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Quand l’extrême droite tente de saboter les politiques environnementales

Sophie Chapelle, 14 septembre 2012

Depuis avril 2012, toute proposition recueillant le soutien d’un million d’Européens doit être étudiée par la Commission européenne. Si la mesure est en apparence louable, les lobbies s’en sont déjà saisis. En août, une proposition a été déposée pour saboter les objectifs européens de réduction de CO2. En coulisse, des soutiens et financements issus de groupes d’extrême droite.

Droit à l’eau, éducation de qualité, gestion responsable des déchets sont autant de thématiques retenues par Bruxelles dans le cadre des « initiatives citoyennes européennes » (ICE). Entrée en vigueur le 1er avril dernier (Basta ! vous en a déjà parlé), les ICE permettent à la « société civile » de soumettre une proposition de loi à la Commission européenne, si cette proposition recueille un million de signatures en moins d’un an.

Les climatosceptiques n’ont pas tardé à s’emparer à leur tour de cette « Initiative citoyenne européenne ». En août, la Commission a ainsi donné son feu vert à une neuvième ICE assez surprenante puisqu’il s’agit de « suspendre le paquet énergie climat européen ». Ce « paquet », adopté en 2008 par l’Union européenne, fixe comme objectifs 20 % d’économies d’énergie, 20 % d’énergie renouvelable et 20 % de réduction des émissions de gaz à effet de serre (GES) d’ici 2020.

Lobbies d’extrême droite

Or, pour les initiateurs de cette proposition, la mise en œuvre de cette politique conduit au « gaspillage de centaines de milliards d’euros ». Ils préconisent de suspendre le paquet énergie-climat en vue d’ « arrêter les fuites de carbone », faisant référence aux délocalisations des entreprises polluantes dans des pays en développement. Ils assurent que cesser tout objectif en matière de réduction d’émissions de GES augmenterait la sécurité énergétique du pays « en autorisant les États membres à utiliser leurs propres ressources énergétiques naturelles ». Feu vert serait ainsi donné à l’extraction de tout ce qui ressemble de près ou de loin à des hydrocarbures ou à du charbon.

Derrière cette ICE, on retrouve Ludwik Dorn, un homme politique conservateur polonais. On note aussi la présence de Fay Patricia Kelly-Tuncay, qui mène la campagne au Royaume-Uni pour abroger la loi sur le changement climatique, relève sur son blog Olivier Hoedeman, de l’Observatoire européen des entreprises (CEO). Outre des climatosceptiques, on retrouve, au sein du « comité citoyen » défendant cette proposition, des militants d’extrême-droite. Comme Anders Primdahl Vistisen de l’organisation de jeunes du Parti d’extrême-droite danois People’s Party, ainsi que Robert Stelzl, assistant d’un député européen du BZÖ, un parti situé à l’extrême-droite de l’échiquier politique autrichien.

Transparence ?

Qui finance cette campagne visant à saboter les objectifs européens de réduction de CO2 ? Pour le moment, seul le groupe parlementaire européen « Europe Liberté Démocratie » (en anglais : Europe of Freedom and Democracy Group, EFD), qui rassemble des députés venant de partis comme la Ligue du Nord en Italie ou le Parti pour l’indépendance du Royaume-Uni, est mentionné sur le site internet de l’ICE. Le groupe EFD a ainsi versé 2 500 euros pour cette initiative. Une somme bien dérisoire pour mener une campagne de collecte d’un million de signatures. Quid des autres soutiens financiers ?

D’après le règlement des ICE, les porteurs d’initiatives doivent « fournir régulièrement une information mise à jour de toutes les sources de soutiens et de financements ». Mais dans les faits, rapporte Olivier Hoedeman, c’est aux initiateurs eux-mêmes de décider de cette mise à jour. « Les citoyens invités à signer une pétition de ce type devraient pourtant être en mesure de déterminer qui est derrière la campagne et qui paie », dénonce-t-il. A quand une règle stipulant également qu’une initiative citoyenne doit s’inscrire dans l’intérêt général ?


Voir l’original en ligne sur le site de Basta !

Crédit photo : Lobby Planet