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Printemps Global, au-delà des frontières et des saisons

Karine Pontbriand, 4 mars 2013

Depuis octobre 2012, les militants du monde entier sont amenés à se rencontrer tous les 22 du mois afin de partager leurs idées, leurs opinions et leur créativité par le biais d’un collectif mondial de discussion. VIA22 se veut un espace pour échanger, via une plateforme web, dans toutes les langues et sur tous les sujets.

L’idée est née d’une initiative montréalaise. Inspiré par le mouvement étudiant du printemps érable qui se mobilisait chaque 22 du mois, un groupe de Québécois a mis sur pied ce projet collectif dans un but très simple : favoriser un dialogue global. « L’idée, c’est d’offrir à tous l’occasion d’initier des actions et de faire partie d’une conversation globale », explique François Genest, participant impliqué dans l’organisation de VIA22.

Afin de pouvoir discuter, les participants de chaque État se rejoignent en un même lieu et ensemble, ils se connectent sur le programme Mumble, ce qui permet à plusieurs groupes de converser ensemble. Les participants de VIA22 utilisent le serveur Mumble créé par le mouvement Occupy : ils discutent ainsi en passant par le web, le logiciel permettant de parler de vive voix et de s’entendre, malgré la distance.

Par ailleurs, il importe pour le collectif d’établir un lien entre les réalités locales et globales. « Actuellement, il y a dans le monde un sentiment d’isolement. Plusieurs personnes me disent qu’ici c’est différent, que nos problèmes ne sont pas les mêmes qu’ailleurs. Mais en réalité, tout est lié », croit François. Détérioration de l’environnement, crises économiques, effets néfastes de la mondialisation : pour les participants de ce forum Internet, les frontières terrestres demeurent, mais les injustices les transcendent, d’où la nécessité d’unir les militants.

Processus évolutif

Les membres des différents mouvements tout comme les particuliers peuvent prendre part à la discussion. Le projet étant tout récent, le but premier est, à l’heure actuelle, d’établir des contacts entre les différents groupes altermondialistes issus de plusieurs pays. « C’est un processus en évolution, c’est donc difficile de dire où ça va aller. Mais il y a une volonté d’internationaliser la solidarité et de mettre l’accent sur la créativité citoyenne », explique François. Outre le Québec, des ressortissants de l’Italie, de l’Espagne, des États-Unis, du Mexique et de l’Australie ont déjà participé aux rencontres. Mouvements étudiants, Occupy, Indignados, Take The Square, Democracia Real Ya, Forums Sociaux, #Yosoy132, Y’en a marre, et plusieurs autres mouvements représentent le type de militants (très varié) invités à joindre la discussion.

Selon VIA22, l’essentiel est d’abord d’entretenir les relations, de se parler sur une base fréquente plutôt que de créer des événements ponctuels. Lors des discussions du 22, les participants échangent sur les moyens créatifs de mobilisation ou de revendications ; ils partagent des initiatives locales dont des militants d’ailleurs pourraient s’inspirer. Par exemple, les militants d’Occupy France et d’Occupy Jura (Suisse), en collaboration avec VIA 22, ont organisé en décembre dernier des gratiférias (marchés gratuits) afin de poser « des gestes concrets contre la surconsommation du temps des fêtes ».

L’éventualité d’organiser des actions convergentes a justement été discutée lors de la réunion en ligne du 22 février dernier. Parmi les suggestions, on retrouve notamment la plantation d’arbres et l’organisation d’événements festifs concertés dans plusieurs pays lors du Jour de la Terre, le 21 avril 2013.

Collectivité et autogestion

En ce qui a trait à l’organisation, le collectif est établi sur une base collaborative et horizontale. L’organisme se veut donc non hiérarchique et chacun est invité à s’impliquer dans l’organisation des rencontres. À l’heure actuelle, un petit groupe d’habitués proposent l’ordre du jour des discussions et gèrent le fonctionnement des rencontres, mais ils se disent très ouverts à laisser la place à de nouveaux impliqués.

Quant aux aspirations de VIA22, il ne s’agit pas d’un mouvement revendicateur d’un changement précis ou porteur d’un message unique, dans le but d’inclure le plus grand nombre de militants. « Ce n’est pas un projet qui est proposé, mais un lieu où toi tu peux apporter des idées de projets », explique François. VIA22, en tant qu’espace de créativité citoyenne, permet à chacun de faire valoir ses propres initiatives, quels que soient son pays, sa langue, ses revendications ou encore le mouvement local ou international au sein duquel il s’implique.

Selon les organisateurs de VIA22, il est primordial de permettre aux discussions internationales d’avoir un suivi. À ce propos, ils envisagent ave enthousiasme le Forum social mondial (FSM), qui aura lieu à Tunis dans moins d’un mois et dont la principale fonction est de faire émerger un discours différent, alternatif. Ils soulignent toutefois l’importance de ne pas rompre les liens à la fin du Forum, et le fait de poursuivre l’échange sur une base mensuelle est un bon départ.

Une telle libre circulation d’information et d’idées avait déjà cours auparavant de façon informelle, grâce entre autres aux médias sociaux. « Ça part d’une allergie à l’idée qu’il y ait un seul endroit maître des discussions. Il existe un réel besoin de communication entre les peuples, et donc de créer un endroit non centralisé », conclut François. Il est par conséquent primordial de continuer d’établir des contacts sur une base régulière, de diversifier les lieux d’échange et de faire en sorte que les participants au FSM demeurent en contact au terme de la rencontre.

Pour de plus amples informations, consultez http://www.via22.org/#!global-call
Sachez toutefois que le site web est en reconstruction.


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