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Internet, un nouvel espace pour les citoyens

Thomas Scorticati, 4 mars 2013

Internet est l’un des outils utilisés par les citoyens pour revendiquer leurs droits. Comment les citoyens s’expriment-ils via cet outil informatique ? Comment agissent-ils pour faire bouger les choses ? Qui sont-ils ? Tant de questions complexes à analyser. C’est sur cette difficulté à saisir les enjeux et les aboutissants d’Internet que nous avons interrogé deux chercheurs spécialisés sur l’impact des médias sociaux au Moyen-Orient, Hanieh Ziaei et Julien Saada, afin de mettre en lumière certains nouveaux phénomènes.

Le journalisme aux mains des citoyens

On ne compte plus les nombreux journaux alternatifs existant sur le web tels qu’Alter-monde, CMAQ, Cybersolidaire ou encore Le Journal des Alternatives. Ces médias activistes, nombreux en Amérique du Nord, ont permis d’ouvrir un autre regard sur ce qui se passe dans le monde.

Comme le précisent dans leur ouvrage Médiactivistes, 2010 les deux spécialistes français en médias sociaux, Dominique Cardon et Fabien Gendron, l’absence de rentabilité et le bénévolat des rédacteurs permettent d’alléger les contraintes pesant sur la production des journaux traditionnels. Ces médias critiques encouragent à faire participer les citoyens. Avec le principe d’Open-publishing, beaucoup des lecteurs peuvent s’exprimer sur un article publié ou même participer à sa rédaction. Ce que fait le Centre des médias alternatifs du Québec.

Contrairement à une idée reçue, la presse « webzine » n’est pas moins mauvaise. C’est grâce à l’absence de contraintes ou par la situation géographique de certains des rédacteurs qui sont au cœur de l’action, que les articles gagnent en instantanéité. « C’est un nouveau métier qui est en voie de développement, remarque Julien Saada, le nouveau journaliste est un citoyen local, qui vit au cœur de l’action, qui le comprend, le filme ou l’écrit. » De nombreuses vidéos prises par des habitants des combats en Syrie l’illustrent parfaitement.

L’activisme à la portée du clavier

Un « Hacktiviste » est un Hacker pratiquant son activité au service de ses convictions politiques par le biais des nouvelles technologies. Par exemple, les Anonymous sont des « Hacktivistes ». Ils ont commencé à faire parler d’eux en 2008, lors de leur vidéo faussement sérieuse qui annonçait la destruction de la secte de Scientologie.

Les Anonymous ne sont pas un groupe, mais un collectif puisqu’ils ne souhaitent pas désigner de leader ou de porte-parole. Ces personnes « anonymes » se rencontrent virtuellement afin de décider démocratiquement de leurs prochaines actions contre tel gouvernement ou telle firme.

La force des Anonymous est leur capacité de passer d’un acte virtuel à un acte réel et de transmettre des messages à quiconque ne respectant pas les règles éthiques.

En novembre 2011, en menaçant, dans une vidéo YouTube, de publier plus de 25 000 courriels échangés entre un cartel mexicain et son gouvernement, le Collectif a réussi à faire libérer l’un de leur membre pris en otage.

Un article du Monde Diplomatique cite en exemple l’attaque de sites Web gouvernementaux tunisiens par des pirates informatiques lors du Printemps arabe, sites qui n’ont toutefois pas été détruits. « Il est plus astucieux de ne pas détruire un site gouvernemental. Ainsi, lorsque la page web revient en ligne, le gouvernement est obligé de reconnaître ses faiblesses à ses citoyens ! », analyse un Anonymous montréalais rencontré dans un café du Plateau Mont-Royal.

L’« Opération Tunisia » des Anonymous a été un des éléments déclencheurs de la révolution civile tunisienne. Même les pirates québécois s’en sont inspirés durant le Printemps Érable : suite aux répressions policières, l’« Opération Québec » a mis à mal les sites du Service de police de la ville de Montréal, de la Caisse d’économie des policiers, de la Fraternité des policiers et du ministère de la Sécurité publique.

De réseaux sociaux en mouvements sociaux

Avec la création des réseaux sociaux tels que Facebook, Twitter ou encore YouTube, les utilisateurs peuvent échanger plus rapidement et plus facilement. Ces réseaux sociaux prônent la liberté d’expression. Dans la trilogie, L’ère de l’information, du spécialiste de la société d’information et des réseaux Manuel Castells, ce dernier affirme que la société civile se mondialise grâce à Internet.

Cette mondialisation pourrait entrainer l’émergence d’une conscience globale et d’un sentiment d’appartenance ne se limitant pas aux identités géographiques. « Lorsque les révoltes en Iran de 2009 ont été filmées par des citoyens avec leurs téléphones mobiles, la diaspora iranienne ainsi que les citoyens du monde ont manifesté afin de faire cesser la répression du régime. Il y a une solidarité internationale, la création d’un Nous », affirme Hanieh Ziaei.

Yves Gonzales-Quijano l’écrit dans son ouvrage Arabités numériques : le printemps du Web arabe, les technologies d’information et de communication ont un rôle stratégique libérateur se résumant autour d’un triptyque : Facebook sert à planifier les manifestations, Twitter les coordonne et YouTube les révèle au monde. Le Printemps érable l’a bien illustré : de nombreux groupes Facebook ont été créés pour rassembler les citoyens sur la place publique. Twitter a permis de coordonner les manifestations en direct. Enfin, de nombreuses vidéos des marches dans les rues de Québec sont mises en ligne sur YouTube.

Internet peut être un nouvel espace d’expression pour les citoyens. Le Web est non seulement un moyen de dénoncer certains enjeux en jouissant d’une liberté quasi totale, mais c’est aussi un moyen de confronter les pouvoirs en place. Le printemps arabe en est un des meilleurs exemples.

Selon l’agence RT network, certains gouvernements organisent des conférences au sein de L’IUT, organe de l’ONU sur les règles des télécommunications. Ces conférences ayant pour but de trouver un terrain d’entente entre les États pour la gouvernance sur la Toile, il importe de rester vigilants afin d’assurer que les militants conservent cette liberté conférée par les technologies d’information et de communication.

Cet article a pu être écrit grâce aux témoignages de Julien Saada, directeur adjoint de l’Observatoire sur le Moyen-Orient de la Chaire Raoul-Dandurand en études stratégiques et diplomatiques, et de Hanieh Ziaei. Membre externe à l’Observatoire sur le Moyen-Orient de la Chaire Raoul-Dandurand en études stratégiques et diplomatiques. Ainsi qu’un membre des Anonymous de Montréal.


Articles sur le même sujet :
- Anonymous, de l’humour potache à l’action politique, Felix Stalder, février 2012
- UN launches new attempt to control the Internet, January 17

Crédit photo : Thomas Scorticati