant près d’un mois. La passion soulevée par la politique est suffisante pour que ce scénario se répète alors que la dernière présidentielle, qui avait autorisé un quatrième mandat à Chávez, s’était déroulée seulement six mois auparavant. Cette passion politique divise le champ politique en 2, et bien qu’il y ait 7 candidats en lice, 5 d’entre eux ne récolteront probablement que des résidus de pourcentage. La lutte se déroule entre Nicolas Maduro, le candidat chaviste du parti socialiste unifié du Venezuela (PSUV), et Henrique Capriles Radonski, le candidat qui unit la majorité des partis d’opposition autour de la Table d’unité démocratique (MUD).

Un successeur pour Chávez

Le successeur de Chávez pour diriger les forces de la révolution bolivarienne est connu depuis décembre dernier. Interrompant son traitement médical à Cuba, Chávez était alors venu faire quelques interventions politiques en terre vénézuélienne. Lors d’un discours retransmis sur toutes les chaînes nationales, il avait désigné son successeur dans les termes suivants :

« mon opinion ferme, établie comme la Lune lorsqu’elle est pleine, irrévocable, absolue et totale, est que dans ce cas qui obligerait, en vertu de la Constitution, à convoquer a une nouvelle élection présidentielle, vous choisissez Nicolas Maduro comme président de la République Bolivarienne du Venezuela. Je vous le demande du fond du cœur. »

Nicolas Maduro a accompagné Chávez depuis le début des années 1990. Conducteur d’autobus, il fut impliqué syndicalement à la fin du siècle dernier, sans toutefois assumer de responsabilités nationales. Suite à la victoire de Chávez, il devint député de l’assemblée constituante, puis de l’Assemblée nationale. Il a notamment été mêlé aux tentatives de réorganisation de la principale centrale syndicale, la CTV, liée à l’ancienne république et autrefois très près du parti Action démocratique (AD) . Cette tâche fut un échec important pour le chavisme puisque les élections générales au sein de la CTV, forcées par le gouvernement , ont donné gagnant les opposants du régime, et la centrale s’engageait par la suite dans les protestations qui serviront de toile de fond à la tentative ratée de coup d’État contre Chávez en 2002. Maduro est devenu président de l’Assemblée nationale en 2005, puis chancelier de la République Bolivarienne et plus tard vice-président avant de devenir le président par intérim suite à la mort de Chávez le 5 mars dernier.

Sa campagne a insisté sur deux éléments principaux. D’une part, son origine ouvrière. Une bonne partie du mouvement syndicale est aujourd’hui réunie au sein de la Centrale bolivarienne socialiste des travailleurs, très favorable au chavisme, et celle-ci organisait une grande marche en appui à Maduro quelques jours avant la fin de la campagne. D’autre part, la campagne a insisté sur l’attachement de Maduro à Chávez. Il s’est ainsi affiché comme étant le fils [que l’on comprend politique ou spirituel] de Chávez, et a même déclaré en campagne qu’un oiseau, sorte de réincarnation de Chávez, était venu lui gazouiller le soutien du défunt chef.

Le défi était de transférer la très forte popularité de Chávez à son dauphin, tout en le créant comme nouveau leader du chavisme, avec ses caractéristiques propres. Ce dernier élément s’est fait par une série de promesses électorales concernant notamment la sécurité ainsi que la poursuite et l’approfondissement des mesures de distribution de l’État, comprenant l’augmentation du salaire minimum.

Le candidat de l’opposition

Henrique Capriles Radonski est un homme politique d’expérience. Bien que jeune – il n’a que quarante ans –, il fut élu député pour la première fois à la fin des années 1990 sous la bannière du parti COPEI, tout juste avant que Chávez ne change la Constitution. Il a présidé la chambre des députéEs et a été nommé vice-président du parlement (qui était à l’époque bicaméral) alors qu’il n’avait que 25 ans. Il a ensuite fondé le parti Primero Justícia et a été élu à deux reprises maire de la municipalité de Baruta, qui fait partie de la région métropolitaine de Caracas. Il a ensuite gagné le poste de gouverneur de l’État de Miranda, qui ceinture la capitale Caracas. Il est maintenant reconnu pour la sérieuse bataille livrée à Chávez lors de campagne présidentielle d’octobre 2012. Bien que gagné avec une confortable avance par Chávez, Capriles était parvenu à réduire substantiellement la marge proportionnelle de votes qui séparait les opposants et Chávez (de 63% - 37 % en 2006 à 55 % - 44 % en 2012).

Sa campagne a d’abord cherché à séparer Maduro de Chávez. Sachant la force symbolique de Chávez, il a tenté d’introduire une division entre ceux qui appuyaient Chávez pour le personnage, et ceux qui appuient véritablement le processus qu’il a lancé, indépendamment de son chef.

Capriles a également insisté sur la revendication du caractère vénézuélien des opposants, indépendamment de leurs opinions politiques. Par ses discours, et en arborant une casquette aux couleurs du drapeau, il disputait le discours patriotique jusque-là pratiquement monopolisé par les forces chavistes. Voilà comment saisir les slogans de sa campagne : « Nous sommes tous vénézuéliens » et « je suis Vénézuélien », qui étaient également une réponse aux slogans chavistes : « Nous sommes tous Chávez » et « je suis Chávez » .

Sa campagne n’aura pas tenté de remettre en cause les principaux gains du chavisme, tels que les missions sociales, mais promettait d’en faire une meilleure gestion, qui serait notamment plus inclusive de tous les secteurs, indépendamment de leur allégeance politique. Il accusait ainsi le régime chaviste de corruption parce qu’il distribue les avantages à ceux et celles qui affichent leur fidélité envers le régime. Dans sa campagne, ces derniers auront été baptisés les « pistonnés » (enchufados). Il promettait ainsi une gestion plus pragmatique et efficace.

La campagne

La campagne ses déroulées dans l’espace symbolique plus que technocratique. Il y eu bien quelques promesses, notamment celle de Maduro d’augmenter le salaire minimum de 45 % au courant de l’année, qui fut reprise par l’opposition, et celle faite par les deux camps également de rétablir la sécurité, mais très peu, voire pas du tout de débat technique entre les candidats sur la gestion de l’économie ou la situation d’un ministère en particulier. Plus important semble avoir été la charge symbolique des discours. Pour Maduro, il s’agissait de se présenter autant comme le nouveau chef en règle des chavistes, avec son leadership propre, qu’en tant que digne héritier de Chávez, et donc le digne représentant du peuple. Sa campagne cherchait également à associer Capriles à l’impérialisme et au capitalisme, le traitant de représentant de l’ultradroite, alors que son coordonnateur de campagne désignait Capriles de fasciste. Elle cherchait à associer Capriles à des tentatives de déstabilisation et de magnicide.

Pour Capriles, sachant les opposants gagnés à l’avance, il lui fallait grappiller les voix des chavistes en perte de confiance, surtout dans les secteurs populaires, sans toutefois s’attaquer aux principaux changements institutionnels des 14 dernières années. Les chavistes étaient ainsi présentés comme des corrompus qui se partagent les revenus pétroliers entre eux, excluant ceux et celles qui ne partagent pas les opinions du parti au pouvoir, où ceux qui ne sont pas suffisamment près de l’élite chaviste.

Les charges symboliques de part et d’autre se sont livrés au moyen de rassemblement monstre et de discours devant des foules immenses aux quatre coins du pays, et retransmises par les chaînes télévisées respectives des deux camps.

L’intensité de la passion politique

L’intensité de l’adhésion qui résulte de cette forme politique mène également à quelques violents affrontements de rue. Des chavistes sont accusés d’avoir assailli plusieurs rassemblements d’opposants, produisant des blessés. Des accusations similaires planent contre des opposants . Cette situation n’est toutefois pas endossée par les candidats, et Maduro a dénoncé vertement certaines attaques, affirmant que de tels assaillants associés à son camp, ne pouvaient être des chavistes. À l’écoûter , il était toutefois difficile de savoir s’il accusait les assaillants vêtus aux couleurs chavistes d’être des opposants déguisés, ou s’il cherchait à rejeter de tels militants de son mouvement.

Les sondages

Comme il est de coutume, à quelques jours du vote, des firmes de sondages peu connues annoncent le renversement total des tendances et la victoire du candidat de l’opposition. Toutefois, la succession rapide de deux élections permet d’observer facilement les firmes de sondages qui sont arrivées le plus près du résultat véritable lors de l’élection précédente . Ainsi, en observant les résultats des sondages de IVAD, Hinterlaces, GIS XXI et Datanálisis, il fait peu de doute que Maduro remportera l’élection avec plus de 50 % des voies, et l’écart qui est donné oscille entre le 11 et le 35 % . Toutefois, les sondages sous-estiment de façon générale les votes de l’opposition, signe que les opposants sont peut-être plus timides à déclarer publiquement leur préférence.

Si la victoire chaviste fait ainsi peu de doute, il est également important de noter que la fiabilité du système de votation fait consensus, tant auprès des acteurs nationaux qu’internationaux. Dotés de machines électroniques sophistiquées qui enregistrent le vote à la fois numériquement et sur papier, le Conseil national électoral annoncera les résultats rapidement, et les principaux candidats ont tous deux annoncé qu’ils les respecteraient.

Le vote se déroule dimanche le 14 avril, et le résultat permettra surtout de voir si la participation est aussi importante qu’elle le fut il y a six mois (80,5 %), et dans quelle mesure la passion politique soulevée par Chávez fut bel et bien transmise à son successeur.