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Retour de pendule

Michel LAMBERT, 3 février 2013

Les mois qui ont suivi l’accession majoritaire au pouvoir des conservateurs furent suivis d’un lourd silence social. L’intransigeant, le comploteur, l’hargneux Stephen Harper allait profiter de cet état de grâce pour mettre finalement en œuvre son pétro-programme visant à radicalement transformer le visage politique et les assises économiques et démocratiques canadiennes. Après ce choc initial, c’est clairement à un impressionnant retour du balancier auquel nous invitent les mouvements sociaux.

Majoritaire
Essentiellement majoritaire avant de l’être, l’élection du 2 mai 2011 a offert au Parti conservateur l’opportunité d’instrumentaliser l’État canadien et de chercher à affaiblir toutes les oppositions, institutionnelles comme populaires. Béni par un système parlementaire obsolète et deux partis dont les bêtes divisions risquent fort de lui offrir d’autres victoires, le gouvernement Harper, comme il affectionne qu’on l’appelle, a pu intensifier ses attaques systématiques contre les institutions et les pratiques démocratiques, contre les droits et libertés.

Austérité et intolérance
Arrivé au pouvoir avec un budget positif, Stephen Harper allait délibérément imposer des baisses d’impôts. Par la suite, celles-ci allaient justifier d’un régime minceur à l’administration publique et de baisses radicales de services à la population comme la réforme inacceptable de l’Assurance-emploi. Au mépris du Parlement, il a modifié radicalement les outils juridiques au nom de la sécurité intérieure puis entrepris de criminaliser l’organisation et la protestation sociale, notamment, en associant environnementalisme et terrorisme. Il a tour à tour balayé du revers de la main les recommandations des Rapporteurs de l’ONU sur les droits des peuples autochtones, le droit à l’alimentation, la liberté d’expression ainsi que celles du Comité sur la torture.

Apolitique étrangère
Sous la gouverne de Stephen Harper, et sans la moindre consultation publique, la politique étrangère canadienne traditionnelle est essentiellement disparue pour être remplacée par les intérêts économiques. Le Canada est dorénavant guerrier et fier de ses seules et uniques politiques pro-Israël et pro-libre-échange. En quelques années, il est devenu la risée voire la honte de la communauté internationale notamment sur les questions environnementales avec son retrait de Kyoto et ses pressions soutenues pour forcer l’achat de son pétrole. Illégalement, il a détourné l’aide internationale des pays les plus pauvres vers un soutien aux entreprises extractives canadiennes.

Pétro Dollars
L’économie conservatrice canadienne est dorénavant pétrolière au détriment du secteur manufacturier qui a perdu, avec un dollar surévalué, ses avantages comparatifs. L’avenir n’est que bitumineux alors que perdure le soutien financier gouvernemental (1.5 milliard/an pour une industrie déjà multimilliardaire !) et que se multiplient les projets de construction d’oléoducs tous azimuts. Avec l’adoption des deux dernières lois omnibus, dites mammouth parce qu’essentiellement préhistoriques, Stephen Harper confirme qu’il est prêt à abandonner les écosystèmes, les lacs et rivières, les communautés, en fait n’importe quoi, au bénéfice de l’industrie pétrolière.

Assez c’est assez !
Si l’opposition parlementaire traditionnelle apparait édentée, les derniers mois ont cependant clairement indiqué que les populations pouvaient se mobiliser. Le mouvement autochtone #Idlenomore est la plus visible de ces manifestations alors qu’en parallèle, nous assistons à des avancées historiques de concertation et d’alliances entre mouvements sociaux de partout.

L’histoire retiendra des 26 et 27 janvier 2013 que pour la première fois, 150 délégués de mouvements sociaux du Québec, des peuples originaux et d’ailleurs au Canada se sont rencontrés à Ottawa pour lancer le projet d’un grand mouvement social uni. Ils ont ainsi affirmé leur intention d’inviter toutes les organisations de justice sociale actives au Canada dans un processus d’organisation d’un Forum social des peuples et d’une Assemblée des mouvements sociaux en aout 2014, quelques mois avant l’élection prévue du prochain gouvernement canadien. L’arrogance de Stephen Harper pourrait bien avoir réussi là où tous avaient échoué avant ; en créant une opposition citoyenne sans précédent « Coast to Coast to Coast ».

Les collaborateurs de ce numéro de février 2013 du Journal des alternatives souhaitaient justement traiter de ce Canada, au carrefour des luttes historiques. Bonne lecture !


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