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Pages rebelles

Arij Riahi, 1er octobre 2012

Ce n’est pas souvent qu’un panneau stop a autant d’effet.

Lors du discours du Trône de 2011, Brigette DePape, vêtue du sévère uniforme des pages du Sénat, s’est avancée pour aller s’immobiliser silencieusement au beau milieu de la chambre rouge. Elle brandissait une pancarte sur laquelle on pouvait lire « Stop Harper » (Stoppez Harper).

Âgée d’une vingtaine d’années, DePape avait pour ambition de faire de la politique. Elle s’en est rapidement détournée pour se lancer dans le militantisme. Depuis, elle est devenue une voix pour la solidarité et l’engagement social. Elle a parcouru les quatre coins du pays pour y rencontrer des activistes.

« Il y a un mythe voulant que les jeunes canadiens ne s’intéressent à rien, » commente-t-elle. « Ce n’est pas ce que j’ai vu. J’ai rencontré des tas de groupes et beaucoup de gens inspirants. »

« Une ode à l’activisme »

Afin de faire tomber le mythe, DePape a collaboré avec le Centre canadien des politiques alternatives à la publication de Power of Youth : Youth and community-led activism in Canada (Le Pouvoir des jeunes : les jeunes et l’action communautaire au Canada). L’ouvrage, qu’elle codirige avec Erika Shaker, rassemble vingt essais rédigés par des militants et des intervenants communautaires « engagés, motivés, enragés et confiants. »

« C’est presque une ode à l’activisme. C’est l’organisation communautaire, les stratégies menées par des gens par et pour les communautés concernées qui, à travers l’histoire, ont mené à de véritables changements. »

L’ouvrage porte sur tout un éventail de débats, allant de l’expansion du système manitobain de justice criminelle à l’exploitation des gaz de schiste au Québec. On y a aussi inclus des dialogues entre journalistes et militants, comme une conversation entre Norman Matchewan, le porte-parole des Algonquins de lac Barrière, et le journaliste montréalais Martin Lukacs.

On y présente aussi des réflexions personnelles sur l’engagement politique. C’est le cas de l’article écrit par l’activiste sud-asiatique Harsha Walia. Elle y détaille les stratégies-clés dans l’organisation et le maintien d’un mouvement social, et met l’accent sur la nécessité de s’engager pour des raisons personnelles. D’autres textes parlent du rôle de la créativité, comme la discussion de Michael Wheeler sur le théâtre politique, en particulier sur la pièce portant sur le G-20 You Should Have Stayed Home.

Ouvrir le dialogue

Chaque essai est intéressant en soi, mais l’ouvrage vaut plus que la somme de ses parties. Pour DePape, c’est le début d’une conversation : « C’est un nouveau médium pour la discussion entre mouvements progressistes. C’est en appui aux initiatives existantes, mais ça établit aussi un dialogue intergénérationnel. »

En d’autres mots, c’est une expérience d’apprentissage auprès des autres, contemporains comme prédécesseurs. « J’ai demandé à certains des créateurs de changements les plus cools et les plus efficaces de partager un peu de ce qu’ils ont appris, » écrit-elle.

Chacun des auteurs explique, à partir de son expérience, comment elle ou il milite afin de faire changer les choses dans son domaine. Elles et ils parlent de choses différentes, mais les thèmes qui ressortent sont les mêmes : chaque problème exploré révèle des questions de solidarité, de stratégie organisationnelle, de décolonisation et d’oppression.

La rue québécoise

Power of Youth a été mis sous presse avant que la mobilisation étudiante au Québec ne se fasse remarquer dans les média anglo-canadiens. DePape cite malgré tout le mouvement comme « un exemple et une preuve du pouvoir des gens. »

« Ça nous a beaucoup inspirés dans le reste du Canada, » explique-t-elle. « Ça a créé des ponts entre nous. On apprend d’une tradition québécoise qui tient plus de la démocratie directe, de l’égalité sociale et des valeurs progressistes. »

Même si le printemps érable a parfois été romancé, il est à l’origine de nouvelles alliances entre des groupes militants au Québec et ailleurs au pays. Au fond, il s’agit de créer un vibrant réseau d’activistes qui échangeront information et stratégies. Il s’agit, comme le formule DePape, de créer « un front uni contre l’agenda capitaliste. »

Power of Youth : Youth and community-led activism in Canada est publié en anglais seulement. Il est codirigé par Brigette DePape et Erika Shaker. C’est l’édition printemps 2012 de la revue Our Schools/Our Selves du Centre canadien des politiques alternatives. Certains articles sont accessibles en ligne sur le site web du Centre.

Brigette de Pape est aussi une des membres organisatrices de l’événement PowerShift 2012 qui aura lieu à Ottawa/Gatineau du 26 au 29 octobre prochain.


Traduction du texte original par Jean-Sébastien Girard et Arij Riahi