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Le Pink Bloc en colère

Marie-Anne Casselot, 3 juillet 2012

Si les féministes sont présentes dans le mouvement étudiant, les queers et LGBTQ (lesbiennes, gais, bisexuelles, transexuel(le)s et queers) le sont tout autant. Le P !NK Bloc, un groupe réunissant des étudiant(e)s et des allié(e)s à la cause étudiante, marche, embrasse et danse pour l’accessibilité de tou(te)s à l’éducation . Portrait d’un collectif où sexualité et conscience politique sont à l’honneur. Nous avons rencontré Philippe Dumaine et Marie-Élaine Larochelle, membres du P !B, pour en discuter.

Rose indignation

Le P !NK Bloc est un regroupement queer et féministe souhaitant rendre visibles les enjeux queers et LGBTQ au sein de la présente grève étudiante. Formé initialement en tant que collectif pour la grève étudiante de 2012, les militant(e)s P !NK Bloc proviennent d’horizons divers. Certain(e)s ont créé un contingent rose au G20 en 2010. D’autres se sont rencontrés aux séances sur le féminisme à l’UPOP en 2011, nous explique Philippe et Marie-Élaine.

Le P !NK Bloc s’inscrit dans la lignée des groupes activistes queers tels que les Panthères Roses ou de PolitiQ. Illes se démarquent de leurs prédécesseur(e)s parce qu’illes se sont formés spécifiquement pour rendre visibles les enjeux LGBTQ dans le contexte de la grève étudiante de 2012.

Tout d’abord, qu’est-ce que le queer, dont se revendique le P !NK Bloc ? Le queer est un mouvement social, politique et théorique. Il cherche à faire exploser les catégories binaires de genre (homme/femme), en ligne droite avec les positions voulant que le genre soit un construit social fluide et non déterminé.

Tel que mentionné sur leur site web, « un P !NK BLOC est une action militante, collective et festive qui se loge le plus souvent à l’intérieur des manifestations pour “perturber” tout en couleur ou pour faire diversion.[…] Il flirte avec la performance artistique, la musique et la danse. »

Définir en soi le collectif est difficile puisqu’il regroupe un « noyau dur organisationnel » et plusieurs allié(e)s au gré des événements. Selon Philippe Dumaine, « le P !NK Bloc est une tactique, et non pas un groupe. Il s’inscrit dans la lignée des Blacks Blocs. » Ainsi, leurs tactiques (revêtement de capes roses flamboyantes, slogans colorés, actions et chorégraphies ludiques) assurent un espace sécuritaire aux personnes minorisées dans le mouvement étudiant. Leur présence permet parfois de faire tomber la pression dans des manifestations tendues. Cette idée d’espace sécuritaire s’inscrit en cohérence avec les théories anti-oppressions. Il faut créer des espaces où il est possible de s’exprimer et de s’identifier authentiquement, sans être soumis aux (op)pressions de la société homophobe, sexiste et raciste.

En ce printemps politisé, le P !NK Bloc a émis des communiqués autocritiques du mouvement étudiant, dénonçant les slogans pro-viol dans les manifestations et soutenant l’importance du consentement dans les relations personnelles autant que collectives . Par exemple, le P !B dénonce les slogans prônant le viol de Jean Charest, car la violence sexuelle est une expérience traumatisante, même pour nos adversaires politiques. De plus, ces slogans sont souvent homophobes, car ils dépeignent la sodomie comme un acte sexuel dégradant. À propos du consentement, le P !B a voulu établir ce concept comme la base de toute relation interpersonnelle saine. Cela exclut l’infantilisation, la manipulation et le chantage, autant entre des groupes et les institutions.

Étant ouvertement pro-travail du sexe, le collectif a dénoncé l’analyse féministe abolitionniste des événements du Grand Prix. Le numéro spécial de l’Ultimatum de la CLASSE, ayant une perspective féministe exclusivement abolitionniste, a été critiqué lui aussi.

