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La gloire d’un banquier

Claude Vaillancourt, 2 décembre 2012

Le gouverneur de la banque du Canada, Mark Carney, est maintenant passé à la banque d’Angleterre.

On se croirait au hockey, alors qu’un joueur étoile est échangé à une équipe qui a des chances de remporter la coupe Stanley. Parce que Mark Carney est bel et bien qualifié de star de la finance internationale et même, dans la presse canadienne, de Wayne Gretzky de la finance.

On lui attribue surtout d’avoir préservé le système bancaire canadien de la crise de 2008 et de plaider à l’échelle internationale pour une plus grande réglementation des marchés financiers.

Pourtant, si on regarde sa trajectoire à la loupe, on peut se demander si son statut de vedette est bien mérité.

D’abord, si l’oligopole des banques canadiennes a bien résisté à la crise, c’est bien parce les conservateurs n’ont pas eu le temps de le déréglementer comme ils le voulaient. Puisque ce sont justement ces réglementations qui l’ont sauvé de la catastrophe, tant les conservateurs que Carney s’en attribuent maintenant le mérite. Ils se glorifient de ce qu’ils ont voulu détruire.


Et Carney devient une star. C’est du pur cynisme.

Il faut dire que Carney est allé à la bonne école, celle de Goldman Sachs, l’omnipotente banque d’investissement pour laquelle il a travaillé pendant 13 années.

Il se joint à la liste des grands banquiers de cette vénérable institution à qui on accorde un rôle politique majeur : Henry Paulson, Robert Rubin, Tim Geithner, ex-secrétaires d’État au Trésor aux USA, Mario Monti, premier ministre de l’Italie, Mario Draghi, gouverneur de la Banque centrale européenne Loukas Papadimos, premier ministre grec par intérim, et j’en passe….

On pourrait se dire que la Goldman Sachs est une banque respectable qui devient une excellente école pour former des banquiers compétents et de bons administrateurs.

Mais cette banque a un passé plutôt lourd. On lui reproche la fabrication de produits financiers toxiques, la spéculation à outrance dans les secteurs les plus variés et les plus dommageables, les délits d’initiés, le maquillage des comptes publics de la Grèce, etc. En fait, elle incarne à elle seule toute l’insensibilité et la cupidité de la classe financière.

On a dit récemment sur Mark Carney les choses les plus contradictoires. Par exemple qu’il serait « l’apôtre d’une régulation renforcée du système financier international et d’une plus forte recapitalisation des banques » ainsi que l’a avancé Gérald Bérubé dans Le Devoir du 29 novembre, qu’il aurait même été proche des revendications d’Occupons Wall Street. Mais on a dit aussi qu’il était un candidat à la direction du Fonds monétaire international, grands défenseurs de la déréglementation…

On peut surtout se poser de sérieuses questions : permettre à des gens comme Carney de réglementer le système financier, n’est-ce pas permettre à des loups de faire la loi dans la bergerie ?

En vérité, le tour de force des grands banquiers, c’est d’avoir gardé tout le pouvoir, je dirais même plus, toute leur crédibilité, alors qu’ils ont directement contribué à la chute de leur propre système et à l’endettement endémique des États.

Certes Carney est un haut gradé au service de l’État. Mais il n’est pas difficile de deviner qui sont ses véritables maîtres.

Carney se trouve désormais à la tête de la banque centrale d’Angleterre, un pays meurtri par des plans d’austérité, en proie à une rigueur économique dont on ne voit plus la fin. Dans ce même pays, se trouve aussi l’un des marchés financiers les plus puissants et voraces, qui enrichit à n’en plus finir une petite minorité.

On devine alors aisément dans quel intérêt cette star travaillera…

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