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Éditorial

Religions et sociétés : unies pour le meilleur et pour le pire

Marie-Eve Lefebvre, 2 avril 2013

salamalec /sa.la.ma.lɛk/ nom masculin : (1559) Emprunté à l’arabe ās-salām ʿalaykum (« (que) la paix soit avec vous »). (Familier) (Ironique) Marques de politesse exagérées, affectation de déférence. Synonyme : flagornerie.

L’être humain a tendance à ridiculiser ce qu’il ne comprend pas. Ainsi, « ās-salām ʿalaykum », qui est à la fois une salutation bienveillante et un souhait chaleureux est devenu dans le langage courant le synonyme d’un geste grandiloquent, exagéré et vide de sens.

Pour l’édition d’avril, nous avons fait le pari d’intégrer le facteur religieux dans nos analyses sociales. Les idéologies, ouvertement religieuses ou non, imprègnent les discours de ceux qui ont le pouvoir. Et il va sans dire que les décisions prises par les gouvernements ont des répercussions concrètes sur la population.

Par exemple, le fait d’obliger une femme musulmane à retirer son voile sous prétexte qu’elle trouble le bien-être de la communauté est l’équivalent de forcer une autre femme à se couvrir la tête contre son gré : il s’agit de retrancher un droit fondamental à quelqu’un en prétendant servir le bien commun. Ce faisant, on favorise tout sauf l’intégration et le mieux-vivre ensemble.

Au terme de ce long congé de Pâques, le Journal des Alternatives vous présente donc un numéro spécial Religions et sociétés.

Le Québec toujours religieux

Depuis la Révolution tranquille, on peut être porté à croire que la religion s’effrite et perd du terrain. Les églises, sinon québécoises, du moins montréalaises, sont désertées. Rares sont celles et ceux qui se disent appelés par la vocation religieuse.

Mais nous aurions tout intérêt à élargir notre compréhension du concept de « religion » puisqu’elle semble encore faire partie de la vie de la majorité de la population. Au recensement de 2001, moins de 6% des Québécois déclaraient ne pas avoir d’appartenance religieuse. Encore aujourd’hui, près de 84% de la population québécoise se dit catholique.

Pour certains militants en faveur du retrait de tout signe ou symbole religieux dans l’espace public, la pratique religieuse est souvent considérée comme anecdotique. On suppose que le croyant fait sa prière comme il va au centre d’achats ou qu’il choisit de porter un signe ostensible par fantaisie, voire par caprice. Dans les pires cas, la pratique religieuse est présentée comme un enchaînement de gestes complètement dénués de sens qu’un pantin effectuerait depuis l’enfance sans jamais avoir eu à se poser de questions. Les articles que nous vous proposons ce mois-ci tendent à démontrer le contraire.

Karine Pontbriand a rencontré des femmes impliquées au sein de l’Église catholique qui questionnent leur place et leur rapport à l’autorité ecclésiale tout en refusant de se dépouiller de leur identité chrétienne. Des théologiennes, intellectuelles ET croyantes, peuvent-elles être considérées comme les moutons que les tenants d’une laïcité presqu’intégriste aiment à décrire ?

En faisant un retour sur la journée d’étude contre l’islamophobie, qui a eu lieu le 16 mars dernier et qui était organisée par le Centre Justice et Foi, Andréanne Thibault vient, quant à elle, souligner l’importance de débusquer et de condamner les néo-racismes.

La politique québécoise n’est pas non plus exempte de débats à saveur religieuse. Dans la foulée de la « crise » des accommodements raisonnables, le nouveau gouvernement péquiste a décidé d’établir une charte québécoise de la laïcité afin de réaffirmer certaines valeurs qui devraient orienter la manière de vivre ensemble en société. Est-ce que le gouvernement règlera une fois pour toutes la question des accommodements religieux ? Est-ce que cette charte n’aura pas plutôt pour effet d’isoler encore plus certaines minorités religieuses ? Un article signé de ma blanche main.

Et sur la scène internationale

Impossible de ne pas revenir sur la toute récente élection du nouveau pape catholique et sur la tempête médiatique qui en a découlé. Dans son article, Isabelle Padula démontre qu’en matière d’actualité religieuse, le public québécois n’entend pas d’autre message que celui de l’autorité ecclésiastique, et que cela a pour effet de rendre l’information religieuse davantage sensationnaliste qu’analytique.

Après avoir été l’apanage de la droite évangélique états-unienne, le message du Christ est désormais repris par d’éminents démocrates, dont le POTUS [1] lui-même, afin de justifier leur désir de modifier des lois pour permettre les unions de conjoints de même sexe. Mathieu Trépanier raconte comment certaines décisions politiques sont actuellement portées et justifiées par la foi aux États-Unis.

On n’en a que très peu parlé dans les médias francophones, mais un véritable génocide a actuellement lieu au Myanmar. Depuis 2012, la communauté des Rohingya, minorité musulmane birmane, est la cible de pogroms dont la violence est alimentée par un racisme anti-islamique. Nafi Alibert s’est penchée sur la question.

Finalement, dans un texte originalement paru sur Bastamag, Ivan du Roy aborde le sujet de la liberté d’expression des médias en Tunisie. En faisant un retour sur le Printemps arabe dans le cadre du Forum social mondial à Tunis, il constate que la liberté des médias semble menacée par le nouveau gouvernement islamiste.

Une chose est sûre : on ne peut pas mettre tous les croyants dans le même panier, fût-il rempli de cocos de Pâques.

En mon nom et au nom de l’équipe du Journal des Alternatives, je vous souhaite un bon retour du congé pascal et… ās-salām ʿalaykum !

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Marie-Eve Lefebvre
Membre du comité éditorial du Journal des Alternatives


Crédits images :
wikimedia commons / Religijne_symbole2
wikimedia commons / Arabtex_as-salam_alaikum


[1President of the United States