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Gentilly-2 : C’est François Legault qui est irresponsable

Collectif d’auteurs, 1er septembre 2012

Le chat vient de sortir du sac ! Après avoir dit regarder d’un « œil positif » la reconstruction de Gentilly-2, mais de vouloir attendre les chiffres, voilà que François Legault fait une véritable profession de foi envers le nucléaire ce matin dans le Nouvelliste de Trois-Rivières. Il aurait même affirmé que de ne pas procéder avec la réfection de Gentilly-2 serait « irresponsable »

Comment se fait-il que monsieur Legault, qui dit vouloir rendre Hydro-Québec plus rentable en coupant 4000 postes, souhaite maintenant lancer la société d’État dans une aventure financière risquée qui coûtera au bas mot plus de trois milliards de dollars qui pèsera lourdement sur sa rentabilité ? Comment peut-il concilier le projet de limogeage de milliers d’employés chez Hydro-Québec et le maintien de huit cents d’entre eux à Gentilly-2 ? Ignore-t-il que ces huit cents employés produisent 675 MW, alors que dans l’hydroélectricité quelques dizaines d’employés à peine arrivent à produire autant, sinon plus d’énergie ?

Cela sent l’improvisation ou l’incompétence.

Où était M. Legault lorsque Fukushima a explosé à la face du monde entier... et quand Thierry Vandal a décidé, à la suite de cette catastrophe, de remettre entre les mains du gouvernement la décision de procéder ou non à la réfection de Gentilly-2 parce que les normes de sécurité qu’imposent cette catastrophe ont fait exploser les coûts de la filière nucléaire ?

Comment peut-il ignorer les dépassements de coûts de plus de 100 % à la centrale nucléaire de Pointe Lepreau au Nouveau-Brunswick ? Même madame Normandeau reconnaissait que la réputation de la technologie nucléaire CANDU dans le monde n’était plus ce qu’elle était…

Où était François Legault lorsque les coûts prévus à la réfection de Gentilly-2 sont passés de 850 millions $ à un minimum de 3 milliards en à peine cinq ans ? Comment peut-il ignorer le fait que 70 % de ces 3 milliards de dollars seront dépensés à l’extérieur du Québec ?

Il y a plus.

Où était M. Legault lorsque le gouvernement fédéral a procédé à la privatisation d’ÉACL en affirmant que l’histoire du nucléaire au Canada aura été la cause du plus important « sink hole » de toute l’histoire du gouvernement canadien où « good money has been thrown after bad money » ? Est-ce être bon gestionnaire que de continuer d’engloutir des fonds publics dans cette aventure ?

Où était-il lorsque SNC-Lavalin a acheté ÉACL pour une bouchée de pain du gouvernement fédéral, au moment même où l’entreprise était mise sur la sellette en raison de sa collaboration avec un régime dictatorial et sanguinaire en Libye et d’allégations de malversations dans sa gestion ?

La CAQ souhaite-t-elle utiliser des fonds publics pour soutenir SNC-Lavalin dans ses ambitions nucléaires ? Madame Normandeau elle-même reconnaissait l’importance d’intégrer les conclusions de la privatisation d’ÉACL dans sa décision sur le futur de Gentilly-2.

Où était monsieur Legault lorsque l’Assemblée nationale du Québec a adopté à l’unanimité (ADQ comprise) un moratoire contre toute gestion de déchets nucléaires en territoire québécois ? Serait-il logique de refuser d’assumer la gestion permanente des déchets radioactifs tout en acceptant de continuer d’en produire à Gentilly-2 ? Y aurait-il des ententes cachées de la CAQ avec le lobby nucléaire pour renverser cette décision de moratoire ?

Où était-il lorsque l’autorisation d’utiliser la voie maritime du Saint-Laurent pour transporter les déchets radioactifs de la compagnie ontarienne Bruce Power a été octroyée par la Commission canadienne de sûreté nucléaire, sans que le gouvernement du Québec ait été consulté ? Sait-il que plus d’une centaine de municipalités du Québec s’opposent à un tel transport ? Sait-il que les routes du Québec serviront au retour vers l’Ontario des déchets radioactifs plus contaminés ?

En bon gestionnaire, François Legault serait-il incapable d’assimiler et intégrer les impacts sur les coûts et la sécurité de la filière nucléaire des événements récents de la géopolitique internationale, interprovinciale canadienne et québécoise ? Son pouvoir d’analyse semble neutralisé par des impératifs politiques « électoraux » à très court terme. Parmi ces impératifs peut-on s’empêcher de supputer des appels de la part de SNC-Lavalin, de la FTQ ou même d’instances fédérales ? Quels intérêts sert-il ? Les candidats caquistes auraient-ils perdu tout sens critique par calcul électoraliste ? En Mauricie et au Centre du Québec, tous les candidats caquistes applaudissent la réfection de G-2. L’opportunisme et le clientélisme régional seraient-ils le changement que nous propose François Legault ?

Le vrai changement sera de mettre un terme à l’éléphant blanc que constitue l’énergie nucléaire. Il serait irresponsable de poursuivre cette aventure.


Les signataires du texte :
Dominic Champagne, Auteur et metteur en scène ;
Michel Duguay, Mouvement Sortons le Québec du Nucléaire ;
Michel Fugère, Mouvement Vert Mauricie ;
Isabelle Gingras, Médecin de Sept-Îles ;
Philippe Giroul, Mouvement Sortons le Québec du Nucléaire ;
Pierre Jasmin, Les Artistes pour la Paix ;
Karel Mayrand, Fondation Suzuki ;
Christian Simard, Nature Québec.

Crédit photo : Flickr / -AX-