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Y a-t-il des immigrantes chez les travailleuses du sexe dans la ville de Québec ?

Pascal Huot, 1er juin 2012

Il suffit de jeter un regard rapide dans un journal pour se rendre compte que derrière le paravent, la ville de Québec offre un bon éventail en matière de travailleuses du sexe. Mais qu’en est-il de cette pratique chez les immigrants de la Vieille Capitale ?

Après avoir communiqué avec quelques endroits qui offrent les services d’escorte ou de massage, les personnes ayant bien voulu répondre à mes questions m’ont confirmé qu’il était possible de satisfaire aux goûts et besoins multiculturels. Pourtant, ils en font peu étalage dans leur rubrique, n’ayant relevé qu’une seule annonce dans un des principaux quotidiens de la ville inscrivant clairement « Jolies masseuses, orientales et québécoises ». Peut-on alors penser que l’immigration n’est pas ou peu marquée par ce type de travail ?

Du côté de la Police de Québec, comme l’explique la porte-parole Sandra Dion, on n’aborde pas la prostitution sous l’angle de l’immigration. Leur travail est principalement orienté par les plaintes reçues, généralement causées par un trop grand va-et-vient de personnes pour une adresse. La loi est appliquée de manière neutre, l’individu est traité sans discrimination de couleur de peau ou du lieu de naissance. Cette impartialité ne signifie pas pour autant qu’aucun immigrant n’est lié à la prostitution, car lorsqu’il y a une demande, on retrouve généralement une offre.

Bavardage entre clients

Outre le traditionnel bouche-à -oreille, pour connaître les « bons » endroits à fréquenter dans la ville de Québec, les clients ont trouvé un nouveau filon pour transmettre l’information, « le réseau » Internet. Plusieurs sites rendent possibles ces échanges. L’un d’entre eux est le forum public Merb où, depuis 2000, une communauté de merbistes font profiter la population de leurs expériences personnelles avec les services d’escortes et de massages sensuels, causant filles et endroits. « On est là pour partager nos expériences, bonnes ou mauvaises, alors, gêne-toi pas », écrit leredge – les merbistes écrivent leurs commentaires sous des pseudonymes, leur graphie a été ici respectée – à un autre membre.

Par l’intermédiaire des questions et réponses des membres, il est possible de trouver les services sexuels d’immigrantes dans la ville de Québec. En 2005, tweti qui s’informe si quelqu’un « connait une certaine “ Lisa ? “ », une Africaine de 24 ans 51511, précise « moi j’aime bien les filles de couleurs, mais c’est rare à Québec ou je cherche mal !!! ». Kelemba lui répond qu’il y des masseuses noires à Québec et qu’elles sont surtout originaires d’Afrique Centrale. La même année gagbat témoigne de son expérience, « Je dois vous dire que ma curiosité d’une noire une fois dans ma vie a pris le dessus. J’ai donc rencontré Kenya de VIP vendredi dernier. Elle est de race pure, ce n’est pas une mulâtre ».

En 2006, vinceqt s’informe s’il y a des Asiatiques dans la vieille Capitale, « Je cherche une vrai asiatique mince et jolie pour une première… des suggestions ? ». À son grand désarroi sans doute, il fut obligé de se rabattre vers la métropole comme lui explique Canadian Joe 652, « Va a Montréal. Rien dans ce categorie a Quebec ! Sorry ! (l’orthographe des citations utilisées n’a pas été corrigé, la retranscription du forum est textuelle) ». Starseeder quant à lui a eu de mauvaises expériences dans sa recherche : « Juste un petit avertissement pour vous amateurs d’asiatiques. À 2 reprises à Québec, j’ai appelé dans une agence et on m’a offert une asiatique. Les deux fois, je suis tombé sur des amérindiennes. Ça fait longtemps et je ne me souviens pas des agences. Toutefois, ça ma enlevé toute envie de poursuivre mes démarches. Alors si vous trouvez vraiment une belle asiatique à Québec, assez open de surcroit, faites-nous-le savoir !!!!! ». Pourtant Elvis en connaît une qui travaille à partir de chez elle, « C’est une dame originaire de Hong-Kong, fin cinquantaine ».

Outre les femmes de couleur noire et les Asiatiques, le statut d’étrangère vend, si l’on en croit certaines Québécoises qui s’octroient cette spécificité, notamment Tatiana qui serait originaire de l’Europe de l’Est. Mais comme le déplore Elvis, « Malgré son nom, ce n’est pas une européenne de l’est ou une russe. C’est une vraie québécoise mais, au moins, elle parle pas comme les Bougon, ne masse pas avec de la gomme baloune plein la bouche et ne sacre pas comme un bûcheron ».

Il faut en effet distinguer l’exotisme de l’immigrante. Malgré des origines parfois diversifiées, le constat est qu’une majorité de filles œuvrant dans le domaine sont québécoises. Mélanie Bergeron, intervenant au Projet intervention prostitution Québec (PIPQ) pour le projet Catwoman, qui s’assure de la santé sexuelle et physique auprès des personnes qui travaillent en agence d’escorte, dans des salons de massage ou des bars, soutient qu’il n’y a pas d’immigrantes dans son réseau d’intervention. Si les femmes asiatiques se font plus rares, elle côtoie régulièrement des femmes de couleur noire, cependant celles-ci sont toutes Québécoises.

Les jeunes filles plus touchées

Travailleuse de rue auprès des jeunes issus des communautés culturelles pour le PIPQ, Patricia Caron constate la présence de différentes ethnies dans le milieu de la prostitution, principalement au niveau des jeunes filles entre 17 et 21 ans. Elle indique qu’elles sont pour beaucoup nées au Québec ou y sont arrivées en bas âge. « Elles ont juste la couleur de peau différente ou avec un léger accent, mais elles sont aussi québécoises que toutes les autres ». Si elles sont peu présentes dans la prostitution de rue et un peu plus dans les agences, la majeure partie se retrouve dans des petits réseaux organisés.

À savoir s’il y a des communautés plus touchées que d’autres, la travailleuse de rue répond : « Non, je pense que c’est assez généralisé ». Ainsi, on ne retrouve pas plus de prostitution chez les immigrants. Par ailleurs, dans son réseau d’intervention, elle n’a pas de garçons ni de filles avec un visa d’étudiant.

Sans prendre en considération l’origine des prostituées, l’anthropologue spécialisée en santé publique Rose Dufour observe que « la très grande majorité […] entre dans la prostitution entre 14 et 23 ans ». Elle fait également remarquer que l’âge de la majorité au Québec est 18 ans. Si on devait considérer celui-ci à 21 ans, comme aux États-Unis, la plupart commenceraient mineures.

Pour le recrutement, c’est le même processus, que ce soit des immigrantes ou des Québécoises. « C’est des jeunes qui sont approchées par leurs amies qui font déjà de la prostitution. Elles leur proposent ça parce que ça leur fait de l’argent, puis c’est vite fait. Donc, il y des filles qui acceptent, qui disent : « oui pourquoi pas ». Ou elles sont recrutées par un garçon qui les séduit, qui joue le gros jeu, qui sort le violon, puis qui les amène tranquillement vers des actes prostitutionnels », observe Patricia Caron. Chez certaines jeunes filles toxicomanes, l’acte n’est pas vu comme de la prostitution mais comme un échange. Contre des drogues, un acte sexuel.

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Crédit photo : Indi Samarajiva