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La mort d’Hugo Chavez

Pierre MOUTERDE, 7 mars 2013

Hugo Chavez est mort, et si on a le coeur à gauche ou si on partage les idéaux d’émancipation ou de justice sociale qui ont été les siens, on ne pourra qu’apprendre cette nouvelle avec tristesse.

Après tout il n’y a pas beaucoup de chefs d’État en Amérique latine ou ailleurs qui ont été capables, avec autant d’acharnement et de passion, de s’attaquer aux si inégales conditions sociales et économiques qui encore en 1998 faisaient qu’au Venezuela, 49% de la population vivaient sous le seuil de pauvreté, et 21% en état d’extrême pauvreté. En 2012 : après 14 ans de révolution bolivarienne, ces taux ont été ramenés respectivement à 27 et 7%. Ce n’est pas rien, surtout en cette ère néolibérale où presque partout ailleurs, on ne parle que de privatisations, de libéralisation des échanges et partant d’accroissement des inégalités, de coupures dans les programmes sociaux ou de dégradation des conditions de vie. Il faut le dire : il y avait quelque chose de l’exploit à opter pour le chemin inverse : celui de renforcer l’État, ou de redistribuer la rente pétrolière vers les secteurs populaires depuis toujours marginalisés, en leur redonnant au passage dignité, ou encore de s’opposer d’arrache-pied aux si nombreuses intromissions étasuniennes.

On comprendra donc que sa disparition secouera toute l’Amérique latine et inquiétera ces pays qui –comme Cuba, La Bolivie et l’Équateur—avaient chacun à leur manière des liens privilégiés avec le Venezuela bolivarien, profitant sans doute des échanges pétroliers effectués avec lui, mais aussi et surtout de cette volonté politique commune de faire entendre la voix d’une Amérique latine unie, capable d’échapper enfin à la tutelle impériale des USA et de s’orienter pas à pas vers un autre mode de développement “sud/sud, moins soumis aux logiques perverses de la dépendance et de l’échange inégal.

Sans doute, il y a aussi des côtés moins lumineux dans cette expérience de transformation sociale absolument inédite, et Hugo Chavez n’y est pas totalement étranger. Mais on ne peut les juger en toute justice sans tenir compte du lourd héritage qu’il a dû assumer : celui d’un pays où le pétrole est autant un cadeau qu’une malédiction ; celui d’une société longtemps désarticulée et dans laquelle n’existait pas de tradition de mouvements sociaux forts et indépendants. Et sans doute certains ne manqueront pas de stigmatiser le caractère personnaliste de sa gouvernance (son “hyperleadership” !) ou les dimensions erratiques ou inachevées de bien des réformes qu’il a parrainées. Mais ces critiques, à bien y regarder, sont d’abord du ressort de ceux qui comme lui ont aspiré –loin du capitalisme néolibéral— à “un autre monde possible”, et continuent à lutter pour qu’il devienne réalité à travers plus de justice, de liberté et de dignité pour les peuples. C’est à eux que revient la tâche d’en faire le bilan intransigeant et d’aller plus loin ! Quant à lui, rendons-lui pour l’instant ce qui lui revient : cette farouche volonté d’avoir –au milieu de tant d’adversités—initié puis rendu possible un tel espoir.


Paru sur pressegauche.org
Crédit photo : www.ukberri.net