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Et le printemps des femmes arabes ?

Francis Maindl, 3 décembre 2012

Le monde arabe a été frappé lors du printemps 2011 par une vague de revendications démocratiques qui ont ultimement mené au renversement de plusieurs régimes et à des concessions accordées par plusieurs gouvernements en Afrique du Nord et au Moyen-Orient. Cet appel populaire a également inspiré l’émergence et la propagation dans la région de mouvements sociaux fondés sur des aspirations multiples et variées. L’un de ces mouvements, The Uprising of Women in the Arab World, en est un exemple.

Créé en octobre 2011 par des femmes activistes provenant de différents pays du monde arabe, ce groupe fonde ses principales revendications autour du thème du droit des femmes. The Uprising of Women in the Arab World utilise comme plateforme principalement le média social Facebook pour assurer un lieu de rassemblement virtuel à ses 75 000 adhérents.

La page est administrée par cinq femmes d’origine et d’occupation différente : Diala Haidar et Yalda Younès du Liban, Farah Barqawi de la Palestine, Sally Zohney d’Égypte et Rana Jarbou d’Arabie-Saoudite. Elles sont dans l’ordre physicienne, artiste, éditrice-pigiste et traductrice, militante-activiste du droit des femmes et documentariste sociale. Ensemble, elles ont décidé de s’unir pour combattre les injustices qu’elles observent dans leur société.

Luttes communes

L’organisation se considère comme une suite nécessaire au printemps arabe qui, selon elle, ne mettait pas assez l’accent sur les problèmes reliés à la condition des femmes dans les différents États de la région. « Après le grand tourbillon causé par la force du mouvement de contestation du printemps 2011, nous avions été agréablement surprises de voir d’un côté les gens de toutes ces nations se révolter contre leur tyran et, de l’autre, de voir ce sentiment de solidarité au sein des nations du monde Arabe. » indique Sally Zohney dans une entrevue avec le Journal des alternatives.

« Nous étions aussi frustrées de constater que le droit des femmes était éloigné des priorités des différentes revendications révolutionnaires. Nous avons donc décidé d’agir d’urgence et de créer ce groupe avant que le vent de changement apporté par le printemps arabe ne s’essouffle ».

La campagne lancée par The Uprising of Women in the Arab World attire de plus en plus l’attention dans la plupart des pays arabes où s’observe des problèmes reliés aux conditions des femmes. Les revendications sont multiples et les différents combats se transportent en Tunisie, en Égypte, en Lybie, en Syrie, au Yémen et à Bahreïn, notamment.

« Chaque pays a ses spécificités et mène des luttes différentes. De la violence conjugale en Égypte aux crimes d’honneur envers les femmes en Jordanie, des problèmes liés au droit de nationalité au Liban aux droits des femmes dans les espaces publics en Palestine, les combats que nous soutenons sont très variés », soutient Mme Zohney.

Mobilisation horizontale

« Notre campagne donne une voix à ceux qu’on veut faire taire, permet d’informer les gens aux quatre coins du globe des lois sexistes et injustes existant dans nos pays, expose les tabous de nos sociétés et inspire de plus en plus d’autres mouvements reliés à nos ambitions à se mobiliser dans notre région », poursuit-elle.

Un an après avoir lancé sa page Facebook, le groupe ne semble pas vouloir s’arrêter là. L’équipe de The Uprising of Women in the Arab World a ouvert sa page web sur laquelle elle a récemment lancée une campagne intitulé « Raconte ton histoire ». L’idée est d’offrir aux femmes du monde arabe un espace où elles peuvent partager un moment de leur vie durant lequel elles ont été victimes de violence physique, psychologique ou sexuelle.

La structure horizontale du mouvement semble le caractériser. Les militant-es participent à sa rapide popularisation en lançant plusieurs initiatives informelles. Le message lancé initialement par les représentant-es du groupe se propage alors.

« Les graffitis liés à notre campagne continuent de se multiplier le long des rues des villes arabes. Beaucoup de gens prennent des initiatives indépendantes en imprimant notre logo sur des t-shirts, des autocollants, des sacs à main, des signets, etc. », raconte Mme Zohney.

Combat nécessaire

Pour les fondatrices du groupe, le combat mené est fondamental et nécessaire pour les sociétés arabes. « Les femmes du monde arabe souffrent de violence, de lois discriminatoires et de violation de leurs droits. Elles souffraient avant le printemps arabe et souffrent encore aujourd’hui », explique Sally Zohney.

« Les fondements du printemps arabe gravitaient autour des valeurs de dignité, de justice et de liberté. Cela doit continuer. Mais, notre mandat est de faire comprendre aux gens qu’il ne peut y avoir de liberté dans une société si on ne la confère qu’à une moitié de sa population ».

Cette campagne a l’ambition de s’attaquer à des mœurs bien ancrées dans leurs sociétés. Les cinq femmes sont conscientes de la complexité de ce que cela représente, mais sont prêtes à se battre pour arriver à leur objectif.

« Ceci est notre combat et nous serons fortes si nous nous tenons debout toutes ensemble. La route sera longue, mais le mouvement est lancé et un retour en arrière n’est pas envisageable », conclut Sally Zohney.


Crédit photo : Photo tirée du site http://uprisingofwomeninthearabworld.org