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Proposition de la Coalition de Port Elgin

S'organiser pour vaincre

18 décembre 2012

Durant le mois de novembre, 80 militant-e-s issus du Canada, du Québec et des nations autochtones se sont réuni-e-s à Port Elgin, en Ontario, pour discuter de la question suivante : Comment les organisations progressistes peuvent-elles s’organiser de manière à renverser les mesures que veut imposer la droite ? Un des trois groupes de travail qui se sont formés au cours de la fin de semaine a travaillé autour de l’idée de construire une coalition rassemblant des organisations issues du Canada, du Québec et des peuples autochtones dans l’objectif de mener des actions collectives portant sur des enjeux d’importance. Ce groupe de travail a confié la tâche à un sous-comité de rédiger un appel à la mise sur pied d’une telle coalition, appel qui serait par la suite largement distribué parmi les diverses organisations militantes du pays. Vous trouverez ci-bas, cet appel.

Nous pensons que nous devons tirer des leçons du succès de la grève étudiante québécoise et de la mobilisation populaire la plus importante au Canada qui s’en est suivi. Ce mouvement a démontré l’importance et la nécessité de créer des espaces collectifs qui permettent de coordonner et développer les mobilisations et de travailler à une coordination au plan régional et pancanadien.

Discutée pour la première fois à Port Elgin, cette proposition implique la création d’une coalition pancanadienne composée de coalitions provinciales et régionales à travers lesquelles les militant-e-s pourraient s’organiser collectivement afin de vaincre l’agenda de droite menée notamment par Harper et son gouvernement. L’objectif serait de construire un mouvement populaire de masse dans le but de proposer des alternatives aux politiques d’austérité et au néolibéralisme, et de créer des espaces de pouvoir alternatifs en écho aux crises écologiques, politiques, économiques et sociales auxquelles nous faisons face présentement. Nous croyons que la force de cette éventuelle coalition (composée de multiples coalitions incluant des coalitions autochtones) serait la création d’une alliance sans précédent entre les militant-e-s des mouvements sociaux et les peuples autochtones du Québec et du Canada.

L’infrastructure organisationnelle proposée n’exclut pas pour autant d’autres stratégies ou actions, qu’elles soient électorales ou extra parlementaires, mais nous croyons qu’il est nécessaire de bâtir de solides alliances pour créer une force durable contre le pouvoir économique et la droite actuellement au pouvoir.

La proposition
• Au Québec, la coalition « Main Rouge » a réussi à regrouper des travailleurs et travailleuses, des organisations étudiantes, des groupes communautaires et des organisations féministes, et elle a joué un rôle clé dans le développement et l’élargissement de la solidarité envers le mouvement étudiant. Le modèle de cette coalition inter-sectorielle peut inspirer le développement de coalitions régionales ailleurs au Canada, capables d’organiser leurs propres actions de manière autonome, en utilisant un modèle organisationnel démocratique et horizontal.

• Des coalitions régionales, qui peuvent être construites sur une base affinitaire, provinciale, régionale ou par les communautés autochtones, se concerteraient au sein d’une assemblée pancanadienne. Cette assemblée proposerait des campagnes, des enjeux, des projets communs et différentes stratégies d’action. Cette assemblée serait multipartite et doit comprendre des organisations du Québec, du Canada et des peuples autochtones comme des entités distinctes et égales.

• Un des buts de ce projet est de créer de nouvelles solidarités, qui, tout en reconnaissant les inégalités découlant du colonialisme, du patriarcat et de différentes oppressions, visent à les abattre. Nous croyons que ces nouvelles solidarités sont essentielles afin de renverser les politiques actuelles au Canada. Notre proposition n’écarte pas d’autres formes d’organisations ou d’actions régionales ou provinciales indépendantes, et n’empêche pas non plus les participants autochtones de participer à d’autres assemblées ou regroupements. Toutefois, elle reconnaît la nécessité de la création d’une alliance autour du triangle Peuples autochtones – Québec – Canada comme central à son projet politique.

