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Le gigantesque bas de laine des entreprises

Claude Vaillancourt, 11 février 2013

Les conservateurs l’ont répété à plusieurs reprises : il faut baisser les impôts des entreprises pour leur permettre d’investir et créer de l’emploi. Le raisonnement semble irréfutable et plusieurs électeurs ont mordu à l’hameçon.

Mais la réalité est plus complexe : les entreprises n’investissent pas si elles n’en ont pas le besoin. Les cadeaux fiscaux ne se transforment nécessairement pas en investissement. La création d’emploi n’est pas liée de façon si évidente à la marge de manœuvre financière d’une entreprise. Il arrive même souvent même que de entreprises prospères congédient plusieurs de leurs employés pour hausser le prix de leurs actions en Bourse.

Une étude du Congrès du Travail du Canada, intitulée Qu’est-ce que les réductions de l’impôt des sociétés ont rapporté ? dément catégoriquement ce supposé avantage de réduire l’impôt des entreprises. Elle nous permet aussi de savoir comment les entreprises gèrent le surplus de profits apporté par les baisses d’impôts. Et que font-elles au juste avec ce pactole qu’on leur a donné si charitablement ? Eh bien, elles n’en font rien !

Selon Statistique Canada, le magot accumulé dans le bas de laine boursouflé des entreprises est passé de 187 milliards de dollars en 2001 à 575 milliards en 2011. Peut-on imaginer ce que l’on ferait d’une pareille somme si elle à la disposition des Canadiens et des Québécois ? Par exemple, notre dette serait payée en claquant du doigt…

Il faut dire que nos gouvernements, et surtout les conservateurs, ont été d’une grande générosité avec les entreprises : leur taux d’imposition est passé de 40% à 15% en 50 ans. Depuis 2000, il a été réduit de 28% à 15%. Personne n’a demandé de telles réductions, les plus considérables dans les pays du G7.

Pendant ce temps, notre gouvernement joue allègrement du ciseau : coupe dans l’aide internationale, abolition de 19 200 postes dans la fonction publique, coupe du financement de tous ceux qui s’opposent au gouvernement : féministes, écologistes, altermondialistes, etc. Et devant une gestion si serrée des budgets, pas question évidemment de gratuité scolaire, de programmes sociaux bien ciblés. On se serre la ceinture, on n’a plus les moyens…

On observe ici une des stratégies préférées des conservateurs. D’abord, on crée une crise de toutes pièces, dans le cas présent, un sous-financement artificiel de l’État. Puis on développe une politique en conséquence, en l’occurrence des mesures d’austérité dont nous n’avions absolument pas besoin.

Nous ne sommes pas les seuls à nous alerter de tout cet argent qui dort dans les coffres des sociétés. Mark Carney, le gouverneur de la Banque du Canada, a demandé qu’il soit redistribué aux actionnaires. Le ministre des Finances, Jim Flaherty, du haut de sa puissante autorité, a supplié les entreprises d’investir, ne serait-ce qu’un petit peu.

Nous avons une bien meilleure idée. Une idée toute simple. Puisque ces entreprises n’ont visiblement pas besoin de tant d’argent, puisqu’elles n’arrivent pas à se creuser les méninges pour trouver de ces foutus investissements-rentables-créateurs-d’emplois, pourquoi ne pas revenir au point de départ ? Pourquoi ne pas reprendre tout cela sous forme d’impôts, redistribuer ces sommes et donner à notre population ce dont elle a besoin, des services publics diversifiés, accessibles et de qualité ?

Mais il s’agit malheureusement d’un langage que les conservateurs et les néolibéraux n’arrivent pas à comprendre…

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