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Le spectacle de la répression

Arij Riahi, 19 mars 2013

Dans la rue, il n’y a que les saisons qui changent.

Les ennuis ne sont jamais loin. Les policiers non plus.

D’année en année, au lendemain de la manifestation du 15 mars contre la brutalité policière, les commentateurs s’éventrent à la vertu. Sur les tribunes médiatiques, chacun y va de son analyse du comportement des manifestants et de la riposte des policiers.

En 2011, on se questionnait sur la nouvelle utilisation du Code de sécurité routière pour interpeller les manifestants en masse.

En 2012, on déplorait l’intervention tardive des policiers et la violence des dérapages qui ont suivi.

En 2013, on s’étonne de l’intervention hâtive des policiers et la neutralisation des manifestants, à même leur arrivée au point de rencontre. Et ces scènes surréelles où le SPVM essaie de diviser le regroupement en le poussantdans les bras de la SQ.

À qui mieux mieux, on entonne ou on chantonne. Chacun se replie sur ses idées et formule sa propre théorie de la proportionnalité. C’est toujours dans les mêmes termes que la question est formulée : les policiers ont-ils été justifiés d’agir pour éviter pire ? Les moyens utilisés sont-ils proportionnels à la menace évitée ?

On finit par unir les mots « raison » et « répression » dans la même phrase. On parlera de force raisonnable, de répression méritée. Chronique après article, le discours adressé aux manifestants oscille entre « vous saviez à quoi vous attendre » et « il faut éviter les dérapages ».

Ainsi, par un étonnant saut logique, la prévisibilité du 15 mars finit par occulter tout discours sur son utilité. À force de se demander qui, à quelques jours du printemps, a jeté la première pierre, on en finit par oublier les événements des saisons passées.

On en finit par oublier l’hiver mortel de Jean-François Nadreau, 30 ans, et Farshad Mohammadi, 34 ans, en 2012. Ou l’été fatal de Patrick Limoges 36 ans, et Mario Hamel, 40 ans en 2011.

On en finit par oublier Patrick Saulnier, Jean-Claude Lemay, Fredy Villanueva, Quilem Registre, Vianney Charest, Daniel Vanier, Mohamed Anas Bennis, Benoit Richer, Stéphane Coulombe, Rohan Wilson Michel Berniquez, Michel Morin, Michael Kibbe, Sébastien McNicoll, Luc Aubert, Carl Ouellet et Jean-Pierre Lizotte.

Et les cas de femmes autochtones disparues dans la région métropolitaine.

Et les arrestations au printemps dernier, en paquets de mille qu’on n’arrive plus à compter*.

Et l’œil de Francis Grenier.

Sombrer dans les débats libéraux sur les tactiques de la rue, les rapports de forces et la légitimité de la manifestation, c’est jouer le jeu des forces policières. Questionner un visage masqué ou pleurer des commerçants aux vitrines brisées, c’est nourrir leur stratégie de diversion.

Car les cas de bavure et de brutalité policière sont factuels. Les forces policières ont les pieds et poings liés par cette réalité.

Seulement, on refuse encore de leur en tenir rigueur.

À qui, alors, profite cette diversion ? Aux policiers ?

Non.

À l’impunité. Politique, celle-là.

Nous en sommes toutes et tous les victimes par ricochet.

Entre deux bavures, il n’y a que les saisons qui changent.


* Le SPVM avance 1714 arrestations. La Ligue des Droits et libertés parle de 3418 arrestations.
Crédit photo : Thien
Arij s’amuse sur twitter.com/arijactually

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