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Gaz et pétrole : bilan de la situation aux Îles-de-la-Madeleine

Jacinthe Leblanc, 30 septembre 2012

Mon article du mois d’octobre pour le Journal des alternatives porte sur la fracturation hydraulique. N’ayant pas voulu me restreindre au gaz de schiste et à la Vallée du Saint-Laurent, j’ai contacté Annie Landry, porte-parole d’Énergie Alternative, un regroupement citoyen des Îles-de-la-Madeleine. J’étais loin de me douter que leur réalité était autant absente des médias de la région de Montréal. Survol général d’une conversation avec une sympathique Madelinienne.

À cheval sur trois dossiers, Old Harry Québec, Old Harry Terre-Neuve et Gastem, Annie Landry avoue que ce n’est pas évident. En 2002, les Madelinots se sont mobilisés contre le projet Old Harry. « Finalement, explique madame Landry, on a réussi à avoir un BAPE (une évaluation environnementale faite par le Bureau d’audiences publiques sur l’environnement) en 2004 sur les relevés sismiques à Old Harry. On a réussi à avoir un moratoire. » Moratoire qui concerne la partie Québec seulement. Puis, les citoyen-ne-s reçoivent un autre coup dur quatre ans plus tard : le territoire des Îles-de-la-Madeleine est acquis par la compagnie Gastem. Les Madelinots déjà mobilisés ont décidé de former deux groupes pour développer une expertise citoyenne sur chacun des dossiers. Sont donc nées la Coalition Saint-Laurent, qui se concentre sur Old Harry, et Énergie Alternative, vouée à Gastem et à ce qui se passe sur terre.

Forage en haute mer : Old Harry

Donc, moratoire du côté québécois ; free-for-all du côté terre-neuvien. À l’automne 2010, Annie Landry souligne que Corridor Resources, propriétaire du gisement Old Harry depuis 1996, procède à des relevés sismiques qui sont assez dommageables pour les écosystèmes marins. Ces relevés sont faits des deux côtés, en dépit du moratoire sur la partie québécoise. « On les a suivis par GPS et on a des preuves. On a les tracés du bateau, raconte madame Landry. Le bateau a vraiment fait des relevés sismiques sur la partie terre-neuvienne et la partie québécoise, malgré le moratoire qui l’interdisait. On est encore vraiment fâché de ça. »

Bien sûr, le gouvernement en a été informé. Mais la ministre de l’époque, Nathalie Normandeau, n’en a fait aucun cas. Comme si la violation d’un moratoire par une compagnie pétrolière était la chose la plus normale qui soit. Une autre alternative pour les Madelinots, c’est l’intervention du gouvernement fédéral dans le dossier. Mais avec Stephen Harper et son gouvernement conservateur qui cherche à faciliter l’exploitation des ressources naturelles, Annie Landry ne se fait pas d’illusion. Elle demeure néanmoins optimiste : « on espère que les conservateurs vont à un moment donné décoller ! »

Il y a aussi le fait que Corridor Resources ne veut pas aborder la possibilité d’un déversement pétrolier qui irrite les militant-e-s. « Le risque, il n’est jamais évalué et on n’a jamais entendu parler non plus, par exemple, des mesures de compensation ou de comment on fait pour ramasser la marée noire. C’est quoi les équipements ? C’est quoi les scénarios d’urgence ? », plaide Annie Landry. Cette dernière s’attend à ce que le moratoire soit levé vers février 2013, soit au terme de la seconde évaluation environnementale stratégique (EES) des bassins de la baie des Chaleurs, d’Anticosti et de Madeleine.

Autre irritant, le groupe responsable de ces évaluations est Genivar et il est contesté par les groupes de la région. Selon madame Landry, Genivar est aussi promoteur de projets dans le même genre, ce qui fait qu’« ils sont un peu les copains de l’industrie. » Conclusion : « On n’a pas reconnu la crédibilité de Genivar sur les EES », soutient-elle. En plus, les règles pour la deuxième phase de l’évaluation environnementale stratégique semblent avoir changé. En effet, la perspective du développement durable, des générations futures et du principe de précaution sont évacuées. L’impression de se faire passer un sapin est criante. Cette région demandera une surveillance accrue au début de la nouvelle année, car cela pourrait bouger.

Les Îles sous le contrôle de Gastem

Depuis 2008, Gastem a obtenu les droits d’exploitation sur le territoire des Îles et sur terre, il est question de gaz conventionnel. Il n’est pas question de fracturation puisque « la différence, c’est vraiment notre formation géologique qui n’est pas du schiste », précise la Madelinienne. Elle poursuit : « Sauf que ce qui nous inquiète et qui est aussi inquiétant que la fracturation, c’est qu’ils vont quand même envoyer des produits chimiques dans notre sous-sol qui vont remonter à la surface et qui peuvent contaminer nos nappes phréatiques. » Énergie Alternative travaille donc entre autres à découvrir ce qui sera utilisé comme produits et quelles sont les normes environnementales s’y rattachant.

Le groupe travaille aussi à défendre leur droit à une vie et une santé de qualité garanti par la Loi sur le développement durable. De plus, la désuète Loi sur les mines fait qu’aux Îles, les citoyen-ne-s doivent déjà commencer à trouver des stratégies pour contrer les possibles conséquences de cette loi, dont l’expropriation.

Finalement, la communauté madelinienne est bien consciente de l’intérêt du gouvernement de Pauline Marois pour le pétrole dans la région de la Gaspésie-Îles-de-la-Madeleine. Mais avec un moratoire sur les gaz de schiste, cela n’empêche aucunement l’exploration et l’exploitation de ressources pétrolières ailleurs au Québec. Énergie Alternative et la Coalition Saint-Laurent travaillent de concert avec les autres groupes, comme Moratoire d’une génération, l’AQLPA et la coalition Pour que le Québec ait meilleure mine. « On va demander au gouvernement péquiste de mettre un moratoire là-dessus aussi. Parce que là, c’est bien beau le gaz de schiste, mais le pétrole de schiste (en Gaspésie), c’est encore pire !, précise Mme Landry. C’est plus dommageable pour l’environnement. »

La forte mobilisation citoyenne aux Îles-de-la-Madeleine ne tombera pas de ci tôt. Les attentes envers le nouveau gouvernement du Québec sont certes élevées, mais il faudrait voir avec le temps quelle sera la marge de manœuvre disponible, étant donné leur situation minoritaire. Restons à l’affût !


Crédit photo : Flickr / luvmycrows

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