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L’Europe face à l’enjeu de la souveraineté populaire

Bruno Milia, 31 août 2012

Aux dernières nouvelles, la Banque centrale européenne (BCE) aurait décidé d’encadrer les banques privées du vieux continent, François Hollande nous parle encore de croissance, Angela Merkel campe sur ses positions, Rajoy patauge, Monti désespère. Et les Grecs, ah ! Les Grecs.

Des oeillères fédéralistes

Dès le début de la crise européenne, une tendance dominante se dessine, une thèse semble avoir pris le dessus sur toutes les alternatives : toujours plus de fédéralisme.

En effet, pour bon nombre d’observateurs avertis « toute réussite s’explique par l’Europe et tout échec par le manque d’Europe », la crise de la dette serait donc le résultat d’un manque d’intégration (budgétaire, commerciale, etc.). Quoi de plus normal alors d’assister à la mise en place du nouveau Traité sur la Stabilité, à la Coordination et la Gouvernance dans l’Union européenne (TSCG). Un traité qui prévoit notamment l’insertion dans la constitution des pays qui l’auront ratifié l’interdiction de dépasser plus de 0.5 % de déficit (la règle d’or). Une austérité perpétuelle, et surtout une véritable perte de souveraineté budgétaire. Ce document à lui seul symbolise l’action des euros fédéralistes qui n’envisagent de solutions que dans le renforcement du pouvoir européen plutôt que de remettre en cause son modèle de fonctionnement.

En effet, et là est le problème, l’Europe semble plus être gérée par des technocrates que par des élus, mettant en exergue une réelle crise de légitimité populaire. La BCE, par exemple, présentée comme « le sauveur », autant à droite qu’à gauche de l’échiquier politique, souffre du fait même de sa position dominante, d’un manque de caution populaire. Cette institution, et il est bien de le rappeler, n’est en réalité qu’une structure, fonctionnant sur l’actionnariat des différents États de l’Union européenne, dont les deux majoritaires ne sont autres que l’Allemagne et la France.

Justement, l’exemple du traité constitutionnel européen débattu en 2005 dans différents pays et refusé notamment en France et aux Pays-Bas constitue certainement un des meilleurs aperçus possible pour comprendre le dysfonctionnement actuel. Effectivement, au lendemain de son élection en 2007, Nicolas Sarkozy, profitant de la vague de « confiance » idoine à tout président fraichement élu, décide de ne pas tenir compte du vote populaire de 2005 et de ratifier le Traité de Lisbonne. Pour Valéry Giscard d’Estaing, il n’est qu’une « pâle copie » du Traité établissant une constitution pour l’Europe, dans laquelle seule la forme a été changée, mais pas le contenu[1]. Par cet acte qui n’est qu’un exemple parmi tant d’autres, M. Sarkozy symbolise la politique européenne, une politique détachée de sa base populaire.

Malgré tout, cette méthode-là semble se répéter, encore et encore à travers les solutions proposées par les instances européennes pour résoudre la crise. À l’évidence, le choix de l’austérité semble être l’unique issue pour régler la mauvaise gestion financière internationale, quand bien même la réalité de l’exemple grec et l’échec de ses plans de rigueur successif nous montrent le contraire. Il est dès lors surprenant de voir les mêmes acteurs publics du référendum de 2005 (médias, politiques et spécialistes) mener aujourd’hui une campagne aveugle en faveur de l’austérité légitimant un fatalisme toujours plus dangereux.

Une autre voix existe

Dans ce paysage politique où tout semble être décidé d’avance, un courant de gauche radical pro-européen en désaccord avec la politique d’austérité semble émerger (« Syriza » en Grèce, le « le Front de gauche » en France, « Die Linke » en Allemagne).

Il est alors amusant d’observer la réaction des fédéralistes européens qui, à l’instar du chef de la diplomatie française, tirent à bout portant sur toutes alternatives crédibles. Ce dernier, dans une intervention radiophonique sur Europe 1 déclarait, et ce à l’encontre du vote pour Syriza (coalition politique refusant le TSCG) : « Il faut bien qu’on explique sans arrogance à nos amis grecs que s’ils veulent rester dans l’euro, ce qui est, je crois, une majorité d’entre eux, ils ne peuvent pas se prononcer pour des formations qui de fait les feraient sortir de l’euro[2] ». Plus récemment, un député de l’aile gauche du parti socialiste français, Razzy Hammadi, en désaccord avec le TSCG (position défendue par le « Front de gauche »), affirme dans une forme de schizophrénie politique : « le pari de Jean-Luc Mélenchon, depuis toujours, c’est l’échec de la gauche au pouvoir. C’est le fondement même de sa stratégie et de l’idéologie qui structure son parcours depuis son départ du Parti socialiste [3] ».

En regardant de plus près, il n’y a rien d’étonnant à ces déclarations, car ici s’affronte l’enjeu européen de demain, celui qui peut-être empêchera la disparition pure et simple de l’Europe. En effet, lorsque les instances européennes et les partis dits de gouvernances parlent d’économie, les nouvelles mouvances de la gauche européenne parlent du peuple. À dire vrai, si pour les uns l’intégration se fait dans un fédéralisme par le haut, pour les autres il est question d’intégration communautaire. À savoir : la mise en place d’un système européen où les services publics sont mis de l’avant dans un espace commun à tous, où les impositions seront harmonisées, où les droits comme, par exemple, le Code du travail seront homogénéisés par le haut. Enfin, un espace où notre modelé social et écologique partagé par tous sera protégé des soubresauts de la mondialisation.

Bien malheureusement, si cela n’est pas pris en compte, nous pouvons redouter le pire avec une cristallisation du débat autour de boucs émissaires : les Grecs, les Espagnols, les Italiens, les étrangers, le peuple… pour finalement en arriver à des discours comme ceux de M. Sarrazin (membre du SPD allemand) au sujet des Grecs : « Assurer la paix entre les peuples consiste à respecter le droit de chacun à vivre comme il l’entend. Si les Grecs veulent faire la sieste plutôt que de travailler, s’ils veulent quitter leur bureau pendant trois heures pour se payer du bon temps avec leur maitresse, ça les regarde. À condition qu’ils ne nous demandent pas ensuite de régler la note[4] ».

Une fixation qui entraine directement la montée d’une xénophobie teintée d’anti-européanisme. En effet, partout en Europe les partis d’extrême droite anti-européens prennent de plus en plus de place. On pense ici au Front national en France, « Chryssi Avghi » (Aube dorée) en Grèce, au premier ministre Hongrois Victor Orban, sans oublier l’extrême droite autrichienne qui cumule un total record de 29 % au parlement.

Pour éviter un éclatement pur est simple, pourquoi ne pas construire un autre idéal s’appuyant sur les forces que représente l’U.E : sa population, son éducation, sa technologie ? De choisir un dessein qui assure qu’aucune catastrophe économique ou humaine ne vienne remettre en question l’envie de vivre et de bâtir un futur commun.

En fait d’encourager un rêve, celui de la conscience de ne faire qu’un.