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¡ BASTA ! À la recherche des causes profondes de la violence faite aux femmes péruviennes

Geneviève Lavoie-Mathieu, 3 décembre 2012

La violence faite aux femmes est un problème social sans distinction économique, raciale ou culturelle, qui a des conséquences majeures sur la santé, l’économie et le développement de communautés à travers le monde. Au Pérou, la situation est alarmante. Chaque mois, douze femmes sont victimes de fémicide conjugal selon les chiffres du ministère des Femmes et Populations Vulnérables du Pérou.

Il y a fémicide conjugal lorsqu’une femme décède suite à de la violence conjugale. Selon Teresa Viviano Llave, représentante du ministère de la Femme et des Populations Vulnérables du Pérou et tel q’expliqué dans une publication sur la situation actuelle de la violence faites aux femmes au Pérou, le problème de la violence faite aux femmes est un problème de proportion épidémique et qui s’installe sans quand s’en rend compte, mais laisse des conséquences désastreuses.

Culture machiste

Le cas du Pérou en est un exemple frappant. Neuf femmes sont maltraitées chaque heure et 70 sont agressées sexuellement chaque jour selon des données gouvernementales. Selon l’ONG espagnole Feminicidio.net, 65% des femmes mariées péruviennes ont souffert de violence conjugale ou d’abus de la part de leur (ex) partenaire amoureux. L’Organisation Mondiale de la Santé rapporte que 70% des cas de meurtre de femmes au Pérou sont commis par un partenaire amoureux, présent ou passé.

Lors d’un forum à Lima en novembre dernier sur le rôle de l’État et de la société civile face au fémicide, Maria Ysabel Cedano, une avocate et représentante pour l’ONG DEMUS, expliquait que dans la plupart de cas où les femmes sont victimes de meurtre, leur partenaire amoureux était le coupable. Selon la représentante de DEMUS, les hommes, quant à eux, sont tués pour d’autres raisons : histoires de drogue, vols, batailles, etc.

Selon Cedano, les raisons principales qu’on cités les hommes qui sont coupables de fémicide pour expliquer leurs crimes sont l’infidélité, la croyance qu’il y a eu infidélité, le refus d’accepter que leur partenaire termine la relation ou le refus d’avoir des relations sexuelles. Tous ces signes démontrent un désir de contrôle et domination de la part de l’homme. Cette tendance relève du fait qu’à la base, la violence faite aux femmes prend ses racines dans une société historiquement machiste, précise-t-elle.

Selon une étude du gouvernement péruvien (Peru : Encuesta demografica y de Salud Familiar 2011) en moyenne 65,6% des femmes du pays déclarent que leurs partenaires ont exercé une certaine forme de contrôle sur elles. Pour 47,8% des femmes, leur partenaire insistait à savoir où elles allaient. Pour 42,7%, le partenaire était insistant, dominant ou jaloux. Les chiffres du Programme national contre la violence conjugale et sexuelle du Pérou (PNCVFS) abondent dans le même sens : plus de la moitié des cas de violence contre la femme sont perpétrés pour cause de jalousie envers leurs partenaires.

Relations de pouvoirs inégales

Dans la déclaration de Beijing de la 4e Conférence Internationale des Nations Unies sur les Femmes, en 1995, évènement le plus important et influent en ce genre, on peut lire que « la violence faite contre la femme est une manifestation des relations de pouvoir inégales entre les hommes et les femmes, ce qui a mené à la domination et la discrimination contre les femmes par les hommes et l’empêchement du plein développement des femmes. »

Alors, la violence faite aux femmes peut être expliquée par le fait qu’elle émerge d’une société où les femmes sont considérées fondamentalement inférieures aux hommes. En fait, la culture, les modèles et les tendances sociales desquelles émergent les relations inégales entre les hommes et les femmes créent un environnement où les hommes finissent par percevoir d’une manière distordue les relations homme-femme. Ainsi, le contrôle et les différentes formes d’abus s’incrustent et persistent dans les moeurs et viennent souvent à être perçus comme des signes d’amour et de loyauté.

Cesar Ortiz Anderson, président de APROSEC, une organisation sans but lucratif qui promeut la sécurité au Pérou, explique en entrevue à Lima que que ces formes de violences sont plus subtiles et que combinées avec le manque de sensibilisation, elles contribuent à normaliser la violence dans une culture machiste que plusieurs femmes se refusent à dénoncer.

En plus de la violence conjugale, la violence faite aux femmes inclut la l’exploitation sexuelle, la prostitution forcée et la mutilation génitale. Selon Amnesty International, toutes ces formes de violences sont basées dans la discrimination, les inégalités et le non-respect des droits des femmes. Afin de contrer la violence des genres, les droits des femmes doivent être reconnus et respectés et la culture de discrimination qui brime la liberté et empêche les femmes de trouver leur juste part de pouvoir et d’autonomie doit être changée. Après tout, la lutte contre la violence faite aux femmes débute avec les femmes qui mènent des campagnes, dénoncent les injustices et brisent les tabous pour défendre leurs droits.


Crédit photo : Flickr / Ojotes