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Comment reconnaître les astuces anti-choix du parti Conservateur dans le débat sur l'avortement ?

Cathy Wong, 6 février 2013

“Toute mère doit être mère par choix, tout enfant doit être un enfant désiré,” affirmait le docteur Morgentaler en 1988. Il y a 25 ans, les femmes canadiennes obtenaient le 28 janvier 1988 le droit à l’avortement dans l’affaire Morgentaler de la Cour suprême.

Depuis l’arrivée du parti Conservateur au pouvoir, le droit à l’avortement n’a jamais été autant menacé. Malgré la promesse électorale du Premier ministre Harper de ne pas rouvrir le débat sur l’avortement, il continue à faire indirectement ce qu’il n’ose faire directement. Voici six stratégies et discours anti-choix concoctés par le parti Conservateur pour continuer à jouer dans les ovaires des femmes :

1) Utiliser incorrectement les mots “enfant” et “mère”

En mars 2008, le député conservateur albertain Ken Epp présentait le troublant projet de loi C-484 qui visait à créer une nouvelle catégorie de victimes dans le Code criminel : le meurtrier d’une femme enceinte serait accusé d’avoir tué « la mère » et d’avoir « causé la mort d’un enfant non encore né ». Le choix des termes suggérait que la femme enceinte était déjà « mère », et accordait aussi une personnalité juridique au foetus en lui attribuant les qualités d’un « enfant ». La sélection de ces mots n’était pas le fruit du hasard. L’impact de cette manoeuvre anti-choix aurait été de donner le statut d’être humain au foetus et de recriminaliser à terme l’avortement. Rappelons qu’en vertu de l’article 223 du Code criminel, le foetus n’est pas une encore « personne » au sens de la loi. Il le deviendra uniquement lorsqu’il sera « complètement sorti, vivant du sein de sa mère. »

2) Assimiler l’avortement au terrorisme

En 2004, la députée conservatrice Cheryl Gallant déclarait, lors d’une manifestation contre l’avortement sur la colline parlementaire, qu’il n’y avait pas de différence entre l’avortement et la décapitation de l’Américain Nicholas Berg en Irak. Plutôt que de se dissocier des paroles de sa députée, le parti Conservateur a préféré informer la population que Cheryl Gallant souffrait d’une laryngite et qu’elle serait absente de la Chambre pour quelques temps.

3) Déposer des motions à tout vent

En septembre 2012, le député conservateur Stephen Woodworth déposait la motion M-312 pour mettre sur pied un comité parlementaire qui étudierait le moment où un foetus devient un être humain. Le jour même où cette motion a été battue en Chambre, le député conservateur Mark Warawa fit la promotion d’une nouvelle motion (M-408) qui elle, contrerait l’avortement sélectif des filles, tel que pratiqué en Inde par exemple. Au moment du dépôt de sa motion, le député Warawa ignorait si cette pratique discriminatoire était vraiment répandue au Canada. La volonté d’enrayer les inégalités sexuelles était-elle réellement au cœur de ses motivations ?

4) Nommer une femme anti-choix au poste de ministre de la Condition féminine

Même si les motions M-312 et M-408 furent battues en Chambre, il est inquiétant de constater que la majorité des ministres conservateurs ont voté en faveur de cette motion, y compris la ministre de la Condition féminine, Rona Ambrose.

5) Rendre difficile l’accès à l’avortement

Selon l’Organisation Mondiale de la Santé, environ 70 000 femmes meurent annuellement des suites d’avortements non sécuritaires dans les pays où l’avortement est illégal. Au Canada, sans avoir à légiférer sur le droit à l’avortement, il est possible d’en rendre l’accès plus difficile en multipliant les obstacles. C’est ce que souhaitait Rob Merrifield, député conservateur de l’Alberta, lorsqu’il a déclaré en 2004, qu’il considérait nécessaire d’obliger les femmes à consulter une tierce personne avant de pouvoir se faire avorter.

Rappelons, par ailleurs, que seulement un centre hospitalier canadien sur cinq offre des services d’avortement accessibles et que ces services sont inégalement répartis sur le territoire. Ainsi, les femmes de moins de 18 ans en Saskatchewan (14 ans au Québec) doivent encore obtenir une permission de leurs parents pour obtenir un avortement. Quant à celles du Nouveau-Brunswick, elles doivent obtenir l’approbation de deux médecins, et ne bénéficient d’aucun financement public.

6) Remettre des prix à des militants anti-choix

En octobre dernier, le Gouverneur général du Canada David Johnston ne s’est pas opposé à la proposition du député conservateur Maurice Wellacott de remettre des médailles du jubilé de diamant de la reine à deux criminelles récidivistes notoires. Linda Gibbons et Mary Wagner étaient alors derrière les barreaux pour ne pas avoir respecté une injonction les enjoignant de cesser tout harcèlement et toute violence à l’encontre des patients et du personnel d’une clinique d’avortement. Une semaine après avoir reçu sa médaille, l’une des récipiendaires commettait une nouvelle infraction.

L’usage du droit à l’avortement ne constitue jamais un choix facile pour les femmes et représente souvent un moyen de dernier recours pour elles. Ainsi, pour diminuer la fréquence du recours à l’avortement, il est essentiel d’assurer une éducation à la contraception destinée aux jeunes et des campagnes annuelles de sensibilisation auprès des hommes et des femmes Par ailleurs, les libertés de choisir et de s’autodéterminer constituent les bases du progrès pour les femmes dans une société : le nier mènerait à la déshumanisation des femmes qui ne peuvent être réduites à leur seule capacité reproductive. Le 28 janvier prochain, soyons nombreuses et nombreux à réaffirmer l’acquis historique de 1988 à l’encontre des astuces anti-choix du parti Conservateur.


Voir l’article original sur jesuisféministe.com