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Regards critiques sur le capitalisme

Grégory Kudish, 7 juin 2012

Mouvement Occupy, hausse des droits de scolarité, crise des dettes européennes, creusement des inégalités... Depuis déjà plusieurs années, nombreux sont les penseurs à avoir mis en lumière certains maux associés au capitalisme financier. Avec Par-dessus le marché ! : Réflexions critiques sur le capitalisme, Francis Dupuis-Déri se donne pour mission de dresser le bilan des principales critiques auxquelles le capitalisme est de nos jours confronté. Par-dessus le marché ! est en fait un recueil de textes qui ont été présentés lors du colloque « Capitalisme/anticapitalisme », tenu à l’Université du Québec à Montréal en avril 2010. S’ils abordent tous des aspects différents de la question, les auteurs du recueil s’entendent sur la nécessité de présenter des réflexions sur le capitalisme dans un contexte de récession économique. Ils tentent aussi de rendre compte des rapports socio-économiques de domination et d’exploitation qui ont cours aujourd’hui.

Le recueil est structuré en trois parties. Dans les trois premiers chapitres, Marcos Ancelovici, Éric Pineault et Martin Petitclerc s’attardent sur les effets économiques pervers du capitalisme, allant des inégalités sociales à l’endettement massif. Cette section du recueil reprend pour l’essentiel des données économiques ayant été à moult reprises véhiculées par les grands médias d’information. On y retrouve des graphiques illustrant l’opposition entre le « 99% » de la population et le « 1% » le plus riche, tout en faisant un bilan de l’évolution des inégalités aux États-Unis et au Canada. Le chapitre 2 présente une analyse marxiste de l’accumulation du capital financier, tandis que le troisième chapitre analyse l’oeuvre de Karl Polanyi, historien hongrois ayant remis en question le lien étroit entre la démocratie et l’économie de marché :

« Par un effet improbable des circonstances historiques du début du XIXe siècle, l’économie n’était plus soumise aux besoins de la société, c’était plutôt les humains et la nature qui étaient mis au service de l’économie. C’est pourquoi Polanyi voit dans le marché, ce système social utilitariste et méprisant de la nature et de l’humain, la source de nombreux malheurs qui ont frappé les sociétés occidentales à partir du milieu du XIXe siècle et qui ont mené à la crise des années 1930. »(p. 107)

Le coeur du recueil réside cependant dans sa deuxième section, intitulée « L’État et les autres systèmes d’exploitation ». Francis Dupuis-Déri, David Mandel, Mélissa Blais et Isabelle Courcy y développent une analyse de différents systèmes d’exploitation qui ne relèvent pas strictement du capitalisme. Le chapitre de Dupuis-Déri, « Réflexions anarchistes sur l’exploitation par le capitalisme et par l’État », me semble particulièrement d’actualité. L’auteur y présente l’État comme un système de domination et d’exploitation, en rappelant que l’État-providence sert avant tout à protéger les intérêts de la classe dominante :

« En fait, les premières politiques sociales ont été mises en place non par les forces progressistes, mais par des politiciens conservateurs comme Bismarck, en Allemagne, dans les années 1880. L’État allemand avait développé des politiques d’aide aux pauvres et aux victimes d’accidents du travail parce qu’il cherchait à réduire l’influence des mouvements ouvriers révolutionnaires. Ces politiques sociales devaient convaincre le prolétariat que l’État prenait soin d’eux, ce qui réduirait d’autant l’attrait pour le socialisme. Ainsi compris, les premiers éléments de l’État-providence sont mis en place pour amadouer le prolétariat, qui voit dès lors l’État comme un protecteur – même si l’État lui offre des protections partielles dans le but de protéger d’abord et avant tout la bourgeoisie. »(p.116-117)

Pour l’auteur, les anarchistes sont souvent tiraillés entre deux principes qui leur tiennent à coeur : le désir d’obtenir des services de qualité pour la population et le refus d’être exploités par l’État. Or, l’une des caractéristiques de l’État-providence est sa position mitoyenne sur ces deux principes. D’un côté, l’État prélève des impôts dans le but de fournir des services à sa population, tels la santé et l’éducation. En revanche, l’impôt constitue aussi un outil d’extorsion, à partir duquel l’État est en mesure de soutenir la classe dominante, au détriment de la classe dominée. Par cette analyse, l’auteur nous invite à considérer de nouvelles avenues dans la gestion du bien commun. Alors que la droite accuse souvent la gauche de vouloir gonfler à outrance la bureaucratie de l’État-providence, une réflexion anarchique sur l’exploitation par l’État a le potentiel de remettre en question le dogme de l’intervention étatique comme condition au maintien du bien commun.

Si les auteurs des premiers chapitres s’appuient beaucoup sur l’actualité politique et économique pour développer leur argumentation, les autres chapitres demeurent plutôt avares en illustrations concrètes des théories abordées. Pour les littéraires, le dernier chapitre est consacré au slam, un genre poétique scénique souvent utilisé pour dénoncer les abus et les inégalités du système capitaliste. Bonne lecture !

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Crédit photo : Grégory Kudish