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Stand Up, Fight Back : Quand les femmes s'entraînent à défendre leurs corps et leurs droits

Claudia Vergnolle, 15 mars 2013

Afin de souligner la journée internationale des droits des femmes, Montréal Sisterhood et le Collectif opposé à la brutalité policière (COBP) ont organisé le 9 mars à la coopérative Katacombes, une journée d’ateliers et de conférences intitulée Stand Up, Fight Back. Au programme : des cours d’autodéfense, un atelier sur les droits face aux interventions policières, une conférence sur les attitudes patriarcales et plusieurs autres activités proposées à un public mixte.

Femmes et répressions policières

Le COBP n’a pas de comité féministe, car ils ont pour rôle d’aider tous ceux touchés par la répression policière. Sa collaboration avec Montréal Sisterhood est toutefois pertinente, car dans les situations de répression policière, les femmes sont victimes d’une double oppression. « Dans les dernières années, on a vu beaucoup de répressions policières qui s’accompagnent de violences sexuelles. Par exemple, lors du G20, des filles se sont fait toucher et déshabiller. Ça amplifie la situation d’injustice pour celles qui vivent cette double domination », témoigne une militante.

Ce partenariat entre les deux groupes permet aux femmes d’en connaître plus sur leurs droits lors d’interventions policières à travers l’atelier « Surprise, on a des droits ». Les membres du COBP encouragent les victimes de répression policière à porter plainte en déontologie. De nombreux participants à l’atelier ont déjà été victimes d’abus et cherchaient à connaître les recours à leur disposition dans ces situations. Les options ne sont pas nombreuses, mais à force de porter plainte il y aura peut-être des avancées, espère une membre du COBP, Bobette de son surnom. Elle explique que l’année dernière, il y a eu plus de 150 plaintes en déontologie, dont une seule a abouti.

Activités ouvertes aux hommes

Devant un public majoritairement féminin, deux organisatrices de l’événement informent que les activités sont mixtes, contrairement à la composition du collectif Montréal Sisterhood. Quoique la journée soit tout d’abord dédiée à « celles qui s’identifient comme femmes », les hommes sont les bienvenus et sont encouragés à participer aux activités. L’une des jeunes femmes précise cependant que la journée est organisée pour que les femmes en profitent. Elle ajoute : « Si jamais le comportement ou l’attitude de quelqu’un vous met mal à l’aise ou vous ne vous sentez pas en sécurité, venez nous parler ».

L’un des nombreux dépliants informatifs disponibles à l’entrée explique pourquoi Montréal Sisterhood est non mixte. Ces femmes ressentent la nécessité de se retrouver entre elles afin de pouvoir identifier les comportements sexistes et les dominations masculines dont elles sont victimes. Se regrouper entre femmes leur permet également de partager leurs expériences, s’épauler, souffler et (re)bâtir leur confiance en elles-mêmes. Cette mise en place du collectif porte ses fruits, puisque ses membres ressentent plus de facilité à prendre la parole par exemple.

Le collectif Montréal Sisterhood est né du besoin de promouvoir l’égalité des sexes dans l’art. « Les milieux hardcore, punk, hip-hop et antifasciste du Québec étant encore majoritairement masculins, les femmes ont senti le besoin de créer un collectif », explique une membre. Pour elle, une plus grande égalité des sexes était indispensable dans ce milieu engagé qui se veut solidaire et égalitaire.

L’une des membres du collectif explique que, malgré leur besoin de se rencontrer dans un environnement non mixte, il est très important pour elles que leurs autres activités incluent des hommes afin de profiter d’une plus grande pluralité et d’une diversité plus enrichissante. C’est la raison pour laquelle les hommes sont invités à la série d’ateliers qu’elles organisent dans le cadre de la journée des femmes.

Conception inclusive du féminisme

Les membres de Montréal Sisterhood se définissent comme étant des féministes radicales, c’est-à-dire qu’elles identifient les racines des systèmes d’oppression, soit le patriarcat et le capitalisme, et non pas leurs manifestations ou symptômes. « Être radicale ne veut pas dire vouloir tout casser », tient à préciser l’une des membres. Dans leur conception du féminisme, il est important d’être inclusive et de respecter les différences, autant entre hommes et femmes qu’entre les femmes elles-mêmes. Ainsi, Montréal Sisterhood préfère parler de la journée « des femmes » et non « de la femme. » « Cela constituerait un processus d’essentialisation de ce que doit être une femme, comme si la femme serait un tout et qu’il n’y aurait pas de détails entre chacune », explique une membre.

Les ateliers de cette journée des femmes correspondent à leur conception du féminisme et répondent à un désir d’une plus grande autonomie. À travers les cours d’autodéfense, elles veulent offrir l’opportunité aux femmes de pouvoir se défendre seules, sans dépendre de quelqu’un d’autre. De même, à travers l’atelier sur les droits, elles offrent une plus grande autonomisation aux femmes face aux policiers.


Aujourd’hui, la manifestation contre la brutalité policière porte le thème de l’impunité, élément qui ressort de tous les événements du printemps dernier. Montréal Sisterhood y est présente. Les jeunes femmes participeront également au salon du livre anarchiste de Montréal, les 25 et 26 mai prochains.


Crédit photo : Montréal Sisterhood

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