Le P !NK Bloc ne fait pas toutefois l’unanimité. Ouvertement féministe pro-sexe, queer et ouvert aux identités transsexuelles, il dérange. Selon Marie-Élaine Larochelle, il semble générer des « réticences implicites » auprès certains groupes féministes. « On ressent des malaises provenant plus des groupes féministes que des groupes étudiants, probablement parce que ces groupes perçoivent qu’on veut tirer la couverture de notre bord et que les féministes se font déjà critiquer de diviser le mouvement. » À cette critique de division, Philippe et Marie-Élaine répondent qu’un « front uni » du mouvement étudiant ne peut tout simplement pas exister. L’analyse intersectionnelle, soit considérer tous les types d’oppression comme étant d’égale importance, doit primer sur les appels à l’unité.

Arts, flamboyance et jeux de mots

Vêtu(e)s de capes roses et de paillettes, illes mettent de l’avant des slogans irrévérencieux et osés pour faire réfléchir les gens autour. L’utilisation des capes roses construit cet espace sécuritaire, puisque la couleur rose frappe l’imaginaire et se démarque du « rouge étudiant ».

À ce propos, Marie-Élaine souligne : « Être dans une cape rose, dans une manif, ça oblige nos allié(e)s à assumer leur rôle et à agir, à sortir de leur zone de confort pour intégrer partiellement la notion d’être visible en tant que personne marginalisée ».

Totalement pro-sexe, leur verve s’exprime par des slogans qui ont pénétré l’usage quotidien des manifestations québécoises. Par exemple, le désormais célèbre « Charest ta gueule, on peut se crosser tous seuls ! » exprime l’idée que la masturbation est acceptable et que nos sexualités ne doivent nullement être contrôlées par personne, encore moins par l’État. Il y a aussi réappropriation et détournement de slogans connus : « Un bon cuni, jamais ne sera vaincu ! » ou « 1234, this is fucking class war ! 5678 organize and masturbate ! ».

« Le but, ce n’est pas d’être des clowns, mais nous sommes conscient.es du pouvoir de l’humour. Mais si c’est seulement de ça qu’on se souvient du P !NK Bloc, on a manqué notre objectif d’avoir un propos queer et féministe sur les enjeux étudiants » nous dit Philippe.

Leur langage grivois va de pair avec leur attirance pour la performance artistique comme les événements FRENCH-O-THON et la manifestation travestie GENRE DE GRÈVE. En conviant plusieurs personnes à s’embrasser ou à se câliner en public, le FRENCH-O-THON concrétisait l’idée que le privé est politique, que les relations consensuelles entre un groupe de personnes, dans ce cas-ci, les étudiant(e)s, et le gouvernement sont importantes pour la santé d’une société. La manifestation GENRE de GRÈVE jouait avec les codes de la féminité et de la masculinité afin de réfléchir aux identités multiples. Cela flirtait aussi avec l’idée de subvertir les rôles attribués aux individu(e)s selon leur sexe biologique.

L’aspect éclaté de leurs interventions produit un effet rassembleur et allège le moral des manifestant(e)s dans un but politique. La colère est légitime. Les revendications sont justes. Les méthodes sortent de l’ordinaire. Le P !NK Bloc propose le tout dans une ambiance taquine.

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Le French-o-thon, sur CUTV : http://cutvmontreal.ca/videos/1054

[1] Nous utiliserons cette façon de féminiser, ainsi que le néologisme « illes » pour référer à la troisième personne du pluriel, parce que nous ne voulons pas présumer du genre des personnes affiliées au P !NK Bloc.

[2] Site web du P !NK Bloc, consulté le 21 juin 2012 : http://pinkblocmontreal.files.wordpress.com/2012/02/slogans-pro-viol.pdf

[3] Site web du P !NK Bloc, consulté le 21 juin 2012 : http://pinkblocmontreal.files.wordpress.com/2012/02/consentement.pdf

Crédit photo : The Enchanter Tim