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L'Allemagne prouve que le renouvelable, c'est faisable

David SUZUKI, 14 juillet 2012

L’Allemagne vient d’atteindre une étape essentielle dans le domaine de l’énergie renouvelable. En effet, le 26 mai, le pays a réussi à combler la moitié de ses besoins énergétiques aux alentours de midi avec de l’énergie solaire. Le vendredi précédent, c’est un tiers des besoins énergétiques qui ont été comblés avec le solaire pour la même période. Selon Norbert Allnoch, expert en énergie renouvelable, les centrales solaires allemandes ont produit 22 gigawatts d’électricité pendant cette période de midi, soit autant que 20 centrales nucléaires tournant à pleine capacité .

D’accord ! Il s’agissait de jours ensoleillés, mais l’Allemagne produit malgré tout 20 de son électricité annuelle avec des ressources renouvelables, telles que le Soleil, le vent, l’eau et le thermique. Un article paru dans Reuters indique que « l’Allemagne a déjà quasiment installé une capacité de production d’énergie solaire égale au reste du monde réuni et 4 de ses besoins en électricité annuels sont générés par le Soleil. Elle espère pouvoir réduire ses émissions de gaz à effet de serre de 40 % d’ici 2020 par rapport aux niveaux de 1990 ».

Dans une décision plutôt controversée, la Chancelière allemande Angela Markel a également promis de remplacer l’électricité nucléaire par les énergies renouvelables. Le projet avance, mais non sans contretemps. Transformer le système énergétique d’un pays signifie devoir dépenser beaucoup d’argent dans des infrastructures permettant la production et la distribution de l’électricité et devoir faire face à une bureaucratie tatillonne pour obtenir et installer des lignes électriques.

Bien qu’il y ait une certaine opposition au nombre grandissant d’installations et de lignes électriques solaires et éoliennes, la plupart des Allemands soutiennent le projet. Aucune technologie énergétique n’est entièrement bénigne, il faut donc faire en sorte que les impacts écologiques ou toutes conséquences négatives possibles résultant des installations énergétiques utilisant le vent ou d’autres ressources renouvelables soient minimisés.

Outre des inquiétudes concernant le bruit, les effets sur la santé, le blocage de la vue, ou encore les blessures d’oiseaux et de chauve-souris — qui sont pour la plupart exagérées ou facilement surmontables — des questions relatives à la viabilité de l’électricité renouvelable ont été soulevées. L’une des discussions porte sur le fait que l’énergie renouvelable est trop intermittente et difficile à intégrer dans un système qui dépend d’une charge de base (de l’électricité qui fonctionne tout le temps) provenant principalement de centrales brûlant des combustibles fossiles ou nucléaires, car le soleil ne brille pas toujours et le vent ne souffle pas en permanence. Il est évident que si nous sommes capables de diviser des atomes pour obtenir de l’énergie, nous pouvons certainement trouver des mesures par rapport au ciel nuageux.

Au Canada, les gouvernements fédéral et de l’Alberta ont basé leurs plans de réduction des émissions de gaz à effet de serre sur le captage et le stockage du carbone, qui est un défi technique cher et n’ayant pas fait ses preuves. C’est également un moyen de justifier l’utilisation continue de polluants et de combustibles fossiles au lieu de passer à des ressources plus écologiques.

Les technologies nouvelles et existantes pourraient nous permettre d’utiliser les énergies renouvelables pour l’électricité de base, bien que certains experts affirment que nous n’ayons pas du tout besoin de la charge de base. Le site Internet Skeptical Science indique que si nécessaire, les technologies et sources telles que l’énergie solaire concentrée, la géothermie stimulée, le stockage d’énergie éolienne comprimée, et le stockage d’énergie thermique pompée peuvent toutes jouer un rôle.

Mais avec la conservation et une efficacité améliorée, ainsi qu’un meilleur stockage et une gestion intelligente du réseau électrique (smart grid), nous pourrions passer aux énergies renouvelables sans avoir besoin d’une charge de base à grande échelle. Mark Diesendorf, chercheur en électricité éolienne australien va jusqu’à dire que le principal obstacle que rencontre le développement de l’électricité renouvelable est le « manque de flexibilité opérationnelle des centrales électriques avec charge de base ». Il explique que les secteurs du combustible fossile et du nucléaire, ainsi que les industries qui en dépendent, tels que les usines d’aluminium et de ciment, font la promotion de « l’illusion de la charge de base ».

Comme le démontre l’écrivain David Roberts dans un article paru sur Grist.org, l’Allemagne a décidé que les technologies avec charge de base n’étaient pas compatibles avec les énergies renouvelables. Les réseaux électriques conventionnels utilisent des sources de charge de base, de charge moyenne, et de charge maximale, mais Robert explique que « si vous avez assez d’énergies renouvelables, elles prendront la relève de tout l’espace qui autrefois était occupé par la charge de base. » Pour répondre à la demande, ou à la charge résiduelle, que les énergies renouvelables ne peuvent pas couvrir, il faut des options flexibles et réceptives. Et cela viendra « d’un ensemble de mesures (conservation, efficacité, et ’écrêtement des pointes’ pour répondre à la demande), d’un stockage d’énergie, d’un réseau électrique encore plus intelligent, et de sources d’électricité secondaires. »

À court terme, l’Allemagne utilisera le gaz naturel et les imports comme source d’électricité « secondaire », mais avec les technologies de stockage en pleine émergence, y compris la conversion de l’énergie renouvelable en gaz naturel synthétique ou biogaz, l’Allemagne pourrait cesser d’utiliser tous les combustibles fossiles pour son secteur de l’électricité.

Des solutions en énergie renouvelable existent. Nous avons seulement besoin de gouvernements avec des idées prévoyantes tels qu’en Allemagne pour les mettre en œuvre.

Écrit avec la contribution de Ian Hanington, spécialiste des Communications et des Publications de la Fondation David Suzuki.

Pour connaître d’autres perspectives de David Suzuki, vous pouvez lire « Everything under the Sun » (Greystone Books/ Fondation David Suzuki), de David Suzuki et Ian Hanington, qui est désormais disponible dans les librairies et en ligne.

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