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L'Islande, une démocratie renouvelée en devenir

Sophie Laisney, 3 juillet 2012

L’Islande se reconstruit politiquement après le crash financier de 2008. Le pays d’à peine 330 000 habitants a été nommé par les économistes comme "laboratoire du néo-libéralisme".
Le pays a dû assumer une dette de près de 2,7 milliards d’euros. Une dette nationale qui a pris de telles proportions qu’il s’en est suivi de nombreuses accusations de la part des médias étrangers : l’Islande à l’économie excessive, démesurée, voire arrogante.
L’un des pays les plus riches au monde perdait 94% de sa valeur en bourse, se retrouvant à devoir mendier de l’aide à l’international. Observée par ses voisins occidentaux ; nombreux espèrent sa réussite, d’autres son échec.

Chronologie des événements en Islande

Après la déclaration de faillite, les Islandais protestent devant le Parlement et font démissionner le Premier ministre et son gouvernement en janvier 2009. Les élections du mois d’avril 2010 accordent la victoire au premier gouvernement de gauche islandais, formé de l’Alliance et du Mouvement des verts et de gauche, avec, à sa tête la première femme occupant le poste de Premier Ministre : Jóhanna Sigurðardóttir. Malgré cela, le spectre de la dette flotte toujours au dessus du pays. Début 2010, les Islandais descendent dans la rue et appellent à la tenue de référendums. En mars 2010, ils rejettent en bloc (93% des voix) la possibilité de remboursement de la dette, peu importe le taux d’intérêt et le délai accordé. Des enquêtes sont menées au sein du gouvernement, des banquiers sont arrêtés, d’autres doivent quitter le pays. Le 27 novembre 2010, le gouvernement de gauche répond aux revendications populaires par la création d’une assemblée constituante du peuple, élue au suffrage universel.

L’Assemblée populaire : un terrain parsemé d’embûches

Plus de 520 candidats se présentent à cette élection pour une sélection de 25 postes. Parmi les élus, un panel varié de professions libérales, juristes, agriculteurs ainsi qu’un un metteur en scène ! Et pourtant, cette élection recense le taux de participation le plus faible de participation jamais vu dans le pays ; seulement 36% des électeurs !
Le nouveau gouvernement islandais se devait d’entrer en fonction très rapidement après les élections, mais nombreux ont été les obstacles pour ce dernier. Par exemple, la présence de vices de forme concernant les élections.
Autre obstacle important, le Parti de l’Indépendance, l’ancien parti politique au pouvoir détient toujours ses juges adhérents au sein de la Cour Suprême et voit d’un très mauvais œil cette assemblée du peuple. La Cour Suprême qui garde toute son influence dans la législation du pays et dont les tendances conservatrices mettent en péril l’image unitaire que s’efforce de montrer le nouveau gouvernement socialiste.

Des médias peu présents

Les articles étrangers les plus influents ont, pour la plupart, été rédigés « après la bataille » et l’Islande n’a pas été à l’origine d’un tapage médiatique. À l’heure de ces chamboulements politiques islandais, nous étions davantage avisés du volcan Eyjafjallajökull qui bloquait les vols européens en avril 2010 que des protestations du centre-ville de Reykjavik.
Le quotidien britannique The Guardian avait affirmé de l’Islande qu’elle « prenait part à un party fantastique. Maintenant, elle se réveille avec une incroyable gueule de bois ». Les trois plus grandes banques islandaises sont dans un premier temps pointées du doigt par ses investisseurs britanniques et néerlandais puis, nationalisées. Malgré le discours sur la responsabilité importante de l’Islande dans sa propre chute, prôné entre autres par les journalistes, économistes et politiciens étrangers, le pays se relève doucement en tentant le dur pari d’une sortie de crise. Cette crise économique n’a pas fini de faire parler d’elle, les mesures d’austérité étant plus que jamais présentes en Grèce, en Espagne, en Italie et depuis peu, en Grande-Bretagne. La Grande-Bretagne n’a pas pu éviter les dernières émeutes dans la capitale. Les réformes d’austérité proposées par les gouvernements européens n’ont de cesse d’éveiller la conscience populaire sur une situation absurde, dont les citoyens seraient les premières victimes. Pendant ce temps, l’Islande voit « renaître » son île, après la démission de son ex-gouvernement et la mise en place d’un nouveau, choisi par le peuple. Nouveau gouvernement qui, à la différence de la faillite, a fait couler bien moins d’encre de la part des médias internationaux.

Les inquiétudes des Islandais

L’Islande ne recense pas loin de 10% de taux de chômage. Certes, elle n’est pas dans la même situation que la Grèce, l’Italie ou l’Espagne, qui sont devenues les priorités occidentales à cette heure. Néanmoins, dans un pays qui compte peu d’habitants comparé à ses voisins, les inquiétudes quant à l’avenir sont similaires, particulièrement chez les jeunes qui craignent d’investir dans un appartement, tant la peur de l’endettement a marqué les esprits. De nombreux jeunes Islandais s’expatrient en Norvège ou en Finlande dans l’espoir d’y trouver la sécurité de l’emploi, et pour s’épanouir financièrement dans des pays qui n’ont pas connus de tels contrecoups de la crise économique. En effet, et même si l’Islande fait parler d’elle, citée parfois en guise « d’exemple » et/ou « d’espoir », il est important de noter que dans toute révolution, pacifiste ou non, la suite des évènements requiert un revers de la médaille. Le pays serait à présent, pour bon nombre de journalistes, politologues et économistes, un "laboratoire" pour observer la démarche d’institutionnalisation du pouvoir populaire. Cela ne fait environ que 18 mois que le pays se renouvelle, et un système parfait ne se reconstruit pas en un claquement de doigt !

L’Islande est un pari sur l’avenir en temps de crise. Malgré sa faible population, elle peut clairement indiquer le chemin à certains pays plus peuplés et médiatisés sur les décisions à prendre quant aux mesures d’austérité qui leur sont imposées.
L’Islande aurait-elle le potentiel de remettre en question les politiques occidentales actuelles ? À suivre.

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Sources :
Entrevue avec Rakel Sólrós Jóhannsdóttir, Islandaise expatriée à Londres.

Daniel Chartier. La spectaculaire déroute de l’Islande : l’image de l’Islande à l’étranger durant la crise économique de 2008. Les Presses de l’Université du Québec, 2010.

Rue89, La "révolution démocratique" en Islande tient du fantasme.

Crédit photo : Licence Creative Commons. OddurBen. "Protesters at Austurvöllur".