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Khadir vs Johnson

Claude Vaillancourt, 4 février 2013

À plusieurs reprises, le député de Québec Solidaire Amir Khadir a dénoncé un conflit d’intérêt apparent concernant le négociateur en chef du Québec de l’Accord économique et commercial global entre le Canada et l’Union européenne (AÉCG), Pierre-Marc Johnson.

La raison ? C’est que M. Johnson est en relations d’affaires avec deux entreprises qui pourraient tirer avantage de la conclusion de l’accord.

Pierre-Marc Johnson s’est toujours offusqué de pareilles allégations. Lors de son audition à la Commission des institutions, en novembre 2011, par exemple, il a dit : « Je respecte mon devoir de loyauté, d’intégrité, d’indépendance, de désintéressement, de diligence, de prudence et de confidentialité, comme l’exige le code de déontologie de ma profession. »

Mais qui donc a raison ? Le fougueux député de QS ou le vénérable ex-premier ministre et avocat réputé ? Examinons d’abord quelles sont les entreprises qui ont recours aux services de M. Johnson.

Johnson est membre du Comité de prospective de Veolia Environnement. Ce comité « participe à la définition des grandes orientations et contribue au débat mené par l’Institut Veolia Environnement. »

Veolia est une compagnie française spécialisée dans la gestion de l’eau, les services municipaux, l’énergie, les transports. Exactement le genre de compagnie qui pourrait profiter de l’ouverture de nos marchés publics telle que prévue dans l’accord commercial entre le Canada et l’Europe.

Mais Pierre-Marc Johnson est surtout avocat pour Heenan Blaikie qui se qualifie de « l’un des plus importants cabinets d’avocats nationaux canadiens au service des entreprises. » Quelles dans quels secteurs œuvrent les entreprises en question ? La liste est impressionnante : les mines, l’énergie, l’éducation et la santé, les technologies de l’information et les télécommunications, les transports, la construction, le divertissement, les services de détail de même que les produits pharmaceutiques et les biotechnologies

Comme par hasard, il s’agit de secteurs qui font à peu près tous l’enjeu des négociations entre le Canada et l’Europe. En gros, on peut dire que Pierre-Marc Johnson négocie une entente que son cabinet aura comme fonction d’interpréter.

Je ne suis pas spécialiste en droit, ni en éthique, mais il me semble que tout cela ne sent pas très bon. Peut-être que Pierre-Marc Johnson change complètement de personnalité quand il passe de négociateur en chef pour le Québec à avocat pour la firme Heenan Blaikie ; peut-être qu’il est parfaitement honnête dans sa confession d’intégrité et que son cerveau est divisé en deux compartiments étanches et qui ne communiquent pas.

Le problème, c’est que personne ne semble y voir de problème. Ni les médias, qui n’ont pas traité de la question. Ni le ministre du commerce extérieur Jean-François Lisée qui soutient fermement Pierre-Marc Johnson. Ni l’intéressé lui-même qui s’accroche à son poste (il faut dire qu’il lui serait difficile de renoncer à la généreuse rémunération : en décembre 2011, il avait déjà reçu 1,4 million de dollars de notre gouvernement ).

En sommes-nous rendus là ? Le phénomène des portes tournantes, des gens qui travaillent un jour pour le gouvernement, l’autre jour pour la grande entreprise, et parfois pour les deux à la fois, toute cette collusion est vue comme normale et acceptable ?

La commission Charbonneau nous montre pourtant jusqu’où peuvent aller ces liaisons particulières.

Concernant l’accord commercial entre le Canada et l’Europe, c’est tout le processus des négociations qu’il faudrait remettre en question : le secret qui les entoure, l’absence de consultations, la sélection des secteurs ouverts à la concurrence. Et le choix du négociateur en chef du Québec, dans une bien drôle de position. Un accord négocié dans de pareilles circonstances fait planer de sérieux doutes quant à sa légitimité.

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