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États-Unis : l’instrumentalisation de la religion dans le débat sur le mariage gay

Mathieu Trépanier, 2 avril 2013

La Cour suprême américaine se penchera, à la fin du mois de mars, sur la constitutionnalité de deux normes juridiques relatives au mariage, Prop 8 et le Defense of Mariage Act. Il est reproché à ces textes de porter atteinte au principe d’égalité par une définition restrictive du mariage qui exclut l’union homosexuelle.

Le Defense of Mariage Act est une loi datant de 1996 qui définit le mariage pour le gouvernement fédéral et les relations inter États, tandis que Prop 8 est un amendement à la constitution californienne. Essentiellement, tous deux définissent le mariage comme étant uniquement l’union de deux personnes de sexe opposé.

Prop 8 se retrouve devant la Cour suprême parce que deux couples homosexuels dont les droits ont été brimés, Kristin Perry et Sandra Stier ainsi que Paul Katami et Jeffrey Zarrillo, ont décidé poursuivre plusieurs instances décisionnelles californiennes. Dans le cas du Defense of Mariage Act, il s’agit de la réclamation par Edith Windsor des mêmes droits de succession pour les époux de même sexe que pour ceux de sexes différents.

Le débat fait maintenant rage aux États-Unis, et même si, depuis la montée du pouvoir de l’aile évangélique de la droite américaine lors de l’élection de Ronald Reagan en 1980, la religion a été instrumentalisée par les opposants au mariage gai pour justifier leurs positions, des arguments religieux sont désormais utilisés par les deux camps pour justifier leurs positions.

Un christianisme d’ouverture

On observe que la société américaine connaît présentement une ouverture considérable de l’opinion publique sur le sujet : en 10 ans, le pourcentage d’appuis au mariage entre conjoints de même sexe est passé de 37 à 58%. De plus en plus de politiciens se rangent derrière la cause, la très grande majorité appartenant au Parti démocrate. L’exemple le plus probant est sans doute la sortie publique de Barack Obama en mai 2012, quelques mois avant les élections, pour exprimer son support au mariage gai malgré l’aliénation possible d’un bon nombre de pasteurs noirs et de leurs congrégations.

Une telle sortie était déjà assez étonnante en soi, mais l’élément particulièrement important dans sa déclaration a été l’utilisation de sa foi comme appui à son argument. Lors d’une entrevue accordée au réseau américain ABC, le président sortant déclarait : « […] at root that we think about is not only – Christ sacrificing himself on our behalf – but it’s also the golden rule, you know ? Treat others the way you’d want to be treated ». Depuis, les médias américains constatent une certaine multiplication du message religieux pour défendre la validité du mariage homosexuel par ses supporteurs.

Les deux camps utilisent généralement les mêmes passages tirés du Nouveau Testament pour soutenir leurs positions respectives. Ils se concentrent toutefois sur différents aspects : le côté démocrate met l’emphase sur les principes d’égalité, d’amour et d’ouverture, délaissant volontairement le concept de la définition traditionnelle du mariage, argument de choix de la droite évangélique souvent associé au Parti républicain.

C’est sur cette définition du mariage que repose l’amendement Prop 8 de Californie ainsi que le Defense of Mariage Act, loi signée par Bill Clinton à la fin de son premier mandat et qu’il a récemment reniée au début du mois de mars 2013.

Des républicains plus libéraux

La frange conservatrice opposée à l’ouverture de la définition traditionnelle du mariage commence toutefois à montrer des failles dans ses rangs. Rob Bell, une étoile montante du mouvement évangéliste américain, a fait une étonnante sortie en faveur du mariage gai à la mi-mars 2013 : « I am for marriage. I am for fidelity. I am for love, whether it’s a man and woman, a woman and a woman, a man and a man. I think the ship has sailed and I think the church needs — I think this is the world we are living in and we need to affirm people wherever they are », a-t-il déclaré au Christian Post Reporter.

Il est intéressant de constater qu’un évangéliste ayant autant de visibilité médiatique sorte des rangs, d’autant plus qu’il utilise des arguments qui sont chers au cœur des républicains, c’est-à-dire le côté traditionnel du mariage.

Cette nouvelle manière de présenter la question, faisant référence aux fondements traditionnels et religieux du mariage supportés par la droite religieuse, est aussi compatible avec la vision républicaine d’un gouvernement non-intrusif dans les choix personnels.

La fin d’une longue lutte ?

Le nouvel appui de la population américaine semble convertir petit à petit les politiciens et les leaders religieux et les amener à adopter la nouvelle position de la majorité. Cette nouvelle attitude viendra certainement changer la donne et semble être de bon augure pour les militants en faveur du mariage homosexuel.

Il ne faudrait pas pour autant s’attendre à ce que la Cour suprême prenne une décision favorable au mariage gai, ni à ce que les choses continuent à changer à la vitesse actuelle. En effet, une large faction du Parti républicain demeure opposée au mariage homosexuel, particulièrement à l’intérieur de la Chambre des Représentants et du mouvement évangélique. Souhaitons que les cas devant la Cour suprême mettent finalement fin au débat légal qui encombre la vie politique américaine et que le mouvement évangélique se tourne vers une interprétation plus libérale du mariage.

Notons cependant qu’une victoire du côté pro-mariage homosexuel devant la cour ne signifierait pas nécessairement la conclusion définitive du débat sur le sujet. La question de l’avortement est un exemple d’une cause réglée par la Cour suprême en 1973, mais qui continue de teinter le débat politique en 2013. L’histoire américaine tend vers la reconnaissance des droits des minorités par la majorité ; souhaitons que cette tendance se maintienne.


Crédit photo : wikimedia commons/Gaymarriage