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Critiquer le rôle des banques mène-t-il en prison ?

Sophie Chapelle, 23 février 2013

Huit militants écologistes risquent huit mois de prison pour une action non violente contre la CaixaBank, une des plus importantes banques espagnoles. En décembre 2011, ils ont déployé plusieurs banderoles sur la façade du siège de la société CaixaBank à Barcelone (voir les photos). « La Caixa dévaste la planète », « Justice sociale et environnementale » et « Libérez nous de la banque », pouvait-on lire. L’initiative était organisée par Ecologistas en Acción [1].

La société CaixaBank a porté plainte. Les militants sont poursuivis pour « effraction d’un établissement ouvert au public ». Le Procureur demande une condamnation à huit mois de prison pour chaque accusé et huit mois d’amende à dix euros par jour. Pour la défense, cette peine est « disproportionnée » alors que les militants ne sont à aucun moment entrés dans le bâtiment. Leur avocate insiste sur le fait qu’ils ont été identifiés sans opposer de résistance. « Dans leurs déclarations, les personnes accusées ont expliqué le but de l’action, à savoir l’objectif politique de rendre visible le rôle que cette société bancaire a eu dans la crise » rappelle le journal El Diario.

Les banques dans le collimateur des désobéissants

Plus de 200 organisations écologistes, syndicales et politiques ont signé une déclaration de soutien. Les signataires se joignent aux revendications qui ont motivé l’action, dénonçant « l’énorme accumulation du pouvoir politique et économique dans le secteur bancaire ». « Ce sont les banques, élément essentiel des marchés, qui dictent aujourd’hui la majeure partie des politiques publiques qu’exécutent les gouvernements », affirme le manifeste. « Pour cela, elles utilisent les chaînes de la dette publique, contractée en grande partie pour renflouer les banques ». Ecologistas en Acción dénonce également la participation financière de CaixaBank à des entreprises transnationales espagnoles qui mènent « des politiques environnementales et sociales très agressives ».

La Cour provinciale de Barcelone doit décider si elle classe, ou non, la plainte. L’avocate de la défense voit dans la demande du Procureur, la volonté de donner « un avertissement à ce groupe et à d’autres pour d’éventuelles actions futures ». Critiquer les banques est-il en passe de devenir un délit ?

Notes
[1] Ecologistas en Acción est une confédération de plus de 300 groupes écologistes dans tout l’État espagnol.


Paru le 18 février 2013 sur bastamag.net