• Cette forme d’organisation peut permettre de soulever différents enjeux, problématiques et pistes de solution selon les réalités de chacun-e-s. Toutefois, nous soumettons l’idée que les enjeux touchant les énergies vertes pourraient être rassembleur et permettre de proposer des alternatives crédibles au système actuel en incluant les questions de justice économique, sociale et environnementale. Un des objectif serait de sortir de notre dépendance aux énergies fossiles pour combattre les politiques d’austérité et pour créer des économies (régionale, provinciale, etc) plus démocratiques, équitables et justes tout en reconnaissant et respectant les droits des peuples autochtones. Le pouvoir que s’arrogent les élites économiques, le déficit démocratique actuel sont autant de sujets qui pourraient également être abordés dans le cadre de ce type d’organisation.

• Le modèle proposé pourrait également ouvrir la porte à l’organisation d’assemblées de cuisine ou de quartier afin de permettre la mobilisation à un niveau local.

Les principes organisationnels

Nous proposons les principes suivants afin de guider les discussions initiales entourant la réalisation de ce projet :
• Inclure une représentation significative d’organisations des mouvements sociaux provenant de divers horizon et des peuples autochtones, du Québec et du Canada.
• Peu importe la forme organisationnelle précise choisie, celle-ci devra être capable d’identifier des enjeux stratégiques, collectifs et globaux.
• Plus particulièrement, un de nos buts devrait être d’identifier des campagnes et des thèmes communs qui permettraient de construire un rapport de pouvoir de façon à amener une véritable transformation sociale. L’idée de s’unir pour se battre et gagner ensemble une lutte à la fois requiert une grande confiance, mais cette stratégie est de loin la plus efficace afin de remporter de précieuses victoires, tel que l’a démontré l’exemple de la lutte étudiante au Québec.
• Le processus doit être flexible et répondre aux différentes réalités locales et régionales tout en en permettant d’atteindre nos objectifs globaux par le biais de tactiques qui peuvent varier d’un endroit à l’autre.
• L’action collective sera au cœur des stratégies proposées.
Afin de mener à bien ce projet, il est important pour nous de réunir le plus d’organisations possibles intéressées à s’impliquer dans le développement d’un plan d’action. Nous avons soumit ici quelques pistes de stratégies et de principes organisationnels pour l’éventuelle construction d’une coordination nationale, mais le succès ne peut être assuré que par la prise de décision collective à divers niveaux (régional, provincial, peuples autochtones, etc.). Nous vous invitons à vous joindre à nous à Ottawa les 26 et 27 janvier lors de la rencontre de fondation de la Coalition de Port Elgin, qui aura lieu en même temps que la rencontre qui coordonnera l’organisation du Forum Social Canada - Québec - Peuples autochtones.
Le projet de ce Forum Social partage des objectifs similaires à ceux de la Coalition de Port Elgin et implique grosso modo les mêmes acteurs. Cette rencontre pourra permettre de discuter et éventuellement de prendre des décisions quant à la structure et à la nature de cette coalition, de tracer les étapes à suivre pour la suite des choses, de faciliter l’incorporation ou la coordination avec d’autres coalitions et initiatives existantes, et discuter des ses premiers projets.

Cette réunion et cette coalition peuvent être le commencement de nouvelles solidarités et qui, nous l’espérons, jetteront de nouvelles bases de communication, de coordination, et d’action entre les mouvements sociaux et les peuples autochtones à travers le Canada.

Jérémie Bedard-Wien (Association pour une solidarité syndicale étudiante (ASSE))
Jamie Biggar (Leadnow.ca)
Dave Bleakney (Syndicat des travailleurs et travailleuses des postes)
Brigette Depape (organisatrice de PowerShift 2012)
Sean Devlin (TruthFool)
Lana Goldberg (Occupy Toronto)
Art Manuel (Indigenous Network on Economies and Trade)
Amara Possian (organisatrice de PowerShift 2012)
Marie-Eve Rancourt (co-fondatrice et ex- porte-parole de la Coalition main rouge)
Antoni Shelton (Ontario Federation of Labour)
Clayton Thomas Mueller (Indigenous Environmental Network)

Au nom du comité de rédaction de la Coalition de Port Elgin


Les individus et organisations désirant ajouter leur signature peuvent envoyer un courriel à : portelgincoalition@gmail.com