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Sommet sur l’enseignement supérieur : tout est sur la table ?

Blandine Parchemal, 29 janvier 2013

Alors que lors de son discours de fermeture de l’École d’hiver de l’Institut du Nouveau Monde, le ministre de l’Enseignement supérieur a mis de côté la gratuité scolaire en la considérant comme une option trop coûteuse et en nous expliquant que les décisions qui allaient être prises au sommet devraient « évidemment l’être en fonction du monde tel qu’il existe et non d’un monde théorique », un questionnement s’impose ici quant au type de discussion qu’on nous propose.

Qu’est-ce qu’en effet que ce SOMMET sur l’enseignement supérieur ? Qu’est-ce que ce sommet qui dès l’abord sélectionne certaines options au détriment d’autres pourtant défendues dans les rencontres préparatoires, et qui se pense, non comme un lieu de réflexions théoriques et de propositions fondamentales, mais comme une instance qui se doit de valider le réel, comme une instance qui se doit d’acquiescer à la marche actuelle de l’économie ?

Si à chaque début de rencontre préparatoire, le ministre s’évertue à nous rappeler qu’il s’agit, après « la crise sociale » du printemps, de laisser place à l’ouverture et au dialogue, force est de constater que cette ouverture est cadenassée et le dialogue orienté.

Par ailleurs, parlant de printemps, il ne serait pas peut-être inopportun que le ministre se penche à nouveau sur les revendications portées durant ce mouvement historique, revendications qu’il semble avoir perdu de vu depuis quelques mois, alors même que ce sommet en est une des conséquences… il ne faut pas l’oublier.

Durant ce printemps, de multiples voix se sont en effet levées pour demander un moratoire et des États généraux sur l’enseignement supérieur. Un moratoire qui laisserait le temps à la libre réflexion et aux débats. Un véritable moratoire non entrecoupé de coupures et non assujetti à des pressions issues du milieu économique.

Que devaient être ces États généraux ? Le lieu d’une réflexion commune de grande envergure où l’ensemble des idées brassées durant le printemps devaient être débattues : gratuité scolaire, marchandisation de l’éducation, conception du savoir, conception de l’université, interrogations sur l’administration de nos universités, etc. Bref, un lieu où l’avenir de notre éducation et son orientation seraient pensées, un lieu où des visions de l’enseignement supérieur seraient proposées.

Comment peut-on en effet se targuer d’organiser un sommet sur l’enseignement supérieur quand notre seul but est de parler de chiffres, quand on ne souhaite pas aller au-delà de ladite « réalité » économique et quand on renonce à toute volonté politique au nom de ce réalisme ? Le printemps érable n’a-t-il pourtant pas assez fait la démonstration de la nécessité de PENSER l’éducation ?

En réalité, cette annonce mettant de côté, avant même ledit sommet, une position défendue par plusieurs partenaires universitaires (ASSÉ, CSN, FTQ, FQPPU) ne fait qu’ajouter confirmation au jeu de dupes auxquels nous avons été conviés.

Et de fait, l’ensemble des coupures annoncées entre ou pendant les rencontres préparatoires soulignaient déjà l’absence d’intérêt pour un réel débat entre les membres de la communauté universitaire et la volonté de court-circuiter les discussions pour imposer leur propre position. C’est ainsi que lors de la troisième rencontre préparatoire portant sur le financement et la gouvernance, nous avons appris l’existence de nouvelles coupures par les médias, celles-ci ayant été annoncées alors même que nous étions justement en atelier pour parler de financement et de gouvernance !

Ou encore, alors qu’on nous dit que l’ensemble des experts et expertes invitées aux rencontres sont indépendants et présents pour stimuler les discussions, on s’aperçoit qu’ils sont essentiellement là pour diffuser la position du gouvernement : ainsi, alors que Pierre Fortin, professeur d’économie, fut invité à la 2e rencontre sur l’accessibilité en tant qu’expert, nous apprenons aujourd’hui que c’est lui qui a transmis au ministre l’étude démontrant la non-faisabilité de la gratuité scolaire. Les rencontres informelles entre le gouvernement et d’autres acteurs et actrices posent également des questionnements quant aux différences de traitement accordées aux partenaires autour de la table : sommes-nous tous et toutes réellement sur un pied d’égalité où le pouvoir économique de certains et certaines semblent leur donner plus de poids et d’écoute ? N’est-ce pas pourtant le rôle joué par les partenaires au sein des universités et des cégeps qui devraient donner davantage de poids et d’écoute dans un sommet portant sur l’enseignement supérieur ?

Enfin, la sortie du ministre dimanche soir pose, elle aussi, question : écarter d’un revers de la main la gratuité scolaire quand les partenaires qui la défendent ne sont pas présents et présentes sur les lieux (il ne s’agissait pas d’une rencontre préparatoire), c’est fuir tout échange pour définitivement régler les choses, et ce, sans débat. Comportement curieux quand on se vante d’adopter une position d’ouverture.

Lorsque nous demandions des États généraux, nous ne demandions pas une instance où les véritables décisions se prennent en coulisse, nous ne demandions pas une instance où les conclusions sont déjà imposées sans laisser la possibilité aux participants et participantes de pouvoir défendre la leur jusqu’au bout, nous ne demandions pas une instance où se posent seulement des questions comptables avec une mise de côté de tout débat de fond : nous souhaitions penser l’enseignement supérieur au sein de notre société, questionner son orientation actuelle, réfléchir à ses fondements, interroger sa mission. Bref, voir plus loin.


Blandine Parchemal est secrétaire aux affaires académiques de l’ASSÉ et déléguée aux rencontres préparatoires du sommet sur l’enseignement supérieur.

Crédit photo : Pascal Dumont