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FSM à Tunis : le refus de se résigner

Claude Vaillancourt, 3 avril 2013

Le Forum social mondial de Tunis s’est déroulé dans un mélange d’amertume et de frénésie. Les plans d’austérité, qui frappent de nombreux pays, dont la Tunisie, ont sans doute été le principal dénominateur commun parmi les préoccupations des participants. Leurs effets dévastateurs se font sentir à différentes échelles, avec de multiples conséquences, mais toujours en suivant les mêmes principes.

Contre les plans d’austérité, on retrouve autant la colère que le besoin d’agir. Sauf que l’adversaire est difficile à cibler maintenant. Au début de l’altermondialisme, dans les années 2000, il était incarné par le Fonds monétaire international, la Banque mondiale, l’Organisation mondiale du commerce, les États-Unis.

Depuis, tout est plus diffus. Des puissances émergentes se sont affirmées. Mais elles n’offrent pas vraiment de nouveaux modèles de développement. Elles souffrent souvent des mêmes maux et reproduisent un système qui reste profondément inégalitaire. Les accords commerciaux se multiplient. Le secteur financier est plus mobile que jamais. Les grandes entreprises sont partout et agissent contre les populations le plus souvent dans une totale impunité. Les pays, qui se réunissent en différents regroupements — G8, G20, BRICS, ONU —, semblent incapables d’avancer dans un domaine aussi vital, par exemple, que la protection de l’environnement.

Que faire devant des constats si affligeants ?

Il se dégageait pourtant du forum un grand désir de s’organiser et de se battre. On a beaucoup moins remis en question la pertinence des forums sociaux. Ceux-ci ont désormais atteint leur vitesse de croisière. Ils sont des rendez-vous essentiels pour coordonner les luttes, planifier les résistances, connaître le travail des uns et des autres. Les mesures d’austérité s’accomplissent à l’échelle internationale, de façon très similaire. La résistance doit aussi être internationale, tout en s’enracinant dans les luttes locales.

Dans un forum social, le parcours du militant est un peu hasardeux puisqu’on doit choisir entre des centaines d’ateliers qui se donnent en même temps, ce qui nous expose à des choix déchirants. Tous en ont forcément un point de vue très partiel.

J’ai pu constater quant à moi que la question de la justice fiscale reste fondamentale pour plusieurs. Les plans d’austérité peuvent être vaincus par une redistribution plus équitable de la richesse, qui devient toujours plus nécessaire à mesure que croissent les inégalités. Cette redistribution passe par des idées familières, énoncées depuis longtemps dans le milieu altermondialiste, mais qui stimulent un renouveau de ferveur : la taxe sur les transactions financières, qui a beaucoup évolué depuis quelques années ; la lutte contre les paradis fiscaux, qui devient une préoccupation même au sein du pouvoir politique, puisque plusieurs États déplorent ouvertement les pertes considérables provoquées par les fuites fiscales.

Les banques ont été clairement ciblées : leur enrichissement aux dépens de la population est évident et inacceptable. Plusieurs activités militantes devraient être planifiées dans la prochaine année contre leur pouvoir exorbitant.

La situation de la Tunisie a bien sûr pris une place incontournable dans les différentes activités du forum. Le pays fait face à un double problème : celui de l’islamisation et d’une application constante du néolibéralisme, dans une économie désormais affaiblie. Ce qui n’est en rien une contradiction : l’économiste Abdeljelil Bedoui, a avancé que le parti l’Ennahda au pouvoir met en place une « islamisation du néolibéralisme ». Les politiques économiques du pays sont en continuité directe avec celles du gouvernement de Ben Ali, pendant que le parti cherche à imposer un Islam doctrinaire.

La condition des femmes en Tunisie a occupé une très grande place pendant le FSM. Il faut dire que les Tunisiennes sont très préoccupées de ce qui pourrait leur arriver. Les islamistes cherchent à réduire leurs droits et à les ramener à un rôle qualifié de « complémentaire » à celui des hommes, ce qui est un euphémisme pour parler de soumission. Mais les femmes laïques sont mobilisées et résistent avec beaucoup d’énergie. L’émergence d’un mouvement social large, représentatif et organisé est d’ailleurs un enjeu fondamental pour les laïcs en Tunisie.

Pendant la dernière journée du forum, l’atmosphère était particulièrement festive. Les Tunisiens ont envahi le site, ils dansaient, chantaient, jouaient de la musique. Espérons que le mouvement social tunisien en sortira vivifié, dynamisé, à l’image de cette fête et de ce forum social en général, qui a permis comme toujours de multiplier les rencontres et les débats. Si c’est le cas, l’un des principaux objectifs de ce FSM aura été atteint.

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