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Pauline à Davos

Claude Vaillancourt, 28 janvier 2013

Le Forum économique mondial de Davos vient de se terminer. Et comme à chaque année, on s’est interrogé sur la pertinence de ce rendez-vous ultra élitiste.

Il faut reconnaître que l’accumulation des crises, depuis 2001 surtout, a fait la très large démonstration que les principes économiques prônés avec arrogance par le forum ont mené à des catastrophe à la chaîne.

On dit que le forum de Davos est une sorte de baromètre de l’économie. Mais c’est un baromètre bien grossier. Quand ça va mal, comme l’an passé en 2012, on dénonce quelques tares du capitalisme et on ne change rien. Quand ça va bien, ainsi qu’on a eu l’audace de le dire cette année, on a le prétexte idéal pour ne rien faire une fois de plus.

Il fallait lire les manchettes des médias : « Le Forum économique mondial s’ouvre avec un certain optimisme » France 24 ; « La confiance revient doucement à Davos » BFTMTV ; « Et s’il était temps de faire preuve d’optimisme ? » Les Échos ; « L’optimisme est de mise à Davos » Le Devoir.

De quel optimisme peut-on parler alors que de nombreuses régions du monde sont affectées par un chômage endémique, alors que les politiques d’austérité continuent à faire des ravages, alors que les inégalités sont plus fortes que jamais, alors que le FEM lui-même s’inquiète des effets dramatiques du réchauffement climatique (en termes financiers, bien sûr).

Tout ça nous permet de constater une fois de plus à quel point les grands de ce monde, dans leur chic rendez-vous en hautes montagnes, vivent dans une bulle.

Il faut le dire : il n’y a eu que 2654 participants cette année (dont le quart sont des Américains). Pour un rendez-vous aussi prestigieux, on comprend à quel point ces invités sont triés sur le volet.

Qui étaient ces participants ? Principalement des ministres, des chefs d’États, des chefs d’entreprises. Ils assistent à des conférences. Mais aussi, ils participent à des soirées chics, des réceptions, des cocktails. On peut imaginer les belles occasions de rencontre, à l’abri des journalistes, peu présents au forum, et à l’abri des lois anti-lobbying, dans l’intimité de salons luxueux et confortables.

Notre première ministre, Pauline Marois y était. La Presse canadienne nous apprend qu’elle y a fait un discours devant des PDG et autres personnalités du Québec et du Canada, en faisant remarquer qu’il y avait « bien peu d’étrangers dans la salle. » Il était prévu dans le programme de notre première ministre de rencontrer des dirigeants des multinationales ArcelorMittal, Volvo, Ericsson, Holcim, Alcoa, Lockheed Martin, Novartis et Merck.

Certes, on comprend la nécessité d’aller chercher de nouveaux investisseurs pour le Québec. Mais on peut se demander si un forum aussi élitiste, défendant des intérêts aussi considérables, qui s’inquiète si peu des effets de ses décisions sur les populations est le bon cadre pour de telles négociations. Et dans quelles conditions offrirons-nous le Québec en pâture aux grandes entreprises qui, du haut de leur trône, ont vu des élus, obsédés par la concurrence, en commis voyageurs, défiler devant eux pour leur vendre des conditions avantageuses ?

Par contre, on n’imagine pas une première ministre du Québec ou d’un autre État du Nord se rendre à la contrepartie du Forum de Davos, le Forum social mondial qui aura lieu à Tunis en mars cette année. Ce lieu est ouvert à tous et toutes, et on y échange des idées nouvelles plutôt que des promesses d’investissement. Qu’iraient donc y faire ces gens de pouvoir ?

Les politiciens sont les premiers à reprocher le cynisme de la population à leur égard. Ce cynisme vient des problèmes récurrents de corruption. Mais aussi d’une proximité avec le milieu des affaires qui entraîne souvent une réelle soumission.

Alors on a tout à fait raison de s’inquiéter de la présence de politiciens, et surtout de chefs d’États, au forum de Davos. C’est notre démocratie qui s’en trouve affectée.

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