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La radicalisation de la Droite américaine au regard de l’avortement

Mathieu Trépanier, 3 décembre 2012

La victoire écrasante des Républicains aux élections américaines de mi-mandat de 2010 a apporté au parti une majorité à la Chambre des représentants. Cette vague rouge a permis aux tenants du Grand Old Party (GOP) de promouvoir leur agenda conservateur à tous les niveaux politiques, particulièrement en ce qui concerne l’avortement. Pendant les deux années suivant cette victoire historique républicaine, un nombre record de lois visant à restreindre le libre choix des femmes ont été adoptées. Trois principaux moyens sont utilisés pour s’attaquer à l’accès à l’avortement, soit l’échographie transvaginale, la notion de « personhood » – entendue comme le moment où l’embryon devient un être humain – et la redéfinition du viol.

Malgré sa légalisation en 1973, suite à l’arrêt Roe v. Wade de la Cour Suprême, l’avortement demeure un sujet très controversé aux États-Unis. Le parti Républicain s’étant ouvertement affiché contre le principe de l’avortement, la question a rapidement été abordée dès qu’ils ont gagné la majorité à la Chambre des représentants. En 2011 seulement, 92 nouvelles lois ont été ratifiées afin de limiter l’accès à l’avortement, alors qu’un nombre record de projets de loi ont été déposés.

Seul le gouvernement fédéral a le pouvoir de décréter ou non l’avortement légal. Ne pouvant pas l’interdire, les États qui souhaitaient en restreindre l’accès ont par conséquent dû être créatifs lors de la rédaction de leurs lois : retirer les fonds publics, augmenter les contraintes fiscales des cliniques, ou encore rendre l’expérience la plus inconfortable possible pour les femmes. Malgré le manque de données finales, le bilan de l’année 2012 semble être similaire.

Échographie endovaginale

Au début de l’année 2012, un projet de loi passé en Virginie offre un parfait exemple de cette volonté d’incommoder les femmes qui souhaiteraient avoir recours à une interruption volontaire de grossesse (IVG). La chambre basse de l’État a approuvé une loi, initialement proposée par le gouverneur Bob McDonnell, obligeant une femme à subir une échographie endovaginale avant d’obtenir le droit de se faire avorter. Cette procédure, en plus de n’avoir aucune justification médicale, dépossède les femmes de leur droit de faire ce qu’elles désirent avec leur propre corps et les réprime par le côté violent et intrusif de la sonde vaginale.

Ce projet n’a pas été annulé, mais plutôt reporté à l’année 2013. La vague médiatique entourant cette loi a fait reculer un grand nombre de législatures étatiques sur leurs propres versions de projets de loi similaires, obligeant la population et les militants opposés à de telles mesures à être sur un qui-vive constant.

Personhood

La seconde approche utilisée par le GOP pour contourner la légalité de l’avortement a été d’introduire des projets de loi pour modifier le statut de personne légale – la notion de personhood – en prétendant que l’embryon est une personne dès la fécondation de l’ovule. Ainsi, la nouvelle loi lui conférerait tous les droits prévus dans la constitution, notamment le droit à la vie.

Fortement impopulaires au sein de la population, ces lois ont subi de cuisantes défaites lors d’élections au Colorado et au Mississippi. Ces revers n’ont toutefois pas arrêté les républicains à l’intérieur de la Chambre des représentants. Le candidat à la vice-présidence républicaine de 2012, Paul Ryan, s’est allié en 2009 au représentant Todd Akin du Missouri pour proposer une loi de la même nature, mais au niveau fédéral. Il ne s’agit pas pour le GOP d’un nouveau parti pris sur la question, mais bien d’une standardisation à tous les niveaux du parti Républicain de l’idéologie fondamentaliste de la droite évangélique.

Repenser la notion de « viol »

Ces deux mêmes représentants républicains se sont également attaqués à l’avortement en abordant l’angle de la méthode de conception. En effet, ils ont tenté de redéfinir la notion de viol, afin de s’assurer que seules les victimes d’un viol violent (forcible) puissent avoir accès à une IVG. Les deux représentants de l’aile ultraconservatrice américaine ont même avancé dans les médias que le détournement de mineur et l’inceste n’étaient pas des raisons valables pour avoir recours à un avortement. Les victimes auraient ainsi été privées de leurs droits en raison de la nature soi-disant « douce » du viol perpétré contre elles. Encore une fois, la réaction fortement négative du public a entraîné le retrait du terme « forcible ».

Todd Akin, alors candidat au poste de sénateur du Missouri, est revenu à la charge en août 2012 en avançant que certains viols sont moins graves que d’autres. Il a aussi sous-entendu que « les victimes d’un “viol légitime” tombent rarement enceintes puisque leur corps empêche la fécondation ». Pire encore, le candidat républicain de l’Indiana pour le Sénat, Richard Mourdock, soutenait en octobre dernier que « même lorsque la vie commence dans cette situation horrible qu’est le viol, c’est quelque chose que Dieu voulait qui se produise ». Ce point de vue conservateur est utilisé pour soutenir que, même en cas de viol, l’avortement ne peut être envisagé puisqu’il contrecarre la volonté divine.

L’emprise des factions conservatrices et évangéliques sur le parti Républicain a poussé ce dernier vers l’adoption graduelle de leur idéologie d’extrême droite, bien loin du consensus à l’intérieur de la population américaine. Les sorties de ces aspirants sénateurs ont même galvanisé le camp adverse, faisant passer le nombre d’électeurs se disant pro-choix de 41 à 54 %. Les militants républicains devront réaliser que cette distance entre les positions ultraconservatrices de leurs candidats et celles plus libérales de l’électorat n’est pas viable.

La défaite des républicains ultraconservateurs aux dernières élections l’a prouvé, il semble exister aux États-Unis un consensus social selon lequel les femmes doivent avoir le droit de prendre leurs propres décisions concernant leur santé et sexualité. Pour la majorité des jeunes républicains se disant modérés, voire libéraux en ce qui concerne les politiques sociales, il est probable – et souhaitable – que s’effectue à long terme un retour à la modération, assurant ainsi que se poursuit l’émancipation des femmes américaines.


Crédit photo : Flickr / WCHI News