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Libye : Le prix du sang libyen. Ni oubli, ni pardon

Jilata Marka, 27 octobre 2012

N’oublions jamais le triste rôle des "ni-nis" patentés, et de la gauche "plurielle anticapitaliste". Elle n’est ni plurielle ni anticapitaliste. Elle est complice.

Il y a un an, le 20 octobre 2011, le Colonel Kadhafi était sauvagement lynché et assassiné des mains des mercenaires de l’OTAN. Assassinée avec lui, aussi, la révolution libyenne, la Jamahiriya, qui avait obtenu des succès si manifestes que l’ONU, un mois avant de donner son feu vert pour la fameuse "zone d’exclusion aérienne", félicitait le gouvernement libyen, lui-même, pour ses grandes avancées sociales.

Depuis, la Libye est plongée dans le chaos.

Inexistante en tant qu’État, envahie par des milliers de mercenaires étrangers engagés dans une terrible chasse aux sorcières, où tortures et assassinats sont légion. Les membres-mêmes du gouvernement imposé, affichent la nationalité étasunienne, et vivent pour la majorité d’entre eux, aux USA. Les couleurs d’Al Qaeda flottent désormais sur ce territoire, le pseudo-gouvernement a instauré la charia et le président du Parlement libyen est nord-américain, un cas unique dans l’histoire. Le pays qui fut si riche et crédité d’un Indice de Développement Humain (IDH) le plus important du continent africain, n’est plus qu’un tas de décombres, avec ses banques, son pétrole et ses ressources en eau saccagés ; ses hôpitaux, écoles, ports, réseau de distribution en eau, troupeaux d’élevages, cultures et récoltes, détruits par les bombardements de l’OTAN.

Le Président du Conseil Tribal Libyen (c’est-à-dire le seul représentant légitime de ce pays) s’est adressé à Ojos para la Paz pour leur demander de dévoiler publiquement – ce que les médias occidentaux lui refusent, sauf rare exception- la réalité de la ville assiégée de Bani Walid (بني وليد ), et du bombardement, au gaz sarin et au phosphore, dont ils ont été victimes, des produits chimiques clairement interdits par la Convention de Genève, mais qui sont utilisés à profusion en Libye pour exterminer la tribu Warfala. Comme le dirait le général espagnol Enrique Ayala : "Aux tribus - qui ne se rendent pas - nous devons les convaincre politiqu…ou militairement". Dans les hôpitaux les malades et les morts s’entassent sans que personne ne lève le petit doigt pour cette ville inscrite sur la liste noire par l’autoproclamée "communauté internationale". Les photos saisies dans les hôpitaux sont hallucinantes. Le besoin de médecins et de médicaments est urgent.

Comme tous les gouvernants, à la tête des pays pétrolifères, qui ne se sont pas pliés aux diktats de l’occident, Kadhafi a du subir, lui aussi, une campagne médiatique continue. De nombreuses preuves attestent que la CIA avait même orchestré l’attentat de Lockerbie (un autre Maine [1]) en l’imputant à la Libye.

Des journalistes écossais avaient révélé que cet attentat, en 1988, dans lequel un avion de la Pan American avait explosé en plein vol au-dessus de cette localité écossaise, avait été préparé aux USA par des agents de la CIA. Après de longues recherches, le citoyen libyen Abdelbaset Ali Mohmed Al Megrahi fut accusé et déclaré coupable de l’attentat [en 2001], condamné à la prison à vie puis libéré [huit ans plus tard, en 2009] atteint d’une maladie incurable. Nous savons depuis peu, que les témoins à charge contre l’accusé avaient été soudoyés.

La journaliste écossaise Lucy Adams découvrit des faits frappants, soigneusement occultés : " Le Département de la Justice des USA avait généreusement payé les principaux témoins de l’accusation, Paul Gauci et Tony Gauci. Ce dernier était le patron d’un magasin à Malte, qui avait affirmé que Megrahi avait acheté du tissu qui, plus tard, devrait être retrouvé dans la valise contenant la bombe. Cette seule déclaration fut la clé de l’accusation. Nous savons maintenant, que Anthony Gauci, avant le procès, avait désespérément besoin d’argent, et qu’il reçût après sa déclaration, près de deux millions de dollars du Département de la Justice US ", selon le communiqué de la journaliste.

"En réalité, la Jamahiriya a toujours nié une quelconque responsabilité dans l’attentat, estimant qu’elle était l’objet d’un chantage des grandes puissances occidentales, mais elle accepta d’indemniser les victimes, à hauteur de 2700 millions de dollars, en échange de la levée des sanctions économiques que lui imposaient les grandes puissances. Kadhafi croyait qu’en résolvant à tout prix les différents litiges entre les USA et son pays, il parviendrait à arrêter les préparatifs de guerre de l’OTAN. L’histoire a montré que son calcul était erroné, et que l’OTAN ne manque pas d’imagination lorsqu’il s’agit d’inventer de nouveaux prétextes pour justifier les guerres qu’elle a planifié à l’avance ".

Dans un célèbre documentaire intitulé The Maltese Double Cross-Lockerbie, le journaliste étasunien Allan Francovich démontre, lui aussi, que l’attentat fut véritablement perpétré par un agent US.

La Libye était un pôle de prospérité, avec les meilleurs PIB et IDH de toute l’Afrique, selon le PNUD : scolarisation des enfants, prolongement de l’espérance de vie (78ans), répartition équitable des rentes du pétrole, haut niveau des soins de santé, universels et gratuits, un réseau de distribution en eau couvrant tout le territoire et ayant permis également la plantation de millions d’arbres et la création d’immenses zones de culture dans le désert, le logement reconnu comme un droit constitutionnel, le plein emploi avec plus de 2,5 millions de postes de travail pour les immigrants. Le gouvernement libyen avait offert, à ses habitants, de grandes avancées encore inégalées dans une majorité des pays européens.

Aujourd’hui, la Libye est en ruines et pleure ses 75.000 morts, les libyens ont perdu leur pétrole, les réserves d’or de leur Banque Centrale et les dépôts bancaires d’un montant de 200 millions de dollars (dépôts que les USA se sont empressés de voler en premier), les pensions, les soins médicaux, les bourses pour les étudiants, l’emploi… ils ont tout perdu. L’apartheid s’est instaurée et la population de couleur –principalement des immigrants- est pourchassée à mort.

Excellent travail de l’autoproclamée "communauté internationale" (tant acclamé par ces monarchies féodales qui maintiennent toujours l’esclavage. Et l’on félicite Obama et l’UE pour leur prix Nobel de la paix. Quelle ironie.

Qu’ont-ils fait pour mériter cela, les libyens ?

Ils n’ont fait que défendre leur indépendance, cherché à créer leur propre monnaie, et garder d’importantes réserves d’argent, d’or, de pétrole et de gaz fossile, convoitées par des pays sans scrupules qui, avec les services de l’OTAN, agissent comme une dangereuse bande de malfaiteurs, se destinant au terrorisme et au pillage. L’Espagne, elle, (c.a.d un consortium d’entreprises qui se disent espagnoles) a décroché le marché de construction de la ligne ferroviaire du TGV La Mecque-Médina [2], en contrepartie de son engagement dans le massacre des libyens. De grands travaux, qui comme dans toute la Libye, se réalisent au prix du sang.

Auteur Jilata Marka
Purificación González de la Blanca est une avocate andalouse et membre du collectif International Ojos para la Paz, et de la Plateforme Mondiale contre les Guerres.

Trad. Jilata

Source : "Libia, ni olvido, ni perdón"

1- En 1898, les USA organisent un auto-attentat à l’explosif pour couler leur cuirassé "Maine" dans la rade de la Havane, et accuseront les espagnols. Ce sera le prétexte pour déclarer la guerre à l’Espagne et s’approprier de ses dernières colonies.

2- Le 25 mai 2011, la ministre des affaires étrangères d’Espagne, Trinidad Jiménez, se rend en Arabie Saoudite pour promouvoir des investissements d’entreprises espagnoles dans ce pays et contracter la construction de la ligne ferroviaire du TGV qui doit relier La Mecque à Médina (pas moins de 450 km de voie ferrée, lié avec toutes les infrastructures les plus sophistiquées. En contrepartie, l’Arabie Saoudite demande à l’Espagne de s’engager activement et militairement dans l’invasion de la Libye. Le 26 octobre 2011, l’agence EFE annonce que le contrat pour la ligne TGV La Mecque-Médina, est attribué au consortium espagnol "Al-Shoula". Le 14 janvier 2012 à Riad, les ministres du PPE, Ana Pastor et García Margallo ratifient avec le prince d’Arabie Saoudite, Mishal bin Abdul Aziz, le contrat du TGV pour 6,736 milliards d’euros, TGV la Mecque-Médina le prix du sang libyen (es).


Voir en ligne : Le Grand Soir