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La Clinique destinée aux migrants à statut précaire, une initiative nécessaire de Médecins du Monde Canada

Alexis Lapointe, 27 février 2013

Sophie Schoen se trouve sur la ligne de front du soutien aux personnes migrantes. Elle travaille comme infirmière à la Clinique destinée aux migrants à statut précaire du Projet Migrants. Visant à procurer des soins de base aux personnes n’ayant pas de statut régulier, la clinique constitue un des deux principaux volets des interventions locales de Médecins du Monde Canada. Avec des moyens limités, elle pallie à un manque criant puisqu’une partie importante de la population migrante n’a pas accès aux cliniques, hôpitaux et CLSC. Exclus de la RAMQ, les personnes ayant recours à la Clinique du projet Migrants n’ont pas même accès au Programme fédéral de santé intérimaire (PFSI), qui devait initialement soutenir les personnes qui demandent le statut de réfugié et dans lequel le gouvernement a fait des coupures importantes en juin dernier.

Comme l’affirme Sophie Schoen, la mission de Médecins du Monde consiste à « être là où le système de santé public n’est pas ». Son autre axe d’intervention se trouve auprès de populations marginalisées comme les personnes itinérantes et les utilisateurs de drogues injectables. Composée d’une petite équipe de deux infirmières et d’une stagiaire en travail social, la clinique destinée aux migrants à statut précaire reçoit aussi le soutien d’une vingtaine de médecins omnipraticiens bénévoles et d’une quinzaine de médecins spécialistes. Accueillant six fois par mois les patients dans un lieu qui demeure confidentiel, elle arrive à remédier partiellement à un problème social profond puisqu’on compte selon les données disponibles entre 200 000 et 500 000 personnes à statut précaire au Canada.

La Clinique du projet Migrants offre des soins de santé de base et de dernier recours pour des personnes qui en d’autres circonstances n’auraient pas d’accès. Grâce à des méthodes inventives tendant à procurer différents médicaments à coût moindre ou encore à trouver des façons de traiter des problèmes de santé chroniques, ils doivent composer avec un budget restreint. Souvent, les patients qui se présentent à la clinique se trouvent aux prises avec des problèmes aggravés par le temps.

Le cas de Joseph, 27 ans, originaire du Cameroun, est éloquent. Attendant pour sa résidence permanente, il souffre de symptômes de diabète (soif, fatigue importante). Ne pouvant voir de médecin, il se fait venir de l’insuline de son pays d’origine et seule la Clinique du projet Migrants peut lui apporter un certain soutien.
Couverte par le PFSI pour les réfugiés, Mathilde a seulement accès à des soins « si son état pose un problème pour la santé ou la sécurité publique » depuis les coupures au PFSI en juin 2012. Elle est enceinte depuis six mois. Comme les ressources publiques refusent de la prendre en charge, la Clinique du projet Migrants est intervenue pour que cette personne continue d’accéder à son suivi de grossesse. Par contre, plusieurs personnes dans sa situation continuent d’avoir des difficultés importantes à accéder aux soins de santé. Employée à statut précaire, Maria se blesse au coude. Elle manque plusieurs jours de travail. Grâce au travail de l’équipe du projet Migrants, elle peut avoir des rayons X et des soins de bases pour son coude qui heureusement n’est pas fracturé. Dans tous les cas, la clinque constitue un oasis d’une valeur précieuse pour ces personnes.

Relevant d’une position idéologique plutôt que de préoccupations économiques, les coupures dans le Programme fédéral de santé intérimaire ont eu pour effet de marginaliser les demandeurs d’asile. Ce programme couvrait de manière limitée l’accès aux médicaments et soins dits « urgents et essentiels ». La couverture se trouve dorénavant changée en fonction du statut, dans la mesure où les personnes originaires de pays qui ne sont pas considérés comme « dangereux » et celles dont la demande a été rejetée se trouvent privés de couverture sauf si leur état de santé « constitue une menace pour la santé et la sécurité publiques ». Contrairement aux États-Unis où le gouvernement démocrate travaille à mettre sur pied une politique de régularisation, le Canada ferme les yeux sur la situation.

La Clinique du projet Migrants travaille avec différentes organisations communautaires et militantes de réfugiés comme les Mexicains unis pour la régularisation et Solidarité sans frontières. Il s’inscrit dans un vaste mouvement de défense des droits des personnes à statut précaire, pour lesquelles l’accès aux principaux droits garantis par la constitution demeure extrêmement difficile. Elle bénéficie également du soutien de la Table de concertation au service des personnes réfugiées et immigrantes, de la FIIQ (Fédération Interprofessionnelle de la Santé) et d’organisations comme la Fondation Béati. En tant qu’ONG, le financement de Médecins du Monde est un défi de taille et une préoccupation constante.

« Notre objectif est de ne plus exister », exprime Sophie Schoen. Seule une solution politique, garantissant le droit inaliénable aux soins médicaux mettrait fin à cette situation insoutenable. Comme le soulève l’infirmière, il est particulièrement contradictoire que le Canada continue d’investir dans des projets de soutien médical à l’étranger alors qu’une partie de la population se trouve asphyxiée ici-même par ses mesures d’austérité. En attente d’une décision sur leur statut, travaillant parfois « au noir » pour survivre, les demandeurs d’asile et les migrants à statut précaire vivent une détresse qu’accentue ce mépris de la part du gouvernement. Il se révèle urgent qu’une autre vision voit le jour pour garantir un traitement juste et équitable pour ces populations, leur offrant une condition digne à la hauteur de la détermination demandée pour choisir l’exil.