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Médias alternatifs et lutte étudiante

Un entretien avec Judy Rebick fondatrice de rabble.ca

Arij Riahi, 31 août 2012

La mobilisation étudiante de l’hiver dernier a cédé le pas à un vaste mouvement de contestation sociale printanier. Pour plusieurs, l’heure est aux bilans et à la réflexion. Quelles leçons devons-nous tirer des efforts de mobilisation des derniers mois ? Qu’aurons-nous appris sur les luttes à venir ? Pour faire le point, Alternatives a rencontré Judy Rebick, critique des médias et fondatrice du magazine en ligne rabble.ca

D’emblée, l’écrivaine déplore la couverture lacunaire du conflit étudiant dans les médias traditionnels à l’extérieur du Québec. En effet, il a fallu attendre la grande manifestation du 22 mars pour que les médias anglophones portent leurs regards sur le printemps érable. Jusque-là, soutient-elle, le silence n’avait été brisé que pour rapporter le fracas des vitrines et les actes de vandalisme.

Briser le mur de silence au Canada anglais

Dans ce contexte, il a fallu pallier les lacunes. Rebick souligne l’importance des initiatives citoyennes qui ont contribué à souffler le message vers l’ouest. Elle note la formation du collectif Translating le printemps érable qui a traduit vers l’anglais des textes circulant dans les médias francophones pour ensuite les publier en ligne. « C’était une étape très importante qui a permis de diffuser dans les réseaux sociaux une information jusqu’alors inconnue du reste du Canada », précise-t-elle.

Le magazine alternatif rabble.ca a lui-même contribué à attirer l’attention des Canadiens sur le sujet, notamment grâce aux efforts de son correspondant au Québec, Ethan Cox, et de l’éditeur Derrick O’Keefe. Ceux-ci avaient d’ailleurs initié les manifestations « Casseroles nights in Canada » qui ont eu lieu dans différentes villes canadiennes en solidarité avec celles au Québec.

Ces efforts de diffusion dans les médias alternatifs ont été largement relayés dans les médias sociaux. Et ce relai a été influent, selon Judy Rebick : « L’information provenant de médias alternatifs a été largement diffusée dans les réseaux sociaux. Les médias sociaux ont ainsi obligé les médias traditionnels à s’occuper de la situation. »

Multiplier les canaux de communication

Est-ce à dire que le rôle des médias traditionnels est devenu désuet ? Sur ce point, Rebick reconnaît le rôle crucial des médias alternatifs, mais ajoute qu’il ne faut pas pour autant évacuer l’importance de la couverture médiatique traditionnelle. « Elle permet d’atteindre un plus grand public. Elle nous permet de rejoindre un plus grand nombre de personnes et non pas seulement les activistes ou ceux qui sont déjà très politisés » nuance-t-elle.

Au fond, il s’agit de séduire. Sans compromis, toutefois. « Il nous faut apprendre à utiliser les outils des médias traditionnels, mais en restant fidèle à nos propos et à notre message » souligne Judy Rubick.

Attrait universel du Printemps érable

Le relai constant des efforts de mobilisation par des canaux multiples aura fait la force du mouvement étudiant québécois. Celui-ci aura réussi à transpercer l’opacité des médias traditionnels pour véhiculer son propre message sur des plateformes alternatives.

« Cette stratégie a fait du printemps érable un mouvement Occupons 2.0 » souligne Rebick. De manière plus importante, cette même stratégie a un attrait universel. Elle permet de se réapproprier des outils de diffusion, faire passer un message et tiser des ponts entre des différents groupes. Le résultat est une mobilisation citoyenne d’envergure qui arrive à se maintenir en marge des discours dominants les médias traditionnels.


Crédit photo : Thien