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Marina Silva et la déception de Rio +20

Sara E. Levac, 1er octobre 2012

Le 3 septembre dernier, Marina Silva, ministre de l’environnement sous Lula da Silva de 2003 à 2008 était de passage à Montréal pour donner une conférence dans le cadre de l’assemblée mondiale CIVICUS. Elle a profité de cette tribune pour se montrer très critique face à l’inaction des États présents à la Conférence Rio +20.

« Le document final, Le futur que nous voulons, était une sorte de rupture inacceptable sur les avancées progressives que nous avions eu depuis 1992 », a-t-elle décrié en tournant le titre de l’accord en dérision. La Conférence Rio +20 aura pour elle été une triple faillite : celle des discussions multilatérales, de la volonté d’agir des États et de l’intérêt pour la conservation de l’environnement.

Vingt ans après le Sommet de la terre, les États ne semblent plus penser que la conservation de l’environnement soit une responsabilité commune à tous. « Tous les pays qui promouvaient le multilatéralisme ont fait prévaloir la thèse des États-Unis », souligne-t-elle. Cela signifie de ne pas imposer d’obligations universelles, mais de privilégier des accords multilatéraux lorsque le pays le veut bien.

Marina Silva a également écorché le Canada au passage, soulignant que ses intérêts pour la cause environnementale étaient subordonnés à ceux de l’industrie minière, à laquelle il accorde sa priorité. Elle n’a pas non plus épargné son pays d’origine, le Brésil, qu’elle accuse d’avoir été insensible aux manifestations à Rio.

Cela vient étayer sa thèse selon laquelle la volonté gouvernementale de prévenir les changements climatiques est disparue. Le fait de s’engager dans un accord multilatéral n’est plus souhaitable, il s’agit d’une ingérence dans les politiques internes. Le document final obtenu à Rio est donc vide. Vide d’engagements. Vide de moyens d’action face à cette crise environnementale mondiale.

Quelles sont les raisons qui expliquent ce dérapage selon Marina Silva ? Premièrement, la primauté accordée à l’économie, puisque la crise économique est perçue comme étant plus importante que la crise environnementale. Ensuite, le désengagement de la communauté scientifique qui, en 1992, « a décrit les graves problématiques et a interpelé les directions politiques ». En 20 ans, ces directions politiques se sont détournées de la question « avec un exit de la science et avec une espèce d’indifférence de la part de l’opinion publique », a-t-elle déploré.

Si 2012 a marqué une cassure avec les pas de géant effectués en 1992, Marina Silva souligne néanmoins que « sans grande mobilisation, il était possible de produire un document sur la diversité biologique, la désertification et d’écrire l’agenda 21 ». Pourtant, la situation « a créé de grandes frustrations face aux attentes que l’opinion publique avait ». Nouvelle fracture, donc, entre le gouvernement et la société civile.

Marina Silva constate pourtant un réveil. Celui-ci est collectif et facilité grâce aux médias sociaux qui rendent la communication beaucoup plus simple. L’héritage de 1992 pourrait alors ne pas être perdu, mais il devra être porté par les peuples.


Crédit photo : Flickr/Talita Oliveira