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Plaidoyer en faveur des 48 grévistes arrêtés à l’UQAM

1er juin 2012

Ce texte a été publié le 24 avril 2005. Il rappelle que les interventions policières et les arrestations de masse dont sont aujourd’hui victimes des manifestants ne sont pas nouvelles. En 2005, lors de la grève des étudiants du Québec, l’Université du Québec à Montréal s’était rangée derrière les forces de l’ordre pour réprimer la dissidence politique de ses étudiants. Comme quoi l’histoire se répète.

Nous estimons que l’arrestation, dans la nuit du 10 au 11 mars dernier, de 48 étudiants grévistes de l’Université du Québec à Montréal par les services de police de la Ville de Montréal soulève des enjeux d’intérêt général. Les forces policières, à la demande des autorités de l’UQAM, ont réitéré leur volonté de réprimer l’expression de la dissidence politique et culturelle. Elles illustraient une fois de plus leur détermination à ne pas respecter l’intégrité des lieux qui échappent à leur contrôle (rappelons qu’il y a un an, à Québec, les policiers ont également violé un sanctuaire religieux afin de mettre en branle les procédures d’expulsion d’un étranger sans statut). Tout aussi inacceptable est la responsabilité directe de certains membres du rectorat de l’Université dans la violation de l’autonomie de l’institution universitaire. Rappelons que cette autonomie rend possible la libre discussion sur les orientations de la société. Cette arrestation témoigne donc d’une attaque contre les fondements de l’université dans une société démocratique.

On se souvient qu’en 1999, dans le contexte d’une grève étudiante à l’UQAM contre la marchandisation des savoirs et du système d’éducation (dont l’élément déclencheur avait été l’entente d’exclusivité que les autorités de l’UQAM envisageaient de signer avec la multinationale Coca-Cola), les policiers de Montréal avaient arrêté 66 étudiants. On se souvient surtout que sur ordre de l’administration universitaire, les portes de l’UQAM avaient été verrouillées, livrant les manifestants à la police en les privant du seul refuge qui s’offrait à eux. Il n’y a dorénavant plus rien de sacré pour les autorités universitaires avaient alors affirmé les professeurs Jacques-Alexandre Mascotto, Jean-Guy Lacroix et Michel Freitag. Ces derniers nous rappelaient également la tradition centenaire de l’université comme lieu de libre expression de la critique, et par le fait même, comme lieu de protection des dissidents.

Voilà donc un scénario qui se répète. Pour une deuxième fois en quelques années, les autorités universitaires se désolidarisent de leurs membres en les livrant - de manière sournoise, sans préavis clair - à la police. En effet, Jacques Desmarais, vice-recteur à la planification et à la vie étudiante, et Mauro F. Malservisi, vice-recteur aux ressources humaines et aux affaires administratives, ont assumé la responsabilité de l’arrestation dans un communiqué de presse. Par le fait même, ils témoignent de leur mépris tant de l’institution qu’ils ont le mandat de représenter que des étudiants qui expriment leur désir d’y vivre mieux et autrement. Non seulement l’usage de la force était-il disproportionné, mais le rôle du rectorat était de mettre tout en œuvre pour empêcher les policiers de pénétrer dans l’université. Nous nous étonnons d’ailleurs que la police ait procédé à des arrestations alors que, selon les déclarations mêmes des autorités policières, il n’y a eu aucun bris du bien public et aucune matière à intervention.

Le mouvement étudiant dans cette grève témoigne d’une opposition salutaire à une politique d’éducation réduite à la gestion comptable de la dette publique. Il manifeste surtout un désir et un idéal de connaissance et de justice qui devraient être au fondement même de ce qu’est l’institution universitaire, ce que ne semblent comprendre ni le ministre de l’Éducation ni les autorités de l’UQAM. 

Il en va donc de notre responsabilité, en tant qu’universitaires soucieux des valeurs démocratiques, de dénoncer et de refuser l’approche répressive et autoritaire adoptée par l’UQAM envers l’expression de la dissidence politique et culturelle. Nous tenons à rappeler que le conflit, c’est-à-dire la confrontation qui résulte de la pluralité des discours et des actions, est ce qui donne sens à la démocratie. À cet égard, ces arrestations constituent une attaque contre la démocratie.

Nous demandons donc formellement à M. Roch Denis, recteur de l’UQAM, de faire publiquement toute la lumière sur cette affaire, en identifiant et en sanctionnant les responsables. Par le fait même, nous demandons au rectorat de prendre une position publique claire au sujet de ces arrestations. De plus, nous exigeons que les autorités de l’UQAM prennent les mesures qui s’imposent pour qu’à l’avenir de tels événements ne puissent se reproduire.

Enfin, nous réclamons que les étudiants de l’UQAM et d’ailleurs puissent poursuivre leurs grèves hors de toutes velléités de criminalisation de leur mouvement.

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Ce texte a été rédigé par :
Christian Goyette, étudiant au doctorat, sociologie, UQAM et professionnel de recherche à l’INRS.
Benoit Guilmain, étudiant en maîtrise, sociologie, UQAM et professeur au collégial.
Audrey Laurin-Lamothe, étudiante au baccalauréat, sociologie, UQAM.
Anne-Marie Le Saux, détentrice d’une maîtrise, UQAM et professeure de sociologie au collégial.
Nicolas Moreau, étudiant au doctorat, sociologie, UQAM et agent de recherche.
Benoit Tellier, étudiant au doctorat, sociologie, Université Laval et professeur au collégial.

Crédit photo : Gerry Lauzon