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Rencontres citoyennes contre pétrole non conventionnel : le cas de Gaspé

Camille Raillon, 4 mars 2013

Militer pour l’environnement et les droits des citoyens ne sont pas quelque chose que je fais, c’est en relation avec ce que je suis.
- Lise Chartrand, directrice du comité Ensemble pour un avenir durable du Grand Gaspé

C’est lors du forum Québec meilleures mines, le 8 février dernier, que le Journal des Alternatives a rencontré Lise Chartrand, directrice du Comité Ensemble pour un avenir durable du Grand Gaspé, un mouvement né en juin 2011 suite à la volonté de la société Petrolia d’exploiter les gisements d’Haldimand et de Tar Point.

Lise est une femme de poigne qui se questionne sur le monde contemporain et qui demande des mesures justes pour protéger l’environnement et les citoyens de Gaspé. « Je pense que je suis habitée par un désir de justice pour ceux qui n’ont pas de voix », confie-t-elle. Quand Lise emploie le pronom « ceux », elle nous parle des citoyens mais aussi de la faune et de la flore. Selon elle, le constat est accablant : quatre ruisseaux sont déjà contaminés alors que la compagnie n’a fait que des travaux exploratoires depuis 2005. La principale problématique serait que les polluants dus à l’exploitation du pétrole et rejetés dans les nappes phréatiques, questionnent davantage des intérêts privés lucratifs que le bien-être des communautés.

Pour tenter d’imposer un cadre législatif aux activités de Petrolia, le maire de Gaspé, appuyé par des experts en environnement, a imposé en décembre 2012, le règlement 1205-12 sur la Protection des sources d’eau potable dans sa commune. Ce règlement prévoit l’obligation d’une distance de sécurité entre les forages et les sources. Son article 8 interdit toute introduction dans le sol par forage ou autres procédés techniques, de substances qui mettraient à mal la qualité de l’eau pour les citoyens, la faune et la flore. Mais Lise Chartrand reste sur ses gardes dans l’attente de l’acceptation officielle de Petrolia d’un moratoire sur ses activités.

Des citoyens non consultés

La recette d’extraction du pétrole par fracturation consiste à injecter sous haute pression de l’eau mélangée à du sable et à des produits chimiques. Mais les eaux usées qui sont rejetées de cette alchimie contiennent certaines substances toxiques pour l’être humain, qu’il est encore impossible de traiter. Selon les études du Centre National de Recherche Scientifique français, elles pourraient contenir des éléments radioactifs nocifs. Pourtant, selon les propos recueillis par M. Costicella dans son article de janvier 2013 pour l’hebdomadaire régional Gaspésie, M. Lefèvre de l’Institut National de Recherche Scientifique canadien considère que le risque est « pratiquement inconcevable ». Il revient finalement aux citoyens d’accepter ou non cette incertitude. Le Bureau d’audiences publiques sur l’environnement (BAPE) a été créé dans cette optique. Dans le cas de Gaspé, il n’est pourtant pas intervenu.

« Il n’y a eu ni BAPE ni consultation des citoyens », confirme Lise Chartrand. Le 1er février 2012, selon le Journal de Montréal, la ministre des Ressources naturelles, Martine Ouellet, s’est limitée à dire qu’on étudiait actuellement les impacts économiques du développement des hydrocarbures pour la région. Pour Mme Chartrand, les droits des citoyens sont bafoués et la municipalité n’a pas accès non plus à toutes les informations sur les risques environnementaux : « Comment se fait-il que la municipalité non plus ne sache rien ? Cela fait presque un an que nous demandons les expertises un laboratoire public d’analyses d’eau et le ministère fait la sourde oreille ».

Et si finalement tout tenait au fait que l’État est l’un des principaux actionnaires de Petrolia comme le suggère Hugo Fontaine, journaliste pour La Presse. Pour Gaétan Lelievre, ministre délégué aux régions, le problème serait que les foreuses sont arrivées avant que les lois n’encadrent leurs opérations. La complexité de la situation est telle que pour Lise Chartrand, il faudrait revoir l’ensemble de la législation sur l’extraction du pétrole. « Nous avons besoin d’une loi revue et discutée par l’ensemble des citoyens », estime-t-elle.

L’avenir énergétique en question

Pétrolia est une société d’exploration pétrolière et gazière qui possède des intérêts sur environ 17 % du territoire québécois, selon un article du journal espagnol El Periodico de fin 2011. Sur son site Internet, la compagnie met en avant sa contribution au progrès économique de la région. Pourtant, les associations participant au Forum des mines craignent surtout un afflux de travailleurs étrangers comme main- d’œuvre bon marché, la disparition de certains métiers ancestraux liés notamment à la pêche et surtout une stratégie économique à court terme.

Petrolia ne dément pas qu’une meilleure solution serait de « maximiser le recours aux énergies renouvelables », mais elle estime que cela prendra du temps. Pour Lise Chartrand, environnement et croissance sont compatibles en privilégiant le développement des énergies renouvelables. « Le bio méthane, la géothermie, tout est repoussé à plus tard, une fois que les pétroliers auront fait leurs sous », observe-t-elle, « mais le coût réel des opérations est mal calculé, les municipalités vont rester avec la pollution, les infrastructures, la dévaluation de leurs propriétés, les contaminations et les problèmes de santé ».

L’échec des initiatives globales à résoudre les problèmes locaux

Depuis la conférence de Stockholm en 1972, le droit à l’environnement n’a cessé de s’enrichir. Le 28 juillet 2010, l’Assemblée générale des Nations Unies a reconnu le droit à l’eau et à l’assainissement comme un droit humain.

Le conflit qui demeure est celui de la mise en œuvre de ce droit. D’un point de vue global, peut-on jeter la pierre à l’Inde, par exemple, alors que ce pays a un besoin vital d’augmenter ses ressources en énergie pour améliorer les conditions de vie et l’accès, entre autres, à l’eau potable pour sa population ? Selon, un article du journal Le Monde de mars 2012, près d’un Indien sur trois vit sous le seuil de pauvreté, « soit 28 roupies (43 centimes d’euros) de dépenses par jour ».

En 1930, alors qu’une journaliste lui demandait ce qu’il pensait de la civilisation occidentale, Gandhi a répondu que ce serait une bonne idée. « Gandhi voyait clair », estime Lise Chartrand, « il faut s’assurer que l’eau potable, l’énergie, la nourriture, les terres, l’air, le droit de travailler et de pratiquer sa religion soient à la base même des décisions politiques. Le développement économique doit servir les populations et non l’inverse. Le dossier du respect de l’eau potable, sa préservation et sa distribution est une voie à laquelle toutes les causes sont reliées ». Le développement des uns ne peut plus se faire au détriment des autres.